Newsletter

La villa des Orangers : une oasis secrète au coeur de Marrakech

la villa des orangers

La villa des Orangers : une oasis secrète au coeur de Marrakech

Le premier relais & châteaux du monde arabe se cache à Marrakech : c'est la villa des orangers. L'épopée qui l'a vu naître et grandir mérite d'être contée.

Voici le plus ancien Relais & Châteaux d’Afrique du Nord. Le plus charmant, aussi. La villa des Orangers, à Marrakech, aucun taxi de la ville ne sait précisément où elle se cache. Quand on leur communique l’adresse, ils finissent par dire : « Ah oui, c’est Sidi Mimoun ! » Dans cette rue grouillante de la Médina, une petite porte discrète, à moitié ouverte, invite à la curiosité. On aperçoit des ouvriers s’affairer, accroupis, pinceau à la main. Un groom vous propose inévitablement de franchir le rubicond et vous voilà projeté non pas dans un hôtel mais dans un univers à part entière, une oasis de verdure, une parenthèse de calme et de beauté.

Un premier patio orné d’orangers quatre-saisons, splendides, centenaires. Sur les côtés, des alcôves meublées comme des salons marocains. Parfait pour un accueil frais et parfumé, arrosé d’un thé à la menthe ou d’une citronnade maison. Dans l’alignement du patio, une belle piscine de 16 m de long, entourée de transats et d’oliviers créant cette atmosphère ombragée qu’on recherche à l’heure de la sieste. Où l’on se dit que le paradis doit sans doute ressembler à un truc du genre…

026 dinner by the Main Pool min La villa des Orangers : une oasis secrète au coeur de Marrakech

Hôtel confidentiel

La visite de l’hôtel s’apparente à une déambulation labyrinthique car les agrandissements se sont succédé depuis un quart de siècle.

Mais revenons au début de l’histoire. Dans les années 30, un juge respecté de la ville, Me Mlihi, fait construire un grand riad pour y loger toute sa famille, femme, enfants, maman, tantes, cousins… Le Maroc n’a pas encore obtenu son indépendance mais la luxueuse architecture andalouse, elle, a déjà ses caractéristiques : deux patios dont les sols sont en bejmat, la terre cuite de Fès, une fontaine en marbre de Carrare posée sur une étoile évoquant l’eau, des portes en bois gravées de motifs empreints de spiritualité, des murs épais pour protéger les occupants des grosses chaleurs mais aussi des cheminées dans les salons, bienvenues en hiver quand le vent descend des montagnes de l’Atlas.

Lorsque le patriarche disparaît dans les années 80, ses héritiers décident de vendre. Un couple d’hôteliers français, Véronique et Pascal Beherec, tombent amoureux de la maison lors d’un séjour d’agrément dans la Ville rouge. Ils ne la quitteront plus. Très vite, ils se mettent d’accord avec la famille sur un prix d’achat, quittent Paris et se lancent dans les grands travaux pour inaugurer, au début des années 2000, une nouvelle forme d’hôtellerie qui va faire florès à Marrakech : le riad. Leurs efforts sont vite récompensés puisque la prestigieuse chaîne Relais & Châteaux admet la villa des Orangers en son sein dès 2001. Elle devient le premier R & C du monde arabe !

« À l’époque déjà, la demeure était iconique, affirme le sémillant directeur général de l’établissement, Souheil Hmittou. On y a organisé maintes fois des soirées de prestige à l’occasion du salon touristique Pure Life Experience. » Les people s’y bousculent, gens du cinéma, sportifs de haut niveau ainsi que quelques politiques français qui apprécient la discrétion du lieu. « On ne donne d’ailleurs jamais de noms de clients connus à la presse », appuie le sémillant DG, dont le dynamisme tranche avec la quiétude du lieu.

BD Villa des Orangers by Millesime @Kensho 92 La villa des Orangers : une oasis secrète au coeur de Marrakech
@ Kensho

Détective généalogique

Le succès incite les nouveaux propriétaires à envisager plusieurs extensions. La première a lieu dès 2003 afin de construire une vraie piscine en lieu et place d’un atelier mécanique. La seule existant alors était le petit bain creusé sur le rooftop d’où l’on peut admirer le soleil couchant sur la Koutoubia, la majestueuse mosquée datant du XIIe siècle au minaret impressionnant. L’acquisition de ce terrain permet aussi de construire un nouveau bâtiment accueillant trois master suites de 100 m2 chacune.

