Reportage : le buste Stockman, épine dorsale de la couture 

Reportage : le buste Stockman, épine dorsale de la couture 

Depuis le lancement de son buste iconique en 1867, l’entreprise Stockman a pris ses quartiers aux quatre coins du monde. Que ce soit dans les plus grands ateliers de couture, dans les vitrines les plus prestigieuses ou encore dans les mains des créateurs de demain, le mannequin de papier mâché est une référence à nulle autre pareille. Oniriq s’est rendu dans ses ateliers de Gennevilliers où, chaque année, des milliers de modèles sont produits, afin de comprendre cette essence artisanale qui se transmet de génération en génération.

« Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail » – Léonard de Vinci

Si l’on devait trouver à Stockman une citation, celle-ci serait certainement la plus proche. Toute son histoire débute en 1867. À l’époque, Frédéric Stockman, un jeune artisan sculpteur d’origine belge, a une idée visionnaire : créer des mannequins de couture solides, modulables et réalistes permettant aux créateurs de travailler sur une silhouette en trois dimensions. De là, il développe entièrement à la main des bustes en papier mâché sous différents gabarits préétablis.

Après une naissance discrète, Stockman s’allie à monsieur Siegel, spécialiste des mannequins réalistes, et fait bondir ses ventes. Sa relation avec la mode se tisse plus que jamais et pérennise son implantation dans le secteur, notamment avec Dior en 1947. Fermement ancrée dans ses ateliers à Gennevilliers depuis 1980, Stockman comptabilise aujourd’hui entre 25 000 et 35 000 productions à l’année et s’établit comme la référence des bustes de couture dans le monde.

Louis-Michel Deck, general manager de l’institution, nous a reçus dans la fameuse manufacture des Hauts-de-Seine à côté de Paris. Dans les quelque 1 500 m2, une chaîne humaine prend vie autour du savoir-faire, de la transmission et, surtout, d’une histoire synonyme d’excellence.

Héritage sur mesure

Quand on pense à Stockman, on visualise immédiatement ses nombreux mannequins, sa signature emblématique et sa présence plus qu’incontestée dans les maisons de couture. Ce que l’on a, en revanche, du mal à concevoir, c’est bel et bien ce qui se cache derrière cette armature en papier mâché.

Dans son immense local, encore dans son jus, on effectue comme un bond dans le passé lorsque les machines ne nous avaient pas encore remplacés. Les outils sont d’époque, mais le processus de fabrication est, lui, ancestral. En tout, c’est une vingtaine de personnes qui va, à tour de rôle, donner vie au mannequin dans une danse presque millimétrée de 72 heures.

Le top départ est donné avec le choix du moule en fonction de la commande et des désirs du client. Une fois sélectionné, ce dernier part pour une cure de jouvence avec une nouvelle peau en papier mâché recyclé, appliquée feuille par feuille à la main. Une fois prêt, le buste s’isole une douzaine d’heures dans une cuve à environ 60 degrés en compagnie de ses congénères. Et le chemin ne fait, en réalité, que commencer.

PORTRAITSILHOUETTE INTERNS 1 2 Reportage : le buste Stockman, épine dorsale de la couture 

La silhouette est ensuite démoulée, puis méticuleusement réparée, avant de repartir pour vingt heures de séchage à l’air libre. De là, le ponçage va rendre l’aspect poreux entièrement lisse pour laisser place à l’habillage, certainement la partie la plus complexe de toute cette entreprise. Ici, les couturières ont pour mission de couvrir la sculpture d’une couche de ouate puis d’une autre de toile avec une précision dans les coutures qui fait la renommée de Stockman. Correctement doublé, le buste finit son parcours en passant par la menuiserie, l’atelier métal et enfin le montage, le marquage et l’emballage, officialisant sa fin de production et son départ.

Au détour de l’une de ces étapes, nous avons rencontré Nelly, travaillant depuis trente-six ans pour l’enseigne. Après diverses expériences, elle est arrivée chez Stockman en tant que « colleuse ». Forte d’un CAP couture, et suite à des difficultés avec ses mains, elle a évolué à l’habillage des bustes en 2019.

Pour elle, ce qui fait l’expertise de l’entité, c’est la transmission. « J’ai transmis à l’époque en tant que colleuse. Quand j’ai changé de poste, ce sont les couturières qui m’ont transmis à leur tour. Et je les remercie ! C’est un tout, une cohésion, un groupe, une famille Stockman », confie Nelly, tout en continuant de coudre.

Avec une fabrication entièrement basée sur l’artisanat, il est souvent dur pour une entreprise de rester imperméable à la technologie. Dans son évolution, Stockman a pris le parti de composer avec, sans trop l’impliquer. « En évoluant, on a introduit la technologie 3D pour se rapprocher de nos clients lors des commandes personnalisées. Ça nous permet d’être plus précis et plus rapides. On peut directement moduler les morphologies avant la production en informatique, avoir un rendu au préalable et surtout éviter les va-et-vient. Pour tout le reste, nous n’avons absolument rien changé », précise Louis-Michel Deck.

Stockman, l’épine dorsale de la couture 
©STOCKMAN

Une relation intime à la mode

En plus d’un siècle de présence, Stockman jouit d’une reconnaissance incontestée dans le milieu de la mode. D’un showroom à un autre, les bustes sont toujours signés du même fabricant. De même pour les boutiques, grandes écoles de mode, ateliers de couture ou encore petites structures. Ses estampilles sur son établi, pour marquer les mannequins, justifient cette ubiquité : Dior, Louis Vuitton, Chanel, Givenchy.

Louis-Michel Deck poursuit : « Notre lien de confiance avec les maisons s’établit par notre antériorité. Tout a commencé avec Christian Dior, en 1947, lorsqu’il nous a dessiné le buste B306. Aujourd’hui, on couvre toute la couture et la haute couture dans notre portefeuille client. Mais c’est en soi encore plus large. De la fast fashion aux étudiants, jusqu’aux créateurs émergents et particuliers. »

Comme véritable base de la création, Stockman n’hésite d’ailleurs pas à adapter ses services. « Parfois, ce sont des mensurations spécifiques, d’autres fois, des formes ou des personnalisations uniques. Notre dernière grande collaboration était avec Maison Margiela, qui a fait des jupes Stockman en s’inspirant de nos bustes », ajoute le general manager.

Quant à son avenir, l’entreprise est confiante mais humble. « C’est impossible de voir dans le futur. Mais nos clients chérissent ce qui nous anime : notre savoir-faire, notre précision artisanale, nos mains usées. Manifestement, les gens aiment et reviennent, alors cela devrait continuer », ajoute Louis-Michel Deck en conclusion.

Article rédigé par Tom Kuntz, à retrouver dans la parution n°11 de OniriQ Magazine.

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