Depuis la vague #MeToo à la fin des années 2010, la place des actrices dans l’espace public a profondément évolué. Certaines prennent position lors de cérémonies comme les César ou les Oscars, d’autres publient des tribunes, réalisent des films engagés, participent à des collectifs ou soutiennent des associations.
En France, plusieurs prises de parole récentes ont marqué l’industrie du cinéma et provoqué un débat sur les abus de pouvoir et la place des femmes dans le secteur. À l’international, des figures hollywoodiennes utilisent également leur influence pour soutenir des causes sociales, féministes et humanitaires.
Portraits de ces comédiennes qui ont fait de leur carrière un espace d’engagement.
Judith Godrèche : Une voix majeure du mouvement #MeToo en France
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Depuis 2024, Judith Godrèche s’est imposée comme l’une des figures centrales de la libération de la parole dans le cinéma français. En accusant publiquement les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon d’abus sexuels lorsqu’elle était adolescente, elle a relancé un débat national sur les violences dans le milieu culturel.
Son discours lors de la 49ᵉ cérémonie des César, le 23 février 2024, a profondément marqué les esprits. Sur scène, l’actrice déclarait : « Je parle, mais je ne vous entends pas. Où êtes-vous ? Que dites-vous ? »
Un appel direct à l’industrie du cinéma à rompre avec la culture du silence. Dans la continuité de cet engagement, elle a réalisé le court-métrage Moi aussi, présenté au Festival de Cannes 2024, construit à partir de témoignages de victimes de violences sexuelles dans le milieu artistique.
En 2026, elle publie également Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux, un récit autobiographique dans lequel elle revient sur son enfance et les violences vécues dans le milieu du cinéma. Son procès pour diffamation face au cinéaste Jacques Doillon, qu’elle accuse de viols lorsqu’elle avait 15 ans, est prévu les 29 et 30 mars 2027.
Alexandra Lamy : Solidarité féminine et mobilisation contre les violences

Très populaire auprès du public français, Alexandra Lamy s’est progressivement engagée sur plusieurs causes sociales, notamment la lutte contre les violences faites aux femmes. L’actrice soutient notamment La Maison des Femmes, structure qui accompagne les victimes de violences, ainsi que l’association Résonantes, à l’origine de l’application App-Elles, un dispositif d’alerte permettant aux femmes en danger de prévenir leurs proches et les secours.
Son engagement passe aussi par la fiction : en 2022, elle réalise le téléfilm Touchées, consacré aux femmes victimes de violences conjugales et sexuelles, inspiré d’un roman graphique du même nom.
Le 3 mars 2026, dans une interview accordée au journal La Provence, l’actrice est revenue sur les violences sexistes qu’elle affirme avoir subies au début de sa carrière dans le cinéma. Elle y décrit un climat qui, selon elle, était longtemps banalisé dans l’industrie : « Dans ma génération, les mecs se servaient. J’avais l’impression d’être une proie. (…) Le mec te mettait la main aux fesses et il ne fallait rien dire. »
Par ses prises de parole dans les médias comme par ses projets artistiques, l’actrice participe ainsi au débat sur les violences sexistes et sur la place des femmes dans l’industrie du cinéma.
Julie Gayet : Promouvoir les réalisatrices et les récits féminins
Julie Gayet mêle depuis longtemps carrière artistique et engagement culturel. Elle milite activement pour une meilleure représentation des femmes dans le cinéma. Elle est notamment cofondatrice du festival Sœurs Jumelles Festival à Rochefort, consacré à la musique de film et à la création audiovisuelle, où une attention particulière est portée aux créatrices et compositrices.
L’actrice et productrice s’engage également dans plusieurs initiatives en faveur de la parité, notamment au sein du Collectif 50/50, qui œuvre pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le cinéma et l’audiovisuel. Elle participe régulièrement à des rencontres professionnelles et des tables rondes sur ces questions, notamment lors du Festival de Cannes, du Festival du film de La Rochelle ou encore du Festival d’Angoulême, où elle intervient sur la place des femmes dans la création cinématographique.
Par ailleurs, à travers sa société de production Rouge International, Julie Gayet soutient le développement de films portés par des réalisatrices et participe à l’accompagnement de jeunes talents féminins dans le cinéma européen.
Salma Hayek : Hollywood et la dénonciation des abus

Salma Hayek fait partie des actrices qui ont contribué à révéler l’ampleur des abus dans l’industrie hollywoodienne. En 2017, elle publie une tribune dans le The New York Times, dans laquelle elle accuse le producteur Harvey Weinstein de harcèlement et de pressions pendant le tournage du film Frida.
Elle y écrit : « Pendant des années, il a été mon monstre. » Depuis, elle s’engage dans plusieurs initiatives contre les violences faites aux femmes. Elle est notamment membre du conseil de la Kering Foundation, qui soutient des ONG luttant contre les violences de genre. Elle participe aussi régulièrement au dîner caritatif “Caring for Women”, organisé à New York pour financer des organisations comme Equality Now, Sanctuary for Families ou FreeFrom, engagées dans la lutte contre les violences domestiques et l’accompagnement des victimes.
Laure Calamy : Une nouvelle génération politisée

