Nous passons nos vies à produire des images. À les consommer tantôt moins que de nous y conformer… Aux Franciscaines, ancien couvent devenu un lieu culturel central à Deauville, les expositions s’inscrivent dans une attention aux formes contemporaines du regard. C’est dans ce cadre que Valérie Belin présente Les Choses entre elles, une exposition conçue comme une traversée de plus de vingt ans de travail autour du corps, de l’image et de leurs constructions sociales. Du 24 janvier au 28 juin, le rendez-vous est donné pour questionner la place des femmes, la norme esthétique et la définition contemporaine de la beauté. Sans discours militant, Valérie Belin interroge les mécanismes visuels qui façonnent nos perceptions et nos désirs. Si certaines images troublent, c’est qu’elles révèlent des codes devenus si familiers qu’ils semblent invisibles. Elles exposent une société qui produit sans cesse des images d’elle-même, tout en peinant à en interroger les fondements. À Deauville, ville historiquement associée au regard et à la représentation, cette réflexion trouve une résonance particulière.

Les Franciscaines, un lieu qui regarde la société en face.
Ce positionnement trouve une évidence avec l’œuvre de Valérie Belin, dont le travail sera exposé aux Franciscaines.
Alice Masson : Comment est née l’idée de l’exposition Les Choses entre elles ?
Valérie Belin : j’ai découvert Les Franciscaines lors d’un vernissage Esprit pop, es-tu là ? (nldr : une ancienne exposition pop.). J’ai été frappée par la manière dont le lieu connecte l’art contemporain à des réseaux beaucoup plus larges.
Depuis mon atelier dans le 13ᵉ arrondissement, nous avons ensuite imaginé un projet commun. Annie, la directrice, tenait beaucoup à la question de la place de la femme dans mon travail. L’exposition s’est construite autour de cette idée. Le titre fait référence à un film d’Antonioni, Les Femmes entre elles, qui parle d’un concours de beauté dans des stations balnéaires. Il y avait une résonance évidente avec Deauville.
Quand l’image devient un symptôme social

Depuis les années 1990, Valérie Belin développe une œuvre exposée dans des institutions majeures comme le Centre Pompidou, le Victoria & Albert Museum ou les Rencontres d’Arles.
Corps bodybuildés, nus, beaucoup de maquillage… Tout semble lisse, contrôlé, presque artificiel. Et c’est précisément là que se joue le trouble des œuvres de Valérie Belin.
Quel est le fil conducteur qui relie toutes les images de l’exposition ?
V.B : Ce qui relie les choses, c’est le désir de paraître. Le diktat de l’image dans notre société pousse les êtres à se transformer en surfaces, parfois au détriment de valeurs plus fondamentales. Tout ce que je photographie est destiné à la vue. Je m’attache à la surface des choses et des êtres, avec une distance presque clinique. Il n’y a aucun pathos dans mes images.
Beauté, aliénation et empathie

IA, nu, bodybuilders, images parfois dérangeantes… Est-ce une manière de prendre le contre-pied des codes habituels ?
V.B : L’idée de beauté peut être dérangeante, c’est un gros mot aujourd’hui (rires). Mais ce n’est pas une volonté de provocation. C’est une nécessité intérieure. J’ai une grande empathie pour mes sujets. Ce ne sont pas des images critiques, je les incarne. Il y a toujours un peu de moi dedans. Nous sommes tous soumis à une forme d’aliénation : l’accélération permanente, l’injonction à être plus beau, plus efficace, plus performant. Mon travail parle de cela.
Valérie Belin avance sans slogans ni certitudes, attentive à ce que les images disent lorsqu’on les laisse agir. En travaillant la surface des corps et des figures, elle dévoile les normes esthétiques qui s’imposent aux femmes. Son regard, volontairement distant, n’accuse pas mais propose d’appuyer sur pause.