La deuxième extension de 2008 va s’avérer autrement plus complexe. Le couple Beherec doit racheter 17 baux commerciaux à 17 propriétaires différents. Scénario digne d’une comédie française des années 70, 16 se laissent facilement convaincre mais le dix-septième reste introuvable. Et sans sa signature, pas d’extension possible. Nos deux hôteliers très persévérants s’adjoignent alors les services d’un détective généalogiste qu’ils chargent de dénicher des ayants droit.

Après plusieurs semaines d’enquête, il retrouve des descendants du bailleur dans… les Cyclades ! Les négociations sont acharnées, les héritiers chanceux ayant pleine conscience d’un rapport de force favorable. « Nous avons payé le mètre carré le plus cher de Marrakech pour cette échoppe », ironise Souheil Hmittou. Dans cette partie de la villa, six suites, un spa et une maison privée sont érigés. Cette dernière peut être entièrement privatisée, nantie de sa propre piscine.

Grâce à la dernière extension achevée en 2019, le couple Beherec réalise son rêve : ouvrir un bar évoquant le Café Rick’s, vu dans le fameux film Casablanca avec Humphrey Bogart. Typique des années 30-40. En 2022, la villa des Orangers est cédée à un investisseur marocain, Dar Taarji SA, hôtelier depuis trois générations. « Le family office possédait des unités plus importantes, sortes de resorts, explique Souheil Hmittou. La villa des Orangers est un peu le joyau de la couronne. »

Lequel joyau est devenu le premier bijou d’une collection qui se prolonge par Les Deux Tours, un cinq-étoiles situé dans la palmeraie. « L’idée directrice est de rapatrier des maisons iconiques sous pavillon marocain » confie le directeur général, enthousiasmé par ce projet ambitieux qui devrait emmener le groupe au-delà des frontières de Marrakech. « Dans nos hôtels, l’esprit de la villa des Orangers sera perpétué, développe-t-il encore. C’est-à-dire que les clients doivent se sentir dans leur maison secondaire. Nous avons une offre qui comprend les nuitées, deux repas, la blanchisserie et les boissons non alcoolisées
à volonté. Ils sont comme à la maison avec du personnel compétent et souriant avec lequel il se crée une relation amicale. »

Cuisine métissée

La cuisine déploie aussi moult efforts pour que les résidents s’approprient le restaurant. « Nous avons une carte avec des plats qui changent chaque jour, explique le chef à l’humour bien trempé, Igmiri Abdelilah. Mais nous sommes capables aussi de réaliser des plats à la demande qui ne sont pas dans le menu. » Pour l’avoir testée, la table est parfaite. La direction a souhaité fusionner les grandes cuisines du monde et la marocaine, ce qui donne par exemple un succulent gaspacho de tomate et poivron rouge, une savoureuse pièce du boucher grillée au citron confit ou encore un surprenant burger d’épaule d’agneau au ras el hanout.

Et pour les amateurs de pure cuisine du cru, la sélection de briouates ou le tagine de poulet fermier aux aubergines caramélisées font l’affaire. Le chef a une approche quasi scientifique de la cuisine, et pour cause. « Je n’ai commencé à apprendre ce métier qu’à 27 ans, explique Igmiri. Avant, j’étais étudiant en filière scientifique. C’est pour ça que je dis parfois : j’étais sciences et maths, maintenant je suis sauce tomate ! » Après des expériences à l’étranger, notamment en Asie, Igmiri a rejoint la villa des Orangers pour seconder l’ancien chef, dans un premier temps, avant de prendre les commandes.

Adepte d’une gastronomie gourmande et efficace, ce quadra à l’allure juvénile cultive une simplicité appréciée en haut lieu. « Nous n’avons pas voulu d’un chef étoilé qui signe la carte mais n’est jamais là, précise Souheil Hmittou. Notre cuisinier fait les courses, dirige sa brigade, valide chaque plat qui sort de la cuisine. ». Et bien sûr, il cueille régulièrement quelques oranges amères dans les patios pour mitonner la merveilleuse confiture servie au petit déjeuner.

BD Villa des Orangers by Millesime @Kensho 64 La villa des Orangers : une oasis secrète au coeur de Marrakech
Villa des Orangers

 

Article écrit par Yves Derai, à retrouver dans le numéro 12 du magazine OniriQ.

Vous aimerez sûrement :