Légende : William Travilla, le couturier qui a façonné Marilyn Monroe

Légende : William Travilla, l’homme qui a cousu Marilyn Monroe

Légende : William Travilla, le couturier qui a façonné Marilyn Monroe

S’il est un homme que l’on doit retenir de l’histoire de Marilyn Monroe, il répond au nom de William Travilla. costumier, couturier, architecte silencieux, c’est lui qui a dessiné l’image que plus de soixante-dix ans n’ont pas réussi à effacer. derrière huit films, des robes devenues immortelles et une présence trop souvent tue, portrait du génie au cœur de la légende.

Une histoire que l’on croirait cousue par le destin lui-même… Né en 1920 sur l’île de Santa Catalina, au large de la Californie, William Travilla semble très tôt destiné à l’art. Enfant prodige, il manifeste dès ses premières années un talent à nul autre égal. À tel point qu’à l’âge de 8 ans, il intègre le renommé Chouinard Art Institute de Los Angeles !

Là où d’autres apprennent encore à accorder les temps, Travilla conjugue, lui, avec les silhouettes. Rendu à l’âge de ses 16 ans, il étudie toujours le dessin et franchit un cap en vendant ses premiers croquis à des danseuses de cabaret. Car, là, ce n’est pas pour la joie de ses professeurs mais bien pour d’autres professionnels que le jeune homme dessine des robes.

L’homme avant la légende

Dans les années suivantes, alors que la Seconde Guerre mondiale éclate, William Travilla est déclaré inapte aux champs de bataille en raison de ses pieds plats. Un problème de santé qui s’avère être une aubaine puisque, en 1941, Hollywood lui tend les bras avec un premier contrat au sein de Columbia Pictures.

Une expérience finalement courte, qu’il considéra comme décevante au regard de la pauvreté de ses missions. Pour transformer son talent en source de revenus, il finit par vendre au Don the Beachcomber, restaurant emblématique du Los Angeles mondain, des toiles inspirées de Tahiti. À la fin des années 40, il y fait la rencontre d’Ann Sheridan. L’actrice en plein essor et habituée des lieux tombe sous le charme de son travail et le recommande personnellement aux plateaux de Warner Bros.

Légende : William Travilla, l’homme qui a cousu Marilyn Monroe

Au sein de la maison de production, où il occupe le fier poste de costume designer, Travilla s’épanouit enfin. En 1950, son art est reconnu et acclamé : l’Oscar des meilleurs costumes lui est décerné, aux côtés de ses collègues Leah Rhodes et Marjorie Best, pour Les Aventures de Don Juan (1948) avec Errol Flynn.

La rencontre qui va changer sa vie

Après cette récompense, véritable sceau de consécration à Hollywood, William Travilla n’est plus considéré comme un jeune talent mais bel et bien comme un créateur confirmé que l’on s’arrache. En 1952, il remercie Warner Bros. pour ce tremplin formidable et part chez la concurrence. À cette époque, la 20th Century Fox, désireuse de renforcer son positionnement, fait de Travilla un investissement de premier ordre. Son arrivée coïncide avec l’ascension fulgurante d’une certaine Marilyn Monroe.

L’actrice, déjà à la tête de succès comme Dangerous Years et Ladies of the Chorus, se fraye un chemin dans le 7e art. Mais il lui manque encore ce je-ne-sais-quoi qui fera d’elle un phénomène planétaire.

Le studio confère à Travilla, de façon plus ou moins implicite, la mission de donner une forme visuelle à ce magnétisme encore brut. Sur le set du thriller psychologique Don’t bother to knock, le costumier est introduit auprès de Monroe et la suit dans son tout premier rôle dramatique d’envergure.

L’alchimie est immédiate : Marilyn possède une compréhension instinctive de son corps, et Travilla sait, mieux que quiconque, comment le traduire par le biais du vêtement. Ensemble, ils travailleront sur Monkey Business, avant la grande apothéose.

L’auteur d’une icône

Deux films ensemble et Travilla a compris quelque chose de fondamental. Ce corps, cette présence, ce regard… Tout cela n’attend qu’une chose : être amplifié. Alors, il bâtit, comme un architecte, un vocabulaire taillé sur mesure pour Marilyn. Des plissés qui prolongent chaque geste, un glamour exacerbé et des matières qui jouent avec la lumière comme elle joue avec le public. Ses costumes ne l’habillent pas seulement, ils entrent en résonance avec son jeu, son aura, et transforment chaque apparition en événement.

Légende : William Travilla, l’homme qui a cousu Marilyn Monroe

Pour le long métrage de Howard Hawks, Gentlemen prefer blondes, sorti en 1953, William Travilla signe certainement le plus grand nombre de silhouettes mémorables de toute sa carrière. Notamment les robes fourreaux rouges à sequins, portées en miroir par Jane Russell et Marilyn Monroe, ou encore la robe en jersey orange plissé de la blonde platine.

