Philippine in Paris, confidences d’une icône

Philippine in Paris

Philippine in Paris, confidences d’une icône

​Cet entretien s’est déroulé dans une suite du bristol, le 12 septembre dernier, jour où a repris sur Netflix la diffusion de la saison 4 d’Emily in Paris.

Dans la série culte, Philippine Leroy-Beaulieu campe le personnage de Sylvie Grateau, une directrice marketing « snobissime », parfois vacharde mais très attachante. Ambassadrice de l’élégance parisienne, Sylvie a déteint sur philippine, devenue à 60 ans une icône de la mode très suivie sur instagram.

Yves Derai : Comment vivez-vous la « Sylvie-mania » ?

Philippine Leroy-Beaulieu : En fait, très calmement. Je ne m’attendais pas du tout à un tel engouement mais, avec le temps, je commence à comprendre pourquoi les gens s’y attachent. Toutes les contradictions qu’elle porte en font un personnage intéressant. Mais en réalité, si je le vis calmement, c’est parce que quand je ne suis pas en promotion comme en ce moment, je suis à la campagne, déconnectée de toute cette agitation. Et puis à 60 ans, on ne vit plus les choses de la même manière qu’à 30 ans.

Yves Derai : Vous n’avez pas l’impression, parfois, que les gens et notamment les fans confondent Philippine Leroy-Beaulieu et Sylvie Grateau ?

P.L.B. : Bien sûr, mais c’est normal. C’est vrai aussi pour Lily Collins et Emily Cooper et plein d’autres acteurs qui ont incarné fortement des personnages. Jouer, c’est hypertrophier quelque chose de soi. Si j’ai 5 % de Sylvie Grateau en moi, cela doit devenir 50 % pour bien l’interpréter.

Philippine in Paris
Robe bustier en cuir drapé, BALMAIN. Escarpins, GIVENCHY. Bague Clash de Cartier, modèle XL et mono boucle d’oreille Clash de Cartier, modèle XL en or rose, CARTIER. Montre à mouvement mécanique à remontage automatique. Calibre 26‐330 S C. Date par guichet. Seconde au centre avec cadran argenté, satiné vertical et horizontal. Chiffres appliques or avec revêtement luminescent. Boîtier or rose. Diamètre 36 mm. Hauteur 10,05 mm. Étanche à 30 m. Fond verre saphir. Serti de 60 diamants ~0,77 carat (lunette) et un bracelet en or rose. Boucle déployante, PATEK PHILIPPE. Sac Angèle en cuir, LANCEL

Yves Derai : Justement, en quoi ressemblez-vous à Sylvie dans la vie réelle et en quoi vous différenciez-vous ?

P.L.B. : Comme elle, j’ai une grande confiance doublée d’une grande vulnérabilité. En revanche, je ne suis pas aussi brusque. Elle balance des piques avec décontraction alors que moi, j’aime vanner mais pas avec la même violence. Par ailleurs, elle est très snob, ce qui n’est pas du tout moi. Et sa vie amoureuse est très décousue, ce qui ne me ressemble pas non plus.

Yves Derai : Grâce à ce rôle, vous êtes devenue une figure de la mode en France. Vous vous y attendiez ?

P.L.B. : Pas du tout. Je précise que je n’ai pas ce rapport à la mode, je m’amuse avec ça. Ce qui m’importe quand j’enfile une tenue, c’est qu’elle dise quelque chose de moi, pas le buzz sur les réseaux sociaux.

Yves Derai : Vous devez avoir des propositions des marques, non ?

P.L.B. : Pas spécialement. Certaines maisons sont proches de moi, comme Yves Saint Laurent, c’est tout.

Yves Derai : Votre maman a travaillé chez Dior pendant plusieurs années. Vous avez grandi dans ce milieu…

P.L.B. : Oui. J’ai aussi vécu en Italie où la mode est très importante pour les gens. J’ai toujours eu le goût du beau. Mais dans ma vie, je suis en jean et en tee-shirt.

Yves Derai : La mode est-elle une forme d’art ?

P.L.B. : Bien sûr ! Quand on suit les grands couturiers, on se rend compte qu’ils ont tous une vision du monde, un regard sur la société, sur la femme… Je ne parle pas de la fast fashion mais des grandes maisons dont on peut porter les modèles dix ou vingt ans après leur création.

