L’argile comme véhicule narratif et transformationnel ? Ranti Bam sculpte l’argile et l’intègre dans un processus de rituel où le matériau devient dès lors une extension de son propre corps. Sa série Ifa incarne cette démarche : l’artiste serre l’argile contre son corps, afin d’imprégner la matière de son empreinte physique avant de la cuire. Ce geste, à la fois intime et performatif, donne naissance à des œuvres qui osent la vulnérabilité et la puissance des histoires qu’elles incarnent. Ce processus est loin d’être parfait. En effet, l’argile se fissure, certaines pièces s’effondrent même durant la cuisson, mais ces imperfections sont précisément ce qui donne à l’œuvre sa force narrative et émotionnelle.
De même, dans sa série Abstract Vessel, l’artiste anglo-nigérienne continue de repousser la fonction pragmatique de la sculpture traditionnelle en allant voir plus loin. À ce propos, les parois de ses créations laissent les fissures intactes, et les reconstructions font partie intégrante de l’œuvre finale. Ces séries dialoguent entre elles, chacune mettant en avant la fragilité et la tension des liens qu’elles représentent.

Le langage comme élément central
Le titre de l’exposition, “How do we hold our stories?”, reflète l’intérêt de Ranti Bam pour le langage et la manière dont il structure notre compréhension du monde. Dans ses œuvres, l’argile devient un avatar du corps humain, un moyen d’explorer et de réinventer des récits, qu’ils soient individuels ou collectifs. En s’appuyant sur son exploration antérieure du féminin primaire – particulièrement dans les cultures yoruba et britannique -, elle aborde ici des thèmes universels comme la connectivité des corps, la mémoire collective, et les multiples significations de l’eau.

Une exploration de l’identité et de la vulnérabilité
Ranti Bam nous invite à réfléchir sur la manière dont nous portons nos histoires, tant à un niveau personnel que collectif. Ses œuvres, marquées par la tension entre robustesse et fragilité, sont des métaphores des liens humains, incitant à se questionner sur les liens qui se forment, se brisent et se reconstruisent. Le choix de l’argile, un matériau à la fois malléable et imprévisible, reflète la dualité et la liberté qui peut en émerger.
Informations pratiques :
Artiste : Ranti Bam
Titre : How do we hold our stories?
Dates : 5 septembre – 12 octobre 2024
Lieu : Galerie Andréhn-Schiptjenko, 56 rue Chapon, 75003 Paris
Horaires : Mardi-Vendredi : 11h-18h, Samedi : 13h-19h



