Mounira Al Solh : “le sel égaré” ou l’écho des exils au féminin

Mounira Al Solh : “le sel égaré” ou l’écho des exils au féminin

À la galerie Sfeir-Semler de Beyrouth, Mounira Al Solh réinvente les mythes antiques à l’aune des violences modernes. Dans "Le Sel Égaré", sculptures, vidéos et peintures composent un récit fragmenté, profondément féminin, qui explore l’exil, la mémoire, et la transmission. Une odyssée sensorielle, entre mer, guerre et survivance.

Dans le regard de Mounira Al Solh, nous retrouvons cette capacité prodige à faire dialoguer les siècles, suspendre le temps entre un geste millénaire et un souffle contemporain. Dans cette nouvelle exposition Le Sel Égaré, présentée à la galerie Sfeir-Semler, l’artiste libanaise convoque Europe, Zeus, la mer, les migrations, les femmes et leurs fardeaux. À bas les récits figés,  tout vacille, tout résiste. Le mythe est renversé, la femme debout, le bateau devient coquillage et la parole se fait chant, soupir, éclat de rire. Des œuvres d’une époque d’antan, à la genèse d’un Liban exilé, blessé, mais vibrant. Une exposition dense et libre, portée par une voix résolument singulière.

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Installation view, Mounira Al Solh –  2025, Sfeir-Semler Downtown, Beirut, Lebanon
Courtesy of the artist and Sfeir-Semler Gallery Beirut/Hamburg.

Quand le mythe devient mémoire vive

Depuis la vitrine de la galerie Sfeir-Semler, une femme nue, debout dans un bateau-coquillage, attire le regard. Genou plié, vernis éclatant sur les orteils, elle avance. Elle tire une valise derrière elle, comme on tire un passé trop lourd, trop ancien, mais jamais oublié. Cette figure sculptée en céramique émaillée est emblématique de l’exposition Le Sel Égaré, nouvelle proposition de Mounira Al Solh après sa représentation du Liban à la Biennale de Venise.

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Mounira Al Solh / Intemporal – 2025
Glazed ceramic – Courtesy of the artist and Sfeir-Semler Gallery Beirut/Hamburg.

Inspirée par le mythe d’Europe (ndlr : enlevée sur les rivages phéniciens de Tyr par un Zeus métamorphosé), l’artiste recompose une cartographie sensible de l’exil. Les œuvres superposent les temporalités avec des mosaïques antiques et avions de guerre, rouge phénicien et pigments naturels, princesses et résistantes. Et surtout, un regard féminin, frontal et politique, qui redessine les contours de l’histoire en lui rendant ses nuances.

Dans l’une des œuvres centrales, Europe ne subit plus : elle berce Zeus, mi-homme mi-taureau, dans un geste tendre et ambigu, inversant le rôle traditionnel de la “demoiselle en détresse”. La douceur devient force, le mythe un outil de réappropriation.

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Mounira Al Solh – When the Season of Sorrel Comes 
2025 Courtesy of the artist and Sfeir-Semler Gallery Beirut/Hamburg

Entre fuite, rituel et renaissance

Le Sel Égaré se lit comme une épopée éclatée, ponctuée d’échos visuels et sonores. Le film Two Airplanes and the Luggage, diffusé à même une barque en bois, montre une Europe fuyant les bombardements, abandonnant taureau et valise dans une course dérisoire mais vitale. La bande-son, sifflée, fredonnée, imitée par l’artiste elle-même, mêle l’absurde au tragique avec une ironie déconcertante.

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Mounira Al Solh – Two Airplanes and the Luggage / 2025
Courtesy of the artist and Sfeir-Semler Gallery Beirut/Hamburg.

Dans la salle, deux têtes sculptées, le visage enfoui dans les mains, laissent place à un lacrymatoire. Le deuil devient performance, la tristesse un acte ancestral. La mer, omniprésente, est tour à tour berceau, tombeau, promesse. Chaque œuvre, chaque détail évoque l’errance, mais aussi la résistance, celle des femmes, des récits occultés et des identités recomposées.

Par sa pratique multidisciplinaire et une sensibilité notable, Mounira Al Solh révèle une œuvre lumineuse. Le Sel Égaré est une traversé politique, à la rencontre du poétique. 

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