Actuellement, les maisons revisitent les corsets, les volumes sculptés et leurs étoffes précieuses, un 18ème siècle déjà bien nostalgique qui s’impose comme une source majeure de la création contemporaine. Retour aux sources ? C’est l’idée que propose certains défilés, où les tailles se resserrent, les hanches sont harmonieuses et les brocards (le détail “wahou” du vêtement) s’illuminent sous les projecteurs. Un retour qui traduit une histoire incarnée. Car en effet, depuis plusieurs saisons, les références au siècle des Lumières traversent la haute couture comme le prêt-à-porter. C’est face à cette réactivation constante que le Palais Galliera choisit d’en décrypter les origines et les mutations. Avec « La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé », le musée interroge la persistance d’un vocabulaire formel vieux de trois siècles. En confrontant pièces historiques et créations postérieures, l’exposition replace le 18e siècle au cœur d’un continuum esthétique.

La mode du 18e siècle : une révolution du corps et de la silhouette
Derrière l’image figée des marquises poudrées, le 18e siècle est une période d’expérimentation radicale. Les silhouettes s’élargissent, les hanches se structurent grâce aux paniers et les corsets redessinent le buste. La robe à la française, la robe volante ou encore les corsets à baleines définissent la posture, l’espace occupé par le corps et son inscription sociale.
A noter qu’au 18ème siècle, plus la robe est large, plus elle affirme le rang et le statut d’une femme. Le volume dit la richesse, l’oisiveté, le pouvoir et les paniers élargissent la silhouette pour occuper l’espace. Elles sont faites pour l’aristocratie et la cour, pas pour le quotidien des femmes du peuple.

Parmi les pièces phares de l’exposition figure un corset attribué à Marie-Antoinette, présenté avec une extrême précaution tant sa conservation est délicate. Un contre-courant politique pour l’époque, lorsque Marie Antoinette apparaît en 1783 dans une simple robe “chemise”, bien loin des silhouettes monumentales de la cour ; le scandale éclate : au 18e siècle, alléger le volume d’une robe revient déjà à bousculer l’ordre politique.
Au fil du parcours, plus de 70 silhouettes dialoguent avec accessoires, textiles, dessins et photographies issus des collections du musée. Certaines pièces, rarement montrées, sortent des réserves pour éclairer cette grammaire vestimentaire en pleine mutation.
Le 18e siècle marque en effet la disparition d’un ancien ordre vestimentaire et l’apparition d’un nouveau rapport au paraître : sophistication des étoffes, virtuosité des ornements, théâtralité assumée.
Héritage du 18e siècle : pourquoi la mode contemporaine y revient sans cesse

Après 1945, la haute couture française réactive les codes du siècle des Lumières pour affirmer son excellence artisanale et son rayonnement international. Le New Look de Christian Dior renoue avec les tailles marquées et les jupes amples. Plus tard, Vivienne Westwood détourne le corset pour en faire un manifeste punk. Christian Lacroix célèbre le baroque et l’exubérance, tandis que Dries van Noten revisite brocards et soieries avec subtilité.
Le retour cyclique confirme bien que la mode du 18e siècle était précurseur des formes.
Informations pratiques – Exposition Palais Galliera 2026
Exposition : La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé
Dates : du 14 mars au 12 juillet 2026
Lieu : Palais Galliera, Musée de la Mode de la Ville de Paris
Ville : Paris



