On croyait que les Jeux olympiques de Paris 2024 resteraient dans les mémoires pour une cérémonie sur la Seine. Pourtant, c’est peut-être un autre objet qui en est devenu l’emblème : une flamme qui ne brûlait pas. Suspendue au-dessus des Tuileries, portée par un ballon lumineux imaginé par Mathieu Lehanneur, cette vasque sans combustible a offert au monde une image à la fois futuriste et archaïque, technologique et poétique. Un rêve d’élévation.
C’est précisément à cette fascination que s’intéresse Histoires extraordinaires de ballons. De la montgolfière à la vasque olympique (Flammarion), signé par Mathieu Gobbi et Jérôme Giacomoni. Deux noms peu connus du grand public, mais familiers des amateurs d’aérostation. Ingénieurs de formation, fondateurs d’Aérophile, ils consacrent depuis plus de trente ans leur vie à faire voler des ballons. En 1999, ils réinstallent dans le ciel parisien un grand ballon captif, le Ballon Generali, renouant avec une tradition disparue depuis près d’un siècle. En 2024, ils se retrouvent au cœur d’une autre aventure : celle de la vasque olympique. Leur parcours raconte à lui seul ce que le livre met en lumière : derrière les entrepreneurs et les ingénieurs subsistent deux enfants qui n’ont jamais cessé de lever les yeux vers le ciel.
Deux cent cinquante ans d’aventures aériennes
L’ouvrage retrace deux cent cinquante ans d’aventures aériennes avec une conviction simple : les ballons racontent autant notre histoire que notre imaginaire. Depuis les frères Montgolfier jusqu’à la vasque olympique, ils incarnent un même désir de s’arracher au sol, de voir plus loin, plus haut. Les auteurs ne se contentent pas d’aligner les prouesses techniques ; ils racontent une succession d’audaces humaines, de paris insensés et de visions obstinées.
Ainsi de Jacques Charles, rival des Montgolfier, qui fait décoller son ballon à gaz depuis le jardin des Tuileries en 1783. Ou de ces ballons-poste qui, pendant le siège de Paris en 1870, deviennent les derniers liens entre la capitale encerclée et le reste du pays. L’épisode est saisissant : tandis que la ville est coupée du monde, hommes, lettres et messages s’envolent au-dessus des lignes ennemies. À travers ces récits, le ballon apparaît moins comme une machine que comme un instrument de liberté.
Cette alliance entre imagination et innovation trouve son aboutissement dans la vasque olympique. Son secret ? Une flamme qui n’en était pas une. Le dispositif associait un nuage de microgouttelettes d’eau à un système de LED de très haute puissance. La lumière traversait cette brume artificielle pour recréer l’illusion d’un feu vivant, sans combustion, sans fumée et sans combustible. Quant au ballon, maintenu en l’air grâce à l’hélium, il ne relevait pas de la montgolfière traditionnelle mais d’une technologie contemporaine mise au service de l’émotion. Peu d’objets auront aussi bien résumé l’esprit de Paris 2024 : faire dialoguer patrimoine, innovation et spectacle.
En creux, le livre raconte aussi autre chose : le rôle décisif des modèles et de l’obstination. Rien n’aurait existé sans les frères Montgolfier, sans Jacques Charles, sans ces pionniers capables de poursuivre une idée que beaucoup jugeaient irréaliste. Gobbi et Giacomoni s’inscrivent dans cette filiation. Ils ont compris qu’une invention ne naît jamais seulement de la technique mais d’une fascination suffisamment forte pour résister aux obstacles. Les ballons deviennent alors le fil rouge d’une aventure humaine où la passion précède toujours l’innovation.
La force du livre est là. Dans ce dialogue permanent entre science et émerveillement. Entre l’exploit d’ingénierie et la poésie de la vue aérienne. De l’aérostat du XVIIIᵉ siècle à la flamme olympique du XXIᵉ, il rappelle que les plus grandes inventions sont souvent celles qui continuent à nous faire rêver.

Histoires extraordinaires de ballons. De la montgolfière à la vasque olympique, Mathieu Gobbi et Jérôme Giacomoni, Flammarion, 192 p., 29 €, parution le 17 juin 2026.



