La lumière a un parfum. Mais les fonds marins ? C’est ce paradoxe que la parfumeuse choisit d’explorer. Sous l’eau, explique-t-elle, « on ne sent rien ». Cette absence devient pourtant le moteur de la création. Plutôt que de reproduire l’odeur de la mer, Christine Nagel imagine ce que pourrait être le parfum d’un jardin invisible, sous la surface.
L’année chez Hermès était placée sous le signe de la mer. Une mer conçue comme une véritable matière artistique. « La mer est une matière de création », résume Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique de la maison. Une invitation à explorer, à se laisser imprégner par un territoire sensoriel. Chez Hermès, la création avance ainsi : sans acquis, toujours en mouvement, comme un voyage.
Pour la parfumeuse, ce voyage mène en Polynésie française, sur l’île de Taha’a. Un lieu préservé, presque hors du monde, où les reliefs volcaniques plongent dans un lagon translucide et où les récifs coralliens dessinent des paysages sous-marins foisonnants. « À quelques pas du rivage, j’ai découvert un tout nouveau monde : sous l’eau, un véritable jardin, effervescent de vie, aux couleurs éclatantes, où dansent les coraux, semblables aux fleurs de tiaré sous le vent », raconte Christine Nagel.

Cette vision agit comme une révélation. Car Un Jardin sous la Mer ne cherche pas à imiter la mer. La parfumeuse évite soigneusement les clichés du parfum marin : pas d’iode agressif, pas de souvenir de crème solaire chauffée au soleil. Elle préfère suggérer plutôt que décrire, comme le ferait un peintre.
Le parfum s’ouvre sur une fraîcheur d’agrumes, presque lumineuse, qui évoque la surface de l’eau traversée par la lumière. Puis apparaît le cœur floral : le tiaré, fleur emblématique de Polynésie, ici traité avec délicatesse. « Ce n’est pas quelque chose d’opulent », explique la parfumeuse. « Ce sont des pétales. Quelque chose de très délicat. »
Autour de cette fleur solaire s’organisent des matières plus inattendues. La noix de tamanu apporte une rondeur enveloppante, presque lactée. Des notes minérales évoquent la texture du récif corallien. Une pointe saline rappelle la peau après la baignade. Peu à peu, la composition prend la forme d’un paysage abstrait, fait de reliefs, de transparences et de vibrations.
Comme chez Matisse, où la couleur devient matière. Dans ses papiers découpés, les formes végétales et marines se transforment en arabesques simples, presque enfantines. Dans La Nageuse dans l’aquarium, les silhouettes semblent flotter dans un bleu sans profondeur. Le parfum fonctionne de la même manière : il ne décrit pas la mer, il en capte le mouvement.
Cette dimension picturale se retrouve jusque dans l’objet. Le flacon dessiné par Fred Rawyler, inspiré des lanternes des voitures d’antan, se teinte d’un dégradé bleu évoquant l’azur du ciel et la transparence du lagon de Taha’a. Quant à l’étui, il est illustré à l’aquarelle par l’artiste finlandaise Aino-Maija Metsola, qui imagine un récif foisonnant de formes et de couleurs.

Chez Hermès, cette collaboration artistique n’est pas un détail. « Le dessin est tout chez Hermès, et tout commence par le dessin », rappelle Pierre-Alexis Dumas. Chaque parfum-jardin est ainsi conçu comme un paysage à parcourir, une rencontre entre un lieu, un artiste et l’imagination du parfumeur.
Avec Un Jardin sous la Mer, Christine Nagel poursuit cette exploration en proposant une vision inédite du parfum frais. Depuis sa création, la collection des Jardins d’Hermès a redéfini ce territoire olfactif en privilégiant les sensations de promenade, d’évasion et de rêverie.
Ici, la promenade se fait sous la surface. Dans une eau traversée de lumière, parmi les coraux et les fleurs imaginaires. Une fragrance douce et déroutante, où la fleur d’oranger semble devenir aqueuse, où la chaleur solaire du tiaré se mêle à une fraîcheur minérale.
Au fond, ce parfum agit comme une œuvre abstraite. Il ne reproduit pas le réel : il invite à le rêver. À la manière d’un collage de Matisse, où quelques formes suffisent à évoquer un océan.
Un parfum comme un tableau. Ou peut-être comme un aquarium imaginaire, traversé de bleus et de lumière.