En une heure trente et une minute, deux autres looks s’imposent comme des monuments historiques. Le premier, l’inoubliable robe rose bustier de la séquence Diamonds are a girl’s best friend n’aurait jamais dû voir le jour. Le costume original prévu était un body noir drapé de bijoux, coiffé d’une grande plume de scène. Mais au moment du tournage, le scandale éclate. Des photographies de Marilyn nue, prises en 1949 par Tom Kelley, refont surface dans le tout premier numéro de Playboy. Pour protéger l’image du film et la réputation de Mon- roe, Travilla doit tout repenser. En deux jours, il conçoit la robe rose shocking avec bustier, gants opéra assortis et nœud dans le dos. Une silhouette bien plus sage qui deviendra l’une des images les plus reprises de l’histoire de la mode.

Légende : William Travilla, l’homme qui a cousu Marilyn Monroe

Le second look mérite une attention égale. Toujours dans Gentlemen prefer blondes, la diva apparaît brièvement dans un fourreau lamé or qui épouse les lignes de son corps. Une robe si singulière qu’elle transperce littéralement l’écran pour s’inviter dans la vie réelle : Marilyn la porte à nouveau lors de la cérémonie des Photoplay Awards en 1953. Le costume est devenu vêtement et la fiction, réalité.

Une stupide petite robe…

Mais la plus célèbre, celle qui deviendra le symbole universel du glamour hollywoodien, est la robe du film The Seven Year Itch. Sous la direction de Billy Wilder, Travilla esquisse une pièce d’une précision redoutable : assez lourde pour onduler quand Marilyn marche, mais assez légère pour se soulever au vent. Il y parvient grâce à une coupe biais, un crêpe rayon-acétate couleur ivoire et une jupe plissée en éventail.

La nuit du 15 septembre 1954, la scène est filmée à 1 h du matin sur Lexington Avenue, entre la 52e et la 53e Rue à Manhattan. Des milliers de fans sont présents. Il aura fallu pas moins de trois heures de tournage, quatorze prises et une machine à vent dissimulée pour donner vie à la scène mythique de la bouche de métro. Travilla lui-même ne la prendra jamais vraiment au sérieux, la qualifiant de « that silly little dress » (« cette stupide petite robe »).

Elle se vendra pourtant aux enchères en 2011 pour 4,6 millions de dollars. L’image la plus reproduite du XXe siècle, signée par un homme dont le monde avait presque oublié le nom.

Une amitié sincère et une aventure ?

Bien au-delà d’être son costumier de référence pour la 20th Century Fox, Travilla entretient avec l’actrice une relation propre à celle d’un créateur et de sa muse. Durant quatre années, de 1952 à 1956, leur complicité dépasse largement les frontières des plateaux. Marilyn, si éprise du travail de Travilla, inscrit un jour sur l’un de ses calendriers : « Billy Dear, please dress me forever. I love you, Marilyn ». Une déclaration aussi simple qu’éloquente. Celle d’une femme qui sait, mieux que quiconque, ce que les mains de cet homme font pour elle. Ce dernier ne se contente pas de l’habiller pour la caméra.

Légende : William Travilla, l’homme qui a cousu Marilyn Monroe

Il l’accompagne dans sa vie, dans ses sorties tant publiques que personnelles. C’est notamment lui qui sublime le tailleur qu’elle choisit pour épouser Joe Di-Maggio en janvier 1954, en y ajoutant un col en hermine blanche et des boutons en diamant qui transforment une cérémonie civile en pur moment de grâce.

Après l’expiration de son contrat avec la Fox en 1956, et sa dernière mission sur Bus Stop, William Travilla s’investit davantage dans le développement de sa griffe éponyme. Fort de la visibilité que Marilyn lui a offerte, ses créations de prêt-à-porter au style résolument hollywoodien s’arrachent. Bien que leurs chemins professionnels se soient éloignés, Travilla conservera toute sa vie une profonde affection pour Marilyn. Les entretiens qu’il accordera par la suite témoignent d’une admiration intacte pour celle qu’il considérait à la fois comme enfantine, perfectionniste et habitée par un sentiment permanent d’inadéquation.

Quant à une possible liaison entre eux, le designer l’a lui-même évoquée. Mais rien, à ce jour, ne permet de le confirmer avec certitude. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que peu d’hommes auront connu Marilyn Monroe aussi intimement. Non pas dans sa vie privée, mais dans ce qu’elle avait de plus vulnérable : son corps, ses doutes, et l’image qu’elle voulait donner d’elle-même au monde.

À sa mort en 1990, Travilla confiera l’intégralité de sa collection (robes, croquis et archives) à Bill Sarris, son compagnon et collègue styliste. Un geste sobre, presque intime. Celui d’un homme qui, jusqu’à la fin, aura gardé la légende entre ses mains.

Article rédigé par Tom Kuntz, publié dans le numéro 16 du magazine Oniriq

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