C’était la fin des années 60. Dans les appartements embués de rêves nouveaux, les sièges rigides semblaient appartenir à un autre siècle. À l’heure où les matériaux modernes – mousses, ouates, plastiques thermoformés – bouleversent la création, Michel Ducaroy, jeune designer formé aux Beaux-Arts de Lyon, signe pour Ligne Roset l’une des révolutions silencieuses du confort : le célèbre Togo. Succès immédiat, culte durable : plus de 1,3 million d’exemplaires vendus à travers le monde. Dans le sillage du Togo, Ducaroy avait aussi imaginé d’autres formes libres, comme la chauffeuse Kashima, qui renaît aujourd’hui dans une réédition très attendue. Plus discrète mais tout aussi charismatique, elle incarne une nostalgie contemporaine : celle des intérieurs bas, galbés, profondément sensuels.
Kashima : un nuage de mousse et de design
À première vue, la Kashima ressemble à une sorte de Chesterfield déconstruit, sans raideur ni distance. Un fauteuil 100 % mousse, ourlé de ouate, où accoudoirs, dossier et appui-tête se fondent dans un même mouvement continu. Tout y est question de douceur : les courbes s’embrassent, la silhouette ondule. Un refuge plus qu’un meuble, une invitation à s’avachir avec grâce. Sa renaissance s’inscrit pleinement dans la tendance actuelle du mobilier bas : des assises surbaissées, généreusement rembourrées, et des palettes de couleurs terreuses – ocre, terracotta, brun chocolat. « Les années 70 sont définitivement à la mode en matière de design », confirme Giampiero Tagliaferri, directeur du Studio Tagliaferri. À rebours de l’épure froide du minimalisme, l’époque aspire à du “fun sexy mais sophistiqué”, et le mobilier vintage des seventies répond parfaitement à cet appel.

La vague des fauteuils « chauffeuses” : Saparella et Kashima
La chauffeuse Kashima n’est pas seule à surfer sur cette vague rétro. Chez Cinna, la Saparella – imaginée dès 1965 – est également rééditée, dans son trio emblématique : chauffeuse, diabolo et pouf, entièrement moulés en mousse polyéther. Des pièces qui prolongent l’élan libertaire de 68, quand une génération faisait du sol un nouveau territoire d’expression. Derrière ces rééditions, un même message : le confort ne s’oppose pas au style, et la modernité peut avoir des rondeurs.
Une nostalgie au goût du jour
Signe que l’époque se laisse doucement envahir par cette esthétique rétro-conviviale, le marron – longtemps banni – revient en force. Dans la mode comme dans l’ameublement, il incarne un besoin d’enracinement, de matière, et de chaleur. Un besoin aussi de ralentir, dans un monde saturé d’écrans et d’angles durs ?

La réédition de la chauffeuse Kashima par Ligne Roset, en tissus bouclés, velours profonds ou cuirs patinés, vient réconcilier l’utopie des années 70 et les attentes du présent : confort maximal, artisanat exigeant, esthétique intemporelle.



