Alors que l’artiste nous a quittés le 6 décembre dernier, ses images font sourire avant de grincer. Trop de couleurs, trop de monde, trop de tout. Martin Parr photographie ce que nous voyons tous sans jamais vraiment prendre le temps, de nos loisirs, nos rituels, à nos contradictions. Avec Global Warning, il sensibilise un monde qui continue de bronzer, consommer et voyager pendant que la planète chauffe.
Martin Parr, chroniqueur pop de nos contradictions

Le too much n’effraie pas l’artiste, il s’impose avec des couleurs trop vives, des corps trop proches, et des gestes banals soudain grotesques. L’artiste britannique cherche à capter le tourisme de masse, la consommation à outrance et notre rapport désinvolte à la planète. Au Jeu de Paume comme dans le métro parisien, ses images surgissent dans le quotidien, là où elles font le plus sens : au milieu de nous.

Membre de l’agence Magnum depuis 1994, Martin Parr n’a jamais photographié l’extraordinaire. Son terrain de jeu, c’est plutôt le banal : plages bondées, buffets d’hôtels, files d’attente, touristes cramés au soleil. Animé par un usage de la couleur saturée et du flash, longtemps méprisé par la photographie dite “noble”, Martin Parr dévore le kitsch en outil critique.

Global Warning s’inscrit dans cette démarche documentaire à long terme. Depuis les années 1990, M. Parr observe les effets visibles de la mondialisation, ce sont les mêmes gestes, mêmes loisirs, mêmes images reproduites à l’infini, quel que soit le pays. À titre d’exemple, une glace à la main devant un glacier, un selfie devant une catastrophe naturelle, un transat face à une mer menacée. L’humour est là, mais toujours teinté d’une lucidité froide.
Pourquoi ses images sont partout (et pourquoi ça fonctionne)

Si l’exposition trouve un écho particulier aujourd’hui, c’est parce que Martin Parr parle un langage universel : celui de l’image immédiate. Ses photos ressemblent à des clichés de vacances… jusqu’à ce qu’on y regarde de plus près. Le cadre est trop serré, la situation trop inconfortable, le détail trop cruel pour être innocent.
L’installation dans le métro parisien renforce ce propos. Voir ces images dans un espace public, traversé chaque jour par des millions de regards, prolonge la logique de Parr : sortir la photographie des murs institutionnels, la confronter au réel, provoquer une réaction instinctive. Un sourire d’abord, puis un malaise.

Si Martin Parr est si populaire, c’est parce qu’il ne parle pas « d’eux », mais de nous. De nos habitudes, de nos contradictions, de notre capacité à rire de nous-mêmes tout en continuant, malgré tout, exactement pareil. Global Warning n’est pas un manifeste écologique au sens classique. C’est pire, ou mieux, mais c’est le cadeau d’un miroir tendu, sans filtre, dans lequel chacun se reconnaît un peu trop facilement.
Martin Parr – Global Warning
- Lieu : Jeu de Paume, Paris
- Exposition : en cours actuellement
- Accès : billet selon la tarification du Jeu de Paume
Exposition gratuite dans le métro parisien