Révélée au grand public grâce à la série Dix pour cent, Laure Calamy appartient à une génération d’actrices qui revendiquent leurs convictions. Dans plusieurs interviews, elle explique que la comédie peut aussi être politique : « Le rire peut être une façon très forte de parler de la société. » (Interview pour Télérama, 2021, à propos du film Antoinette dans les Cévennes).
Elle soutient régulièrement des initiatives féministes et participe à des événements culturels engagés, notamment les mouvements de libération de la parole dans le cinéma français liés à #MeToo et au Collectif 50/50, qui œuvre pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’industrie audiovisuelle.
Elle intervient aussi dans les médias pour défendre une représentation plus diverse des femmes à l’écran et soutenir un cinéma engagé capable d’aborder des enjeux sociaux et politiques.
Adèle Haenel : Le geste radical
Adèle Haenel a profondément marqué l’histoire récente du cinéma français par son engagement. Après avoir dénoncé les abus qu’elle affirme avoir subis durant son adolescence, elle devient une figure centrale du mouvement #MeToo.
En 2020, lors des César Awards, elle quitte la salle lorsque le prix du meilleur réalisateur est attribué à Roman Polanski. En sortant, elle lance : « La honte ! »
Un geste devenu l’un des symboles de la contestation féministe dans le cinéma français. En 2023, elle annonce se retirer du cinéma commercial, estimant que l’industrie reste trop complaisante face aux violences sexuelles.
Angelina Jolie : Défendre les droits des femmes sur la scène internationale
Actrice et réalisatrice engagée, Angelina Jolie s’est imposée comme l’une des figures les plus influentes dans la défense des droits des femmes à l’échelle internationale. Elle est notamment cofondatrice de l’initiative internationale Preventing Sexual Violence in Conflict (PSVI), lancée en 2012 avec le diplomate britannique William Hague pour lutter contre l’utilisation du viol comme arme de guerre et soutenir les survivantes.
Dans ses interventions publiques, notamment devant le Conseil de sécurité de l’ONU, elle appelle régulièrement les États à agir davantage pour protéger les femmes dans les zones de conflit et à garantir leur participation aux négociations de paix.
Parallèlement à cet engagement international, Angelina Jolie utilise aussi sa propre histoire pour sensibiliser à la santé des femmes. Après avoir révélé en 2013 avoir subi une double mastectomie préventive liée au gène BRCA1, elle continue d’encourager le dépistage et l’accès aux tests génétiques. Dans une interview pour Time France, elle a de nouveau évoqué ce combat en montrant ses cicatrices afin de promouvoir la prévention du cancer du sein et l’information des femmes sur les risques génétiques.
Golshifteh Farahani : L’exil et la liberté comme combat

Actrice iranienne installée en France depuis plusieurs années, Golshifteh Farahani est devenue l’une des voix les plus fortes du cinéma international en faveur des droits des femmes et de la liberté en Iran. Exilée après avoir critiqué le régime iranien, elle utilise régulièrement sa visibilité pour dénoncer la répression et soutenir les mouvements de contestation.
L’actrice a également marqué la 51ᵉ cérémonie des César, le 26 février 2026, avec un discours très politique consacré à la situation en Iran. Sur la scène de l’Olympia, elle évoque la violence du régime et rend hommage aux artistes et militants qui continuent de résister.
Elle déclare notamment : « Les survivants dansent leur douleur… Ils peuvent tuer les corps mais jamais atteindre les âmes. » Un moment fort de la cérémonie qui rappelle combien l’actrice considère le cinéma comme une tribune politique.
Emma Watson : L’activisme féministe mondial

Connue pour son rôle dans la saga Harry Potter, Emma Watson est devenue l’une des figures majeures du féminisme international. En 2014, elle est nommée ambassadrice de bonne volonté d’UN Women et lance la campagne HeForShe, destinée à encourager les hommes à soutenir l’égalité entre les sexes.
Dans son discours aux Nations unies à New York, le 20 septembre 2014, elle déclarait : « Le féminisme consiste simplement à croire que les femmes et les hommes doivent avoir les mêmes droits et les mêmes opportunités. »
L’actrice s’est également exprimée à plusieurs reprises sur son expérience personnelle dans l’industrie du cinéma. Dans différentes interviews, elle raconte avoir été sexualisée très jeune dans les médias, peu après avoir atteint la majorité, alors qu’elle était encore associée à son image d’enfant star. Ces prises de parole ont contribué à ouvrir un débat sur la manière dont les jeunes actrices sont exposées et représentées dans la presse et l’industrie du divertissement.
Très active sur ces questions, Emma Watson utilise régulièrement sa notoriété pour défendre l’éducation des filles, l’égalité salariale et la lutte contre les discriminations de genre.
Quand la célébrité devient tribune
Leur parcours et leurs combats diffèrent, mais toutes partagent une même conviction : la visibilité peut devenir un outil d’action.
Discours publics, films engagés, festivals, tribunes, livres ou campagnes internationales : ces actrices participent à redéfinir le rôle des artistes dans la société. À l’écran comme dans la vie publique, elles montrent que le cinéma peut aussi être un espace de mobilisation et de transformation, un message particulièrement fort à l’approche du 8 mars, journée mondiale dédiée aux droits des femmes.



