Et si la littérature était le dernier refuge de ceux que la société peine à nommer : les perdants magnifiques, les fêlés lumineux, les fous lucides ? Le Prix de la Closerie des Lilas, décerné chaque année depuis 2007 à une œuvre écrite par une femme, a choisi de sacrer cette année Florence Seyvos pour son roman Un perdant magnifique. Dans ce livre, elle décrypte les zones grises de l’attachement familial et de la fragilité psychique. Une œuvre qui démontre les fractures avec pudeur, ou comment regarder l’imperfection, sans détourner les yeux, et offrir aux invisibles leur éclat singulier. Florence Seyvos nous livre les arcanes silencieux de son écriture, entre mémoire enfouie et émotions patiemment décantées.
Un roman de mémoire, d’ombre et de lumière
Avec Un perdant magnifique, Florence Seyvos tisse une narration dense, nourrie d’ellipses et d’éclats de souvenirs. Le récit s’ouvre sur un retour qui est celui de Jacques, personnage central, revenu après une longue absence. Sa belle-fille, narratrice d’un récit fragmenté, entrelace la chronique familiale à la méditation sur la mémoire. Jacques impose ses règles absurdes, transforme la maison en scène de théâtre, oscille entre générosité et violence psychologique.
Alice Masson : Combien de temps avez-vous mis à écrire Un perdant magnifique ?
Florence Seyvos : C’est un cas particulier. J’ai commencé ce texte il y a plus de vingt ans, en pensant qu’il s’agirait d’un livre destiné à la jeunesse, puisque j’écris aussi pour ce public. Puis je l’ai mis de côté, sans raison précise. Il y a quelques années, on m’a demandé une nouvelle pour la revue Zadig, et j’ai ressorti ce texte. J’y racontais les vacances d’une adolescente auprès de son beau-père très malade. En l’écrivant, des choses ont surgi, naturellement. Alors j’ai continué, en complétant le regard de deux sœurs lycéennes. Finalement, c’est devenu le portrait fragmenté d’un homme vu à travers leurs yeux.
La santé mentale est au cœur du livre. Était ce un choix délibéré ?

F.S : Non, c’est venu sans intention. J’écris souvent à partir d’émotions anciennes, d’impressions enfouies, de choses qui ont eu le temps de mûrir et de se déposer. Ce n’est jamais lié à une actualité immédiate. Mais je comprends que ce roman entre en résonance avec les préoccupations d’aujourd’hui. Si certaines personnes s’y reconnaissent, s’y sentent moins seules, cela me touche énormément.
Que représente ce prix pour vous ?
F.S : C’était une vraie surprise, et une grande émotion. D’autant plus que ce prix est attribué par un jury de femmes, dans un lieu aussi symbolique que la Closerie. Il y a eu une forme de sororité dans cette reconnaissance, cela m’a bouleversée. En regardant la liste des autrices récompensées avant moi — La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon, Une jeune fille d’Anne Wiazemsky… — je me suis sentie honorée de les rejoindre. Comme si le hasard m’invitait à mon tour à prendre place à cette table.
Le Prix de la Closerie des Lilas est remis chaque année au printemps. La cérémonie se tient à la brasserie éponyme, à Paris. L’œuvre lauréate est disponible en librairie aux éditions de l’Olivier. Pour en savoir plus, rendez vous ici.



