Bianca Bondi, Xie Lei, Eva Nielsen et Lionel Sabatté : quatre noms à retenir
Leurs noms ne vous disent peut-être pas encore grand-chose. Mais dès le 26 septembre, ils résonneront dans les couloirs du Musée d’Art Moderne de Paris, parmi les toiles de Matisse et la fresque électrique de Dufy. Bianca Bondi, Xie Lei, Eva Nielsen et Lionel Sabatté sont les quatre artistes nommés au Prix Marcel Duchamp 2025, l’un des prix les plus prestigieux de l’art contemporain, doté de 90 000 euros.
Prix Marcel Duchamp 2025 : quatre artistes à découvrir au Musée d’Art Moderne de Paris
Cette 25ᵉ édition inaugure une nouveauté de taille : les œuvres des nommés ne seront pas isolées dans un espace dédié, mais intégrées au cœur même des collections permanentes du MAM. De quoi faire dialoguer l’actualité de la création avec l’histoire de l’art, et offrir au visiteur un parcours où passé et présent s’éclairent mutuellement. L’exposition est gratuite et se tiendra jusqu’au 22 février 2026, laissant cinq mois pour découvrir des univers singuliers, entre poésie, matière et énigme.
Créé en 2000 par l’ADIAF (Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français) en partenariat avec le Centre Pompidou – actuellement fermé pour rénovation –, le Prix Marcel Duchamp s’est imposé comme une vitrine internationale de la scène artistique française. Derrière la récompense, il y a surtout un accompagnement sur le long terme : expositions en France et à l’étranger, résidences prestigieuses à la Villa Albertine aux États-Unis ou à Sèvres en France, et une mise en réseau décisive pour ces artistes à un moment-clé de leur parcours.
Une exposition gratuite qui mêle art contemporain et chefs-d’œuvre du XXᵉ siècle
Cette année, la sélection respecte la parité. Deux femmes d’abord :
Bianca Bondi, née en 1986 à Johannesburg, compose des environnements alchimiques où l’eau salée et les réactions chimiques métamorphosent les objets du quotidien, dans une approche qui conjugue écologie et ésotérisme.

Eva Nielsen, née en 1983 aux Lilas, développe une peinture hybride, faite de couches de latex, de cuir ou de sérigraphie, qui ouvre des paysages aux frontières mouvantes entre figuration et abstraction.

Deux hommes ensuite :
Xie Lei, né en 1983 en Chine, installé à Paris depuis près de vingt ans, peint des visions équivoques, où l’obscurité se mue en lumière, où le rêve côtoie l’inquiétude, et où le temps semble suspendu.

Lionel Sabatté, né en 1975 à Toulouse, collecte poussières, cendres ou peaux mortes pour donner vie à un bestiaire étrange. Ses sculptures et dessins oscillent entre délicatesse et inquiétante étrangeté, comme un miroir tendu à notre condition.

Le 23 octobre, en pleine semaine de l’art à Paris, un jury international désignera le lauréat. Mais le véritable enjeu dépasse la compétition : chaque nomination agit comme une rampe de lancement.
On reproche souvent à l’art contemporain de désorienter, d’éloigner le public par excès de concepts. Cette exposition cherche à faire l’inverse : provoquer des rencontres. Face à la monumentalité d’un Matisse, surgira la fragilité d’une installation de Bondi ; à côté d’un Dufy, les paysages stratifiés de Nielsen ; non loin d’un Boltanski, les matières transfigurées de Sabatté ; et dans le silence, les visions troublantes de Xie Lei.
En choisissant le nom de Duchamp, l’ADIAF avait affirmé un cap : comme Fountain en 1917, ce prix continue de bousculer les habitudes, rappelant que l’innovation et la liberté priment toujours sur la conformité. Le Musée d’Art Moderne de Paris devient ainsi, pour quelques mois, un laboratoire ouvert à tous : une invitation à entrer dans la conversation infinie qu’entretient l’art avec son temps.
Musée d’Art Moderne de Paris
Prix Marcel Duchamp 2025 du 26 septembre 2025 au 22 février 2026



