Ginseng Biloba : quand Hermès invente une nouvelle matière à parfum

Ginseng Biloba parfum Hermès @carlaPetelski et @studio des fleurs
Ginseng Biloba parfum Hermès @carlaPetelski et @studio des fleurs

Ginseng Biloba : quand Hermès invente une nouvelle matière à parfum

Il aura fallu cinq ans à Christine Nagel pour obtenir le premier extrait naturel de ginseng destiné à la parfumerie. Avec Ginseng Biloba, la nouvelle Hermessence, cette racine précieuse rencontre une feuille de ginkgo réinventée. Deux matières, deux prouesses et une fragrance qui ne ressemble à aucune autre. Rencontre avec la directrice de création et du patrimoine olfactif d’Hermès Parfums.

Chaque parfum a son histoire. Celui-ci commence par un manque. Christine Nagel, veut sentir le ginseng. Pas la plante telle qu’on l’imagine, pas une évocation vaguement exotique : un véritable extrait naturel de cette racine asiatique, réputée pour ses vertus de longévité. Elle interroge ses fournisseurs. Rien. « Et là, la magie d’Hermès, c’est comme chez Hermès, rien n’est impossible. Je dis bon  on va le faire. » Cinq ans et plusieurs centaines de kilos de racines plus tard, la parfumerie possède un nouvel ingrédient.

Et pour Hermès, une nouvelle Hermessence.

C’est la dernière création de Christine Nagel, parfumeuse de la maison depuis treize ans, une femme qui a gardé intacte cette curiosité presque enfantine devant les odeurs. Ses voyages en Asie la conduisent immanquablement dans les marchés et les herboristeries chinoises. « Les marchés, c’est un truc que j’affectionne », confie-t-elle. Le ginseng, avec ses ramifications étranges et sa réputation de racine de longue vie, finit par l’obséder. Après tout, l’iris, le vétiver et le gingembre ont bien trouvé leur place dans la palette des parfumeurs. Pourquoi pas lui ?

Elle confie donc à Givaudan la mission de lui créer un extrait. Les premiers essais sentent trop la terre. Il faut revoir l’extraction, aller plus loin dans la matière, chercher ce qu’elle dissimule. « Au tout début, l’extraction était peut-être trop superficielle », explique-t-elle. Jusqu’au jour où apparaît enfin ce qu’elle attendait : une odeur profonde, boisée, légèrement réglissée, à la douceur singulière. « Quand je dis ça frise, c’est vraiment à la limite », précise-t-elle à propos de son amertume. « L’amertume, on aime ou on déteste, donc c’est très segmentant, mais quand ça frise, c’est un peu différent. » Toute la subtilité est là : dans ce petit déséquilibre qui donne une personnalité à la matière sans la rendre difficile.

C’est aussi ce qui rend la collection Hermessence si séduisante. Créée en 2004, bien avant que les collections exclusives ne deviennent incontournables dans les grandes maisons, elle repose sur un principe : mettre deux matières premières en majesté et les faire dialoguer.

Portrait Christine Nagel Hermès © Lee Whittaker.
Portrait Christine Nagel Hermès © Lee Whittaker.

Pour Ginseng Biloba, Christine Nagel trouve la seconde matière non dans son laboratoire, mais dans ses souvenirs. Au début de sa carrière, chez Firmenich à Genève, deux ginkgos biloba l’avaient éblouie. À l’automne, leurs feuilles en éventail devenaient dorées. Un arbre presque préhistorique, symbole de résistance. Mais ce qui l’intéresse ici n’est pas sa légende : c’est le parfum de ses feuilles vertes lorsqu’on les froisse entre les doigts. Une odeur fraîche, végétale, légèrement évocatrice de thé vert. Impossible, hélas, de l’extraire.

J’avais plus qu’une seule possibilité, c’est réinventer moi l’histoire et l’odeur

raconte-t-elle. Avec du thé vert, du matcha, du maté et des muscs, elle compose donc une interprétation de cette feuille. « Moi j’ai des matières premières et parfois je peux reconstituer, recréer une sensation. » L’une des deux matières de Ginseng Biloba est une découverte scientifique ; l’autre, une invention poétique. Ce qui intéresse Nagel, c’est précisément ce frottement entre le réel et l’imaginaire.

Et le parfum ? Il ne joue ni la puissance démonstrative ni la gourmandise facile. C’est un boisé vert et lumineux, où la fraîcheur végétale de la feuille froissée vient réveiller la profondeur de la racine. Le ginseng apporte une rondeur légèrement terreuse, une impression de réglisse et cette amertume qui reste au bord des lèvres sans jamais s’imposer. Le ginkgo, lui, donne de l’air à la composition, comme une trouée de lumière dans un sous-bois. Les muscs arrondissent le tout. On aime cette façon de faire cohabiter la fraîcheur et la douceur sans les confondre, de laisser une petite aspérité dans un ensemble pourtant très enveloppant. Christine Nagel le résume autrement : « Pour moi, c’est à la fois, il y a une fraîcheur et une douceur. ».

Ce résultat dit beaucoup de son savoir-faire. Christine Nagel ne compose pas seulement avec des ingrédients : elle cherche des sensations, des textures, des souvenirs. Elle aime les matières nouvelles autant que celles qu’il faut réinventer, les molécules de synthèse autant que les extraits naturels. « Alors en fait je dirais même que j’ai trois pieds dans la création », explique-t-elle, avant d’évoquer les matières naturelles, « le retravail poétique du parfumeur » et les matières de synthèse. Une conception du métier qui tient autant de la recherche que de l’artisanat. Et qui lui permet ces fameux « pas de côté » dont elle raffole.

L’extrait de ginseng est désormais l’une des matières les plus onéreuses de sa palette. Hermès en bénéficie en exclusivité pour le lancement, mais Givaudan pourra ensuite le proposer à d’autres parfumeurs. Une nouveauté qui pourrait bien faire des petits. En attendant, elle rejoint les Hermessences dans un flacon-lanterne jaune solaire, rechargeable, coiffé d’un capot en veau Swift surpiqué au point sellier.

Ginseng Biloba ne se contente pas d’ajouter un nom à la collection Hermessence. Il lui apporte une matière qui n’existait pas hier. Et cette impression, assez rare en parfumerie, de sentir quelque chose de véritablement nouveau.

Hermès, Hermessence Ginseng Biloba, eau de parfum, 350 € les 100 ml. Flacon rechargeable.

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