Julia Ducournau, de Titane à Alpha : quand le cinéma fait corps

Alpha film Julia ducournau
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Julia Ducournau, de Titane à Alpha : quand le cinéma fait corps

Avec Alpha qui sort en salle cette semaine, Julia Ducournau, Palme d’or en 2021 pour Titane, poursuit son exploration viscérale du corps, hantée cette fois par les fantômes des années sida. Un film inégal mais nécessaire, qui rappelle que si la réalisatrice française fait revenir des monstres au cinéma, c’est pour nous apprendre à les regarder en face et à apprivoiser nos peurs.

Cela commence par Portishead. Une ligne de basse, un climat. On est projeté dans les années 1990, celles où la peur du sida s’infiltrait partout : dans les corps, dans les regards, dans les mots qu’on n’osait pas dire. Julia Ducournau nous ramène là, avec Alpha, son nouveau film, présenté en compétition à Cannes en mai dernier.

Depuis Grave et Titane, Palme d’or en 2021, elle a imposé une marque : filmer le corps comme un champ de bataille, mais aussi comme une énigme sacrée. Dans Alpha, ce sont des corps adolescents, malades, mourants. Ils deviennent parfois statues de marbre, comme une Pietà surgie au détour d’un couloir d’hôpital. Et dans la manière de capter une peau abîmée mais toujours aimante, on croit voir passer l’ombre de Nan Goldin. Tout ici respire une sensualité organique, picturale, où l’émotion se loge moins dans le récit que dans la chair.

On est dans les années sida, même si Ducournau invente une autre épidémie. Alors oui, la mise en scène s’autorise parfois trop de jeux de miroirs : flash-back en cascade, silhouettes fantomatiques. On perd un peu le fil. Mais restent les fulgurances. Tahar Rahim, méconnaissable, amaigri, le corps noueux, tendu, incarne Amin, l’oncle du héros. Il est à la fois survivant et condamné, témoin et victime. Un corps qui raconte l’histoire de toute une génération.

On sort du film avec une impression trouble, ambivalente : fasciné, mais frustré. C’est que Julia Ducournau ne cherche pas à rassurer. Elle fait revenir les monstres dans le cinéma. Des monstres qui ne sortent pas de la forêt ou d’un cauchemar gothique, mais de notre propre peau, de nos peurs les plus intimes. Et si son cinéma dérange, c’est peut-être parce qu’il nous invite à apprivoiser ces peurs plutôt qu’à les refouler.

Même quand on n’aime pas tout, il faut aller voir Alpha. Parce que ce film, comme les précédents, trace une voie singulière dans le cinéma contemporain : celle d’une réalisatrice qui ne nous caresse pas dans le sens du poil, mais qui nous tend un miroir. Dans lequel nos monstres, pour une fois, ont droit de cité.

 

Sortie en salle le 3 septembre

Alpha de Julia Ducournau avec Tahar Rahim et Golshifteh Farahani 

 

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