L’exposition Le Pli, visible du 26 juin au 26 juillet à la galerie Ceysson & Bénétière, fait de du « pli » le fil rouge d’un parcours riche, à la fois formel et politique d’une belle exposition. Le drapé, longtemps signe de virtuosité et d’émotion dans la peinture classique, devient ici un outil critique en art contemporain : support de mémoire, trace du geste ou empreinte du corps, le pli se fait matière à penser.
Chez Jean-Luc Verna, le dessin académique est détourné avec une précision subversive ; chez mounir fatmi, la relecture de la Pietà en câbles électriques évoque autant la douleur que la connexion entre mondes. Les toiles pliées de Patrick Saytour ou les tarlatanes imprégnées de Noël Dolla capturent littéralement les mouvements du corps. Chez David Raffini, la surface peinte devient paysage abstrait, habitée par les ondoiements d’une gestuelle révolue. Enfin, le rideau de cinéma photographié par Aurélie Pétrel, sorti de tout contexte, transforme le drapé en fiction suspendue.

Claude Viallat, 2019/061, 2019, acrylique sur support, 317 x 176 cm.
L’artiste ORLAN face à Ingres : quand le pli devient manifeste féministe
Mais c’est avec ORLAN que le pli bascule dans une charge politique frontale. Dans ORLAN en Grande Odalisque d’Ingres (1977), l’artiste française rejoue, à l’identique, la pose de la célèbre odalisque de 1814. Commandée par la sœur de Napoléon, cette œuvre d’Ingres mêlait fantasme orientaliste, nu académique et proportions volontairement irréalistes, avec une colonne vertébrale allongée pour flatter l’œil. ORLAN s’y substitue nue, allongée sur un lit, dans un décor neutre. Le regard, la torsion, la composition sont là, mais le fantasme oriental est déconstruit. Ce que montre ORLAN, c’est un corps réel, ni idéalisé, ni retouché, et surtout actif dans sa représentation.
Le drap qui évoque ceux du trousseau devient le véritable médium de l’œuvre. Il recouvre sans cacher, plisse sans farder, et raconte plus que la chair. Comme une peau, il porte les marques du temps, du désir, de l’héritage. Il n’est plus ornement, mais vecteur d’une critique des stéréotypes de genre et de l’histoire du regard posé sur les corps féminins. Chez ORLAN, le pli ne sublime pas : il résiste.
En miroir des démarches de Supports/Surfaces, cette photographie en noir et blanc (ORLAN en Grande Odalisque d’Ingres, 1977, 147,5 x 207 cm, © Aurélien Mole) incarne un moment clé des années 1970 : celui où le corps devient champ de bataille esthétique, social et politique. Et si le pli, comme le vieillissement, fait peur, ORLAN en fait un manifeste de liberté.

Le Pli
Du 26 juin au 26 juillet 2025
Galerie Ceysson & Bénétière
23, rue du Renard, 75004 Paris



