L’agenda des exposition
Quel souffle pour l’esprit pop ?
Du 25 avril au 1er novembre 2026

À Porquerolles, la lumière n’est jamais un décor. Elle est une expérience, presque une matière. C’est dans ce contexte précis, une île à la beauté fragile, à la fois sanctuaire naturel et territoire de projection, que Sea, Pop & Sun prend tout son sens. Car interroger ce que l’esprit pop peut encore nous donner aujourd’hui suppose de le confronter à un monde qui a changé, plus conscient, plus saturé, mais toujours avide de liberté.
Installée depuis 2018 sur l’île de Porquerolles, la villa Carmignac, portée par la fondation Carmignac, s’est imposée comme un lieu singulier dans le paysage artistique français. Ancienne ferme devenue villa puis centre d’art, le bâtiment a été transformé sans jamais rompre avec son environnement. Les espaces d’exposition, creusés sous terre, laissent la surface à la nature. Cette architecture discrète conditionne le regard, on descend, on s’immerge, puis on remonte vers le soleil, chargé d’images et de couleurs.
C’est là que se déploie un pop art débarrassé de son seul imaginaire urbain. Sous le commissariat de Dieter Buchhart et Anna Karina Hofbauer, l’exposition convoque plages, corps, vacances, hédonisme, tout ce qui, dans les années 1960 et 1970, portait la promesse d’un monde plus libre. Mais cette célébration est traversée par une lucidité nouvelle. Le paradis est fragile. L’excès a un prix. Et l’esprit pop, autrefois euphorique, se teinte désormais de doute.
Dans ce face-à-face entre œuvres et paysage, l’exposition rappelle que le pop n’a jamais été un simple style mais un état d’esprit, une manière d’absorber le monde, d’en révéler les séductions comme les failles. Ici, la mer et le soleil ne sont plus des icônes, mais des révélateurs.
Les icônes historiques, Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Evelyne Axell, Martial Raysse, dialoguent avec des artistes contemporains qui déplacent cet héritage. Les œuvres de Théo Mercier, objets bizarres et drôlissimes, mi-antiquités de supermarché, mi-sculptures zombies, introduisent un déséquilibre salutaire. Elles disent un monde où le désir persiste, mais où l’innocence n’est plus possible.
Avec plus de quatre-vingts œuvres, Sea, Pop & Sun invite autant à fureter qu’à réfléchir. On s’y sent grisé de soleil, de couleurs, de liberté, mais aussi interrogé. Quel souffle reste-t-il à l’esprit pop, à l’heure des paradis menacés ? À Porquerolles, la question n’est jamais abstraite. Elle est incarnée, profondément actuelle.
Sea, Pop & Sun, villa Carmignac, île de Porquerolles (83)
Quand l’Espagne invente le baroque
Du 26 mars au 2 août 2026

En parcourant Splendeurs du baroque, on comprend mieux Antoni Gaudí deux siècles plus tard. Le baroque espagnol n’est pas seulement un art de peindre, il pense l’espace en mouvement. Ses colonnes salomoniques, torsadées et vibrantes, témoignent de ce désir d’animer la matière et de faire circuler la lumière. Une filiation que Gaudí prolongera, à sa manière, jusqu’à l’architecture moderne.
Présentée au musée Jacquemart-André, en collaboration avec la Hispanic Society of America, l’exposition réunit pour la première fois en France une quarantaine de chefs-d’œuvre du Siècle d’or. Le baroque hispanique, qui couvre le XVIIe siècle et s’étend jusqu’au milieu du XVIIIe, se définit par des formes vibrantes, un usage dramatique de la lumière et une théâtralité au service de la foi et du pouvoir. Né de la « perle irrégulière » (barroco), il cherche moins l’harmonie que l’intensité.
Entre visible et invisible, chair et esprit, rigueur et exaltation, les peintres espagnols inventent un langage singulier. Doménikos Theotokópoulos, dit El Greco, né en Crète, formé en Italie et installé à Tolède, incarne ce métissage fécond, un art devenu pleinement espagnol par sa ferveur mystique. Francisco de Zurbarán sculpte le silence par la lumière, tandis que Diego Velázquez révèle, dans ses portraits, l’ambiguïté du pouvoir et la vérité des visages. Cette exposition rappelle combien le baroque espagnol fut essentiel, un art de la lumière et du trouble, dont l’écho continue de résonner bien au-delà de son siècle.
Splendeurs du baroque, Peintures de la Hispanic Society of America. Musée Jacquemart-André, Paris
La fondation Cartier s’expose
Jusqu’au 23 août 2026

Après des décennies boulevard Raspail, la fondation Cartier s’est installée au cœur de Paris, entre le Louvre et le Palais-Royal, dans un bâtiment haussmannien entièrement réinventé par Jean Nouvel. Un nouveau lieu pour une exposition manifeste, Exposition générale. Loin d’un simple « best of », elle propose une lecture construite et vivante de quarante ans de collection.
Pensée comme une cartographie de la création contemporaine, l’exposition retrace l’histoire de l’institution à travers œuvres emblématiques et fragments d’expositions fondatrices. Architecture expérimentale, mondes du vivant, porosités entre art, artisanat et design, récits mêlant science et fiction, autant de lignes de force qui dessinent une collection façonnée par le dialogue et l’ouverture. La mise en espace conçue par Formafantasma transforme le parcours en expérience presque tridimensionnelle. Jouant des volumes, des hauteurs et des points de vue, l’architecture permet d’appréhender les œuvres autrement. Plus qu’un accrochage, Exposition générale interroge le rôle de l’institution comme espace public d’expérimentation et de savoirs partagés.
Exposition générale. Fondation Cartier, Paris 1er
« Le Douanier Rousseau », une énigme dans la peinture
Du 25 mars au 20 juillet 2026

Henri Rousseau résiste aux catégories comme aux raccourcis, à l’image d’un parcours artistique profondément singulier. Naïf, autodidacte, visionnaire, aucun de ces mots ne suffit à cerner celui que l’histoire a surnommé « Le Douanier Rousseau ». Sa peinture demeure une énigme, à la fois rigoureuse et onirique, où l’imaginaire se déploie avec une ambition picturale longtemps sous-estimée. Dix ans après la grande rétrospective du musée d’Orsay, c’est aujourd’hui le musée de l’Orangerie qui lui consacre une exposition majeure.
Intitulée Henri Rousseau, l’ambition de la peinture, cette présentation entend dépasser les légendes pour revenir au cœur du processus créatif. Réunissant près de cinquante œuvres, elle fait dialoguer de manière inédite les collections de l’Orangerie et de la fondation Barnes, enrichies de prêts majeurs d’institutions européennes et américaines, dont La Bohémienne endormie du MoMA. La collaboration éclaire le rôle décisif du marchand Paul Guillaume, intermédiaire entre Rousseau et le collectionneur américain Albert Barnes.
Arrivé à Paris depuis la Mayenne, Rousseau choisit tardivement, à 49 ans, de se consacrer entièrement à la peinture. Salons, commandes publiques, portraits, paysages, autoportraits, l’exposition révèle un artiste conscient des mécanismes du marché de l’art moderne et soucieux de sa place. Analyses scientifiques, études de matériaux et dispositifs numériques permettent d’entrer dans l’épaisseur de la matière picturale et de révéler, derrière l’apparente simplicité, une œuvre patiemment élaborée. Une leçon de peinture, enfin regardée pour ce qu’elle est.
Henri Rousseau, l’ambition de la peinture. Musée de l’Orangerie, Paris



