Stéphanie Coutas : l’âme d’un lieu, la main d’une artiste

Stéphanie Coutas : l’âme d’un lieu, la main d’une artiste

Restaurer une bastide centenaire tout en lui insufflant une âme contemporaine : tel était le défi que s’est lancé Stéphanie Coutas à Saint-Tropez. En mêlant l’authenticité des matériaux bruts à l’élégance des lignes modernes, elle a créé un lieu où chaque espace raconte une histoire. Cette interview dévoile les coulisses de cette métamorphose, reflet d’une approche du design où l’émotion guide notre propre intuition.

Stéphanie Coutas est une conteuse d’espace et une ambassadrice du luxe à la française. Après une enfance au Vietnam puis à Hong Kong, elle cultive aujourd’hui une esthétique singulière autour d’une sobriété rare et d’un goût singulier pour les matières audacieuses. Son agence SC Edition signe des projets d’exception à travers le monde. À Saint-Tropez, elle a réinventé la Bastide des Vignes, une ancienne ferme provençale transformée en havre de paix contemporain. Entre projets nobles, lignes épurées et respect de la nature, cette réalisation incarne sa vision d’un luxe discret et poétique. 

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APR-STEPHANIE COUTAS La Bastide des Vignes ©Phillipe-Garcia

Alice Masson : Comment avez-vous découvert la Bastide des Vignes, et qu’est-ce qui vous a séduite dans ce lieu ?

Stéphanie Coutas : Ça a été un vrai coup de cœur, d’abord pour sa localisation idéale, à seulement cinq minutes à pied de la place des Lices. Ce qui m’a charmée, c’est l’âme du lieu : un ensemble de bâtiments qui évoquaient une vieille ferme, entourée de vignes privées, ce qui est extrêmement rare, surtout sur un terrain plat. On avait presque l’impression de tomber sur une micro-propriété viticole. J’ai immédiatement imaginé un jardin qui embrasserait ces vignes (pour déguster du bon vin !), et une maison qui allierait le charme d’antan au confort du XXIe siècle. C’était une évidence.

Quelles ont été les grandes étapes de transformation de la bastide ?

S. C. : La première étape a été de dessiner une maison qui s’intègre à l’esprit du lieu, puis d’obtenir les autorisations nécessaires. Il a fallu ensuite penser l’intérieur et l’extérieur comme un tout cohérent. Nous avons souhaité creuser un sous-sol, ce qui a représenté un chantier assez spectaculaire, surtout en plein cœur d’une zone habitée. Il a fallu de nombreuses études techniques et deux ans de travaux complexes pour y parvenir. L’idée était de préserver une esthétique authentique, avec une patine de l’ancien, tout en intégrant des technologies modernes de manière invisible. Par exemple, la climatisation est là, mais elle ne se voit pas. On entre dans un décor immersif où chaque détail a été pensé pour ne pas perturber l’émotion du lieu.

Comment avez-vous sélectionné les matériaux et les artisans pour ce projet ?

S. C. : Je suis partie de l’envie de retrouver une pierre qui évoque une bastide de la fin du XVIIIe siècle. Cette pierre donne toute sa tonalité à la maison et à ses espaces de vie. J’ai aussi cherché des poutres anciennes, de dix mètres de long… Ce fut un véritable défi. L’objectif était d’harmoniser les textures, d’obtenir un ensemble très doux, lumineux, raffiné. Les finitions sont mates, naturelles, et nous avons apporté une touche colorée avec la décoration, pour animer l’ensemble sans le dénaturer.

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La Bastide des Vignes

L’environnement méditerranéen a-t-il guidé vos choix de design paysager ?

S. C. : Absolument. Le jardin a été pensé comme un véritable projet de landscaping, avec une direction artistique forte. Je voulais créer une atmosphère méditerranéenne, mais sèche, avec une touche d’inspiration italienne. Nous avons acheté des cyprès en Italie, d’autres en Provence, planté de la lavande… tout en conservant bien sûr les vignes de la propriété. J’ai conçu une promenade sinueuse, qui traverse un grand espace naturel. Elle permet de découvrir les vignes sur la droite, puis d’arriver, au bout du chemin, à la maison. Le paysage accompagne le regard et invite à la découverte.

Une petite anecdote sur ce projet ?

S. C. : Oui ! Il y avait un olivier un peu tordu planté juste devant la maison. Tout le monde voulait l’enlever, même le jardinier ! Mais moi, j’y tenais absolument. J’ai insisté pour construire autour, contre tous les avis. Aujourd’hui, il est splendide. C’est devenu un élément central. Il représente à mes yeux ce qu’est un vrai projet de cœur : du respect, de l’instinct, de la passion… et un peu de folie aussi !

Quels éléments ont été pensés pour favoriser l’harmonie entre intérieur et extérieur ?

S. C. : La maison est d’abord une maison d’été, mais elle se vit aussi en hiver : elle est chaleureuse, cocooning. Ce que je cherche toujours, c’est la perspective. Quand on est assis dans une pièce, que voit-on ? Dans le grand salon, par exemple, un espace de 400 m² s’ouvre via de larges baies vitrées sur les vignes. On peut les ouvrir presque à l’infini. C’est cette connexion au paysage qui rend l’ensemble vivant. À l’étage, les suites parentales donnent sur une terrasse. J’y ai créé un petit jardin rouge, un patio intimiste à l’abri du vent, parfait pour le petit déjeuner du matin. Ce sont ces attentions qui transforment une maison en expérience.

La lumière joue-t-elle un rôle central dans votre conception des espaces ?

S. C. : Elle est essentielle. Quand on démarre un projet, on commence toujours par étudier l’ensoleillement. Où est le soleil le matin, le soir ? Ensuite, on travaille le même scénario pour la nuit : quels coins seront utilisés au coucher du soleil ? Cette réflexion est un vrai travail de l’ombre, mais il change tout. Il rend les espaces apaisants, habitables, naturels. On doit aussi composer avec la météo, mais les retours sont toujours les mêmes : “on s’y sent bien”. Et c’est bien là le but.

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APR-STEPHANIE COUTAS La Bastide des Vignes ©Phillipe Garcia

Comment définissez-vous le luxe dans vos projets ?

S. C. : Pour moi, le luxe, ce n’est pas une question de grandeur ou de prix. C’est d’abord l’espace, un espace à soi. Ce peut être un petit coin de nature, une vue sur le ciel, une harmonie entre les éléments naturels et une maison pensée dans le détail. On peut tout mélanger à condition de rester juste. Le luxe, c’est de pouvoir choisir ce qu’on veut mettre autour de soi, sans contraintes. C’est une palette sensible, où la texture, la couleur et la lumière sont les vraies valeurs. Et surtout : un projet n’a de valeur que s’il est habité, pensé pour ceux qui y vivront.

Y a-t-il des artistes ou des courants esthétiques qui vous inspirent particulièrement ?

S. C. : J’ai beaucoup d’admiration pour Heylen Grey. Mais surtout, je suis fière de mon métier dans sa globalité. Dans notre agence, nous faisons tout : aménagement d’espace, décoration, jusqu’aux coussins, à la vaisselle. C’est ce savoir-faire de décorateur, si français, qui s’est parfois perdu au profit d’un design froid et figé dans les années 2000. Et pourtant, c’est cette patte, cette vision d’ensemble, qui fait que le monde entier vient encore chercher notre sens du détail et de l’art de vivre.

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