Le washi entre en scène : LVMH Métiers d’Art consacre le papier japonais au cœur de Paris

Le washi entre en scène : LVMH Métiers d'Art consacre le papier japonais au cœur de Paris
Exposition ERIKO HORIKI – Prières à travers le washi / © Eriko Horiki Portfolio

Le washi entre en scène : LVMH Métiers d’Art consacre le papier japonais au cœur de Paris

Au 69 rue Réaumur, le showroom La Main transforme un papier vieux de plus de mille ans en terrain d'expérimentation pour le luxe. Une exposition où le papier devient vêtement, cuir et architecture.

On connaît le washi sans toujours le nommer : ce papier japonais qui habille les lanternes, double les portes coulissantes, sert de support à la calligraphie. Il se fait souvent l’hiver, parce que l’eau froide et pure est essentielle : le froid freine les bactéries, empêche les fibres de se décomposer et leur donne ce toucher net. Les fibres, issues du mûrier à papier (kozo), du mitsumata ou du gampi, sont bien plus longues que celles du papier occidental, ce qui rend le washi à la fois souple et étonnamment résistant. Au point que la monnaie japonaise en a longtemps contenu, et qu’il reste solide même mouillé.

Son histoire remonte à plus de 1 300 ans, au Japon, et l’on recense plus d’un millier de variétés de washi à travers le pays. En 2014, l’Unesco a inscrit trois d’entre elles au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reconnaissant non pas le papier lui-même mais les techniques de fabrication. C’est cet héritage que LVMH Métiers d’Art fait entrer sous les voûtes parisiennes du showroom La Main, espace que le groupe consacre aux savoir-faire et à l’intelligence de la main.

Le washi, tradition tournée vers demain

Intitulée WASHI, the art of crafting paper, where tradition unlocks innovation, l’exposition constitue le deuxième volet du projet Métiers d’Art du Japon. L’enjeu : montrer une matière capable d’évoluer avec la mode, l’architecture, le design d’intérieur et la création de luxe. Le parcours suit cette trajectoire, des pièces artisanales uniques jusqu’au développement à l’échelle industrielle.

C’est là que l’exposition devient concrète. On y voit des vêtements confectionnés à partir de matériaux intégrant du washi, ou imitant ses textures par un procédé inédit de tannage du cuir, un papier qui se porte, donc, et un cuir qui se fait papier. L’idée n’est pas neuve dans le monde du textile haut de gamme : la maison Hosoo a découvert qu’en tissant de fines lamelles de matières inattendues, papier, feuille d’or, parfois LED, dans la trame de ses soies, elle obtenait des étoffes aux propriétés surprenantes. L’événement prolonge d’ailleurs deux installations précédentes consacrées au tissage de la soie et au denim japonais, dans ce même showroom de la rue Réaumur.

Un dialogue franco-japonais inscrit dans la durée

L’exposition réunit une scène artisanale d’envergure, et chacun de ses noms porte une histoire. La papetière Eriko Horiki, d’abord, qui a fait du washi un matériau d’architecture : elle réalise des tapisseries de papier pouvant atteindre une quinzaine de mètres, suspendues sur rails, dont la beauté se révèle quand la lumière passe de l’avant vers l’arrière et illumine les fibres prises dans la masse. Dans un restaurant de luxe vieux de 160 ans à Kyoto, l’une de ses œuvres a suffi à transformer une entrée délaissée en lieu où les clients se rassemblaient.

Le washi entre en scène : LVMH Métiers d'Art consacre le papier japonais au cœur de Paris
Exposition ERIKO HORIKI – Prières à travers le washi / © Eriko Horiki Portfolio

À ses côtés, la maison Hosoo, dont l’histoire remonte loin : fondée en 1688 dans le quartier de Nishijin à Kyoto, héritière d’une tradition de soie qui remonte au VIᵉ siècle, elle a longtemps fourni les nobles impériaux et la classe des samouraïs. En 2010, elle a mis au point un métier capable de tisser le textile Nishijin sur près d’un mètre cinquante de large, le rendant utilisable bien au-delà du kimono, dans la mode, le design, l’art ou même la science.

Le créateur Soshiotsuki, lui, incarne la relève. Fondé par Soshi Otsuki, le label est connu pour son tailoring volumineux d’inspiration années 1980, nourri par la figure du “salaryman” japonais. En 2025, il a remporté le Prix LVMH pour les jeunes créateurs de mode, dix ans après le lancement de sa marque. Devant le jury, sa formule était limpide : donner au Japon une nouvelle tradition vestimentaire pour succéder au kimono. On retrouve aussi Mizuno et Wajima Kirimoto, ainsi que les finalistes de la première Kogei Artists League, dédiée aux jeunes talents de l’artisanat. Soutenue par la préfecture de Kyoto, l’exposition rassemble enfin artisans et manufactures des régions de Kyoto et de Tango.

Le washi entre en scène : LVMH Métiers d'Art consacre le papier japonais au cœur de Paris
Hosoo Textiles

Cet ancrage japonais ne doit rien au hasard : dès 2022, LVMH Métiers d’Art implantait une antenne au Japon pour soutenir la transmission de ces savoir-faire auprès des maisons du groupe.

En misant sur le washi, LVMH ne vend pas un produit fini mais un geste : celui d’artisans qui passent l’hiver les mains dans l’eau froide pour fabriquer une feuille. C’est cette part de main, impossible à automatiser entièrement, que le luxe cherche aujourd’hui à s’attacher. L’exposition ne s’attardait pas : réservée aux professionnels, elle n’a ouvert au grand public qu’une journée, le 30 mai. Il ferme ce 3 juin : Paris n’aura été la vitrine du washi que le temps d’une semaine.

WASHI, the art of crafting paper, where tradition unlocks innovation. Showroom LVMH Métiers d’Art, La Main, 69 rue Réaumur, 75002 Paris.

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