Neuf ans après sa dernière collection de haute joaillerie, Hermès en dévoile une nouvelle, quatre-vingt-dix pièces où le cheval, motif fondateur de la maison, n’apparaît nulle part et se devine partout. Chez Boucheron, cinq colliers totalisent plus de 14 000 heures de travail pour défendre une seule idée : ce qu’une intelligence artificielle ne saura jamais reproduire, c’est le geste de la main. Entre ces deux manifestes, l’été 2026 rassemble des collections qui partagent une même conviction, celle que la matière précieuse n’a de sens que portée par une intention précise.
Hermès réinvente son héritage équestre sans jamais montrer le cheval
Pour sa neuvième collection de haute joaillerie, baptisée Into the Horsescape, Hermès confie à Pierre Hardy le soin de distiller des siècles d’héritage équestre en fragments d’abstraction. Le directeur de création parle lui-même d’une collection métonymique : le cheval s’y devine à travers la courbe d’un mors, la tension d’un lasso, la géométrie d’un étrier, jamais dans une représentation littérale de l’animal.

Le collier Étreintes étire un mors jusqu’à en faire la monture d’une émeraude intense. Centaure, torque sculptural inspiré du sabot, impose une silhouette inédite dans le vocabulaire de la maison. Lasso Disco enlace le poignet de diamants taille baguette disposés en formation irrégulière, tandis que Chevauchée convoque les grandes plaines américaines à travers des chaînes tressées ponctuées de jade noir, de quartz fumé et de tourmalines brunes. Quatre-vingt-dix pièces où l’or rose et le diamant brun évoquent la chaleur d’une robe, où le noir du jade suggère le lustre d’un sabot poli. Hermès rappelle qu’il n’a plus besoin de montrer l’animal pour qu’on le reconnaisse.
Boucheron confie le choix de sa forme à l’intelligence artificielle, la main fait le reste

Pour sa Carte Blanche 2026, Claire Choisne, directrice des créations de Boucheron, inverse la logique habituelle de la haute joaillerie. Plutôt qu’une collection foisonnante de propositions, une seule forme, déclinée en cinq colliers. Cette forme, un motif en cluster, a été identifiée par une intelligence artificielle nourrie de données joaillières. Baptisée Human Being, la collection succède à Or Bleu en 2024, consacré à la raréfaction de l’eau, et à Impermanence en 2025, consacré à la fragilité du vivant. Cette fois, Claire Choisne défend ce qui reste, selon elle, irremplaçable dans un monde de plus en plus automatisé : la main humaine.

Plus de 14 000 heures de travail et cinq savoir-faire distincts ont été nécessaires pour concevoir les cinq pièces. Des diamants encapsulés dans des gouttes de cristal de roche composent Rain. Des morganites serties sans martelage donnent forme à Light. La micro-peinture florale sous binoculaire habille Flower, la glyptique victorienne signe Tattoo, et un motif pied-de-poule gravé au laser femtoseconde orne l’onyx de Checkers.
Chaumet fait renaître l’or au cœur de sa collection A Journey Through Nature
Chaumet convoque deux siècles d’herbiers et de motifs botaniques pour les embarquer sur la route des épices. Vanille, cannelle, poivre, safran, café, menthe : chaque parure de la collection A Journey Through Nature traduit une fragrance plutôt qu’une fidélité botanique littérale. Quarante-six pièces où l’or jaune retrouve une place que la maison lui réservait moins souvent ces dernières saisons, porté notamment par le collier Verbena Bouquet, qui sertit un saphir jaune de Ceylan de 15,11 carats taille coussin.

Le collier Vanilla Flower, pièce d’ouverture, articule un diamant de plus de dix carats détachable, à porter en pendentif ou en solitaire. Saffron Flower déploie un émail grand feu irisé de paillons d’argent, quand des abeilles en broches, dont une sertie d’une tanzanite de 18 carats, viennent ponctuer l’ensemble. Présentée en avant-première à l’abbaye des Vaux-de-Cernay en avril, la collection a trouvé preneur avant même son lancement officiel : la parure Tea Field s’est vendue dans les semaines précédant sa présentation publique.
Cartier fait de la gemme la seule véritable autrice de la création
Chez Cartier, la hiérarchie est assumée sans détour : la pierre choisit la création, jamais l’inverse. La nouvelle collection, baptisée le Chœur des pierres, s’ouvre sur ce principe fondateur, où la forme, la couleur et l’histoire de chaque gemme dictent le dessin final. Le designer avance en dialogue constant avec gemmologues, lapidaires et sertisseurs, dans un processus qui inverse la méthode classique.

La pièce phare structure un collier autour de cinq émeraudes de Colombie totalisant 40,67 carats. Son motif rayonnant reprend le contraste vert-bleu apparu chez Cartier au début du XXe siècle, ponctué de turquoises et de lapis-lazulis taillés sur œuvre, puis de pampilles géométriques en diamants. Une architecture solaire et rythmique, où Cartier fait littéralement résonner les pierres entre elles.

Messika sacre l’Okavango Blue, diamant national du Botswana
Après Terres d’Instinct en 2025, qui introduisait la couleur dans le vocabulaire joaillier de la maison, Messika poursuit son exploration de l’Afrique australe avec Terres de Contrastes. La collection convoque les ocres du Kalahari, les bleus profonds du delta de l’Okavango et les reflets roses des pans salés du Makgadikgadi, où l’eau dialogue avec le désert plutôt que de s’y opposer.

Pièce manifeste de cette collection, l’Okavango Blue. Découvert en 2018 dans la mine d’Orapa, ce diamant brut de 41,11 carats, taillé à 20,46 carats et classé Fancy Deep Blue, est le plus grand et le plus rare jamais mis au jour au Botswana. Trésor national devenu création de haute joaillerie pour la première fois depuis sa découverte, il est entouré de plus de 500 diamants qui épousent le cou dans un mouvement inspiré des courbes du delta.




