Trente trois, le nombre de palaces officiels que compte désormais la France, après l’annonce par Atout France de sa Collection 2026 le 2 juin. Les derniers nouveaux entrants remontaient à 2019 : la pandémie avait suspendu toute promotion pendant six ans. Le retour de la procédure s’accompagne d’un signal inédit : pour la première fois depuis la création du label en 2010, quatre établissements ont simultanément perdu la distinction. Park Hyatt Paris-Vendôme, Mandarin Oriental Paris, Hôtel du Palais à Biarritz et Byblos à Saint-Tropez : le titre, renouvelable tous les trois ans depuis la réforme de 2024, n’est plus honorifique. Il se mérite à chaque cycle. Parmi les six promus, trois sont parisiens.
Bulgari Hôtel Paris : l’italianité comme méthode, avenue George V

Depuis son ouverture en 2021, le Bulgari Hôtel s’est installé avenue George V, en face du Four Seasons et du Prince de Galles, avec une concurrence assumée et un luxe affiché en noir et doré. Ses 76 chambres et suites occupent le coeur du Triangle d’Or et déploient un savoir-faire italien au centre de Paris. Le parti-pris tenu depuis l’ouverture est celui de la discrétion dans la souveraineté : pas de courbettes excessives, pas de tapis rouges.
Le lobby, intentionnellement conçu comme un sas d’entrée, dessert sans cérémonial les différents espaces de l’établissement, permettant aux clients d’être autonomes s’ils le souhaitent. Il Ristorante Niko Romito est la pièce maîtresse gastronomique, et le Bvlgari Bar propose chaque soir un aperitivo d’antipasti que les équipes du chef montent avec la rigueur d’une partition. L’hôtel a indiqué qu’il lui a fallu près d’un an pour préparer le dossier palace. Ce délai dit quelque chose de précis sur ce que le label mesure : non pas l’ancienneté, mais la démonstration d’un niveau tenu dans la durée.
30 avenue George V, Paris 8e.
Cheval Blanc Paris : la vitesse comme argument, quai du Louvre

Derrière la façade Art Déco et Art Nouveau de la Samaritaine restaurée après seize ans de travaux et 750 millions d’euros investis par LVMH, l’hôtel a pris position sur les quais de Seine en 2021. Cinq ans plus tard, Atout France lui remet le label Palace. L’établissement compte 72 chambres et suites, de 45 m² à 1 000 m² pour la plus vaste, qui comprend sept chambres, une salle de projection et une piscine de 12,5 mètres. Ce sont des chiffres qui indiquent un positionnement : boutique dans l’échelle, monumental dans l’exécution.
Le restaurant Plénitude, confié au chef Arnaud Donckele, a décroché trois étoiles Michelin en février 2022, soit cinq mois seulement après son ouverture, une performance sans précédent dans l’histoire du Guide. L’architecte Peter Marino a signé un environnement où marbre, velours et oeuvres d’art contemporain cohabitent, avec quatre restaurants pensés pour les voyageurs autant que pour les Parisiens. Le Cheval Blanc n’a pas attendu d’avoir une histoire : il en a fabriqué une, en accéléré.
8 quai du Louvre, Paris 1er.
Fouquet’s Paris : le premier palace des Champs-Élysées
L’hôtel se glisse discrètement au 46 avenue George V, son entrée propre à l’écart de la brasserie légendaire qui occupe l’angle des Champs-Élysées. L’architecte Jacques Garcia a conçu le lieu comme une maison de famille à la fois spectaculaire et intime, où velours, acajou et cristal dialoguent avec le baroque maîtrisé des salons et la sobriété feutrée des chambres.

Le Fouquet’s Paris est désormais le premier établissement de l’avenue des Champs-Élysées à rejoindre le cercle des palaces français, ce qui, pour une adresse liée à cette avenue depuis 1899, n’est pas un détail de calendrier. Le directeur général hôtellerie du groupe Barrière, Julien Huel, a évoqué plusieurs millions d’euros investis : rénovation du lobby, d’une partie des restaurants, du spa avec piscine. C’était le rêve de Diane Barrière, qui avait acquis le Fouquet’s en 1998 : créer une adresse hôtelière iconique sur la plus belle avenue du monde.
Le label palace officialise, avec vingt-huit ans de décalage, ce projet initial.
46 avenue George V, Paris 8e.
Le label palace retire son titre pour la première fois : ce que cela change
Pour prétendre au titre, un établissement doit être classé cinq étoiles, justifier d’au moins douze mois d’activité, et satisfaire à une grille d’exigences précises : situation géographique exceptionnelle, caractère de légende par un intérêt historique ou une fréquentation de personnalités renommées, service sur mesure et personnalisé. Les candidats sont évalués par une commission composée de personnalités qualifiées issues du tourisme, de la culture et de l’hôtellerie.
Ce qui change en 2026, c’est la nature même de la distinction. Quatre établissements perdent leur titre cette année : le Park Hyatt Paris-Vendôme, le Mandarin Oriental Paris, l’Hôtel du Palais à Biarritz et le Byblos à Saint-Tropez. C’est une première depuis la création du label.
Ni Atout France ni le ministère du Tourisme n’ont rendu publics les critères précis ayant motivé ces retraits, ce qui, dans un secteur où chaque distinction fait l’objet d’une communication soignée, constitue en soi une information. Le label palace n’est plus un titre reçu : c’est un niveau à démontrer, à chaque renouvellement, devant une commission qui a désormais prouvé qu’elle sait dire non. Pour les treize palaces parisiens restants, la Collection 2027 commencera à se préparer dès demain matin.