Yves Derai : Vous êtes sensible au geste de l’artisan, aux matières, à tout ce qui se passe dans le secret des ateliers ?

P.L.B. : Oui, je respecte énormément cela. Ma mère m’a emmenée dans des ateliers dès mon plus jeune âge.

Yves Derai : Comment garde-t-on de la distance quand un tel succès vous tombe dessus ?

P.L.B. : Comme je vous le disais, je vais en Normandie planter des choux. Je parle avec des vraies gens, des fermiers qui vont à la pêche le week-end. Ça a toujours été important de me ressourcer comme cela. Je ne suis pas du genre à dormir sur le paillasson du réalisateur, je trouve que ça casse un peu le désir.

Philippine in Paris
Body et jupe en nylon transparent, ceinture et escarpins en cuir, SAINT LAURENT PAR ANTHONY VACCARELLO. Bague Frame en or jaune, péridot, diamants, laque noire, ROUVENAT. Bague Frame en or blanc aigue-marine, diamants, laque noire, ROUVENAT. 

Yves Derai : Quand on regarde votre carrière depuis trente ans, on constate que vous avez souvent été associée au succès : Trois Hommes et un couffin, 9 mois, Dix pour cent, Emily in Paris… C’est le hasard ou des choix judicieux de votre part ?

P.L.B. : C’est une intuition, je crois. Mais on n’a pas toujours le choix. On a besoin de travailler quand on est une actrice.

Yves Derai : Ce rôle de Sylvie Grateau dans Emily n’avait pas été écrit pour vous au départ.

P.L.B. : Non, en effet, le personnage était plus jeune. Mais la directrice de casting a quand même tenu à me faire lire le scénario. J’ai tout de suite senti que cette Sylvie Grateau, je la connaissais pour avoir fréquenté ce milieu pendant longtemps. J’ai fait une lecture qu’on a envoyée au réalisateur, Darren Star. Ça lui a plu puisque, pendant deux mois, ils ont fait évoluer le personnage pour que je puisse le jouer. Et ils m’ont rappelée.

Yves Derai : Il vous est arrivé d’aller chercher des rôles avec les dents ?

P.L.B. : Non. Je ne suis pas du genre à dormir sur le paillasson du réalisateur, je trouve que ça casse un peu le désir. En revanche, oui, j’ai pu essayer de faire comprendre à un réalisateur que j’avais envie de travailler avec lui. Mais avec délicatesse.

Yves Derai : Cette relation entre les réalisateurs et les actrices a vu naître un certain nombre de couples de cinéma célèbres. Est-ce que cette alchimie existera encore après MeToo ?

P.L.B. : Je l’espère. Cela dépendra des protagonistes. Si les hommes ont tous peur d’être accusés et que les femmes se considèrent toutes victimes après un effleurement de bras, oui, cela deviendra impossible. C’est d’ailleurs un problème pour les vraies victimes d’agressions sexuelles qui méritent toute notre attention. Je regrette cette évolution des rapports hommes-femmes car il n’y a rien de plus beau que la séduction, que le frisson sublime que l’on ressent quand quelqu’un qui nous plaît entre dans une pièce. C’est quand même plus beau qu’une rencontre Tinder.

Yves Derai : Derrière la légèreté apparente d’une série comme Emily in Paris, certains messages passent, notamment à travers votre personnage de Sylvie. C’est important pour vous ?

P.L.B. : Oui, très. Cette série qui est un bonbon, mine de rien, raconte une époque, avec ses conflits, ses paradoxes. Darren est très fort pour ça. Dans Emily, les femmes sont dans une grande solitude. Elles ont des choix à faire dans une société qui bouge énormément – on vient d’en parler. Des choix compliqués : dois-je privilégier ma carrière par rapport à ma vie privée ?

Philippine in Paris
Robe bustier brodée, STELLA McCARTNEY. Bague Balance Parallel, or blanc 18 carats, perles Akoya, diamants, TASAKI. Sac Angèle en cuir, LANCEL.

Yves Derai : Sylvie est une femme de 60 ans qui est séduisante, audacieuse, parfois autoritaire, ça vous plaît d’incarner cela ?

P.L.B. : Oui. Longtemps, les femmes ont dû se taire, aujourd’hui, elles peuvent se réinventer à tout âge. J’ai en moi une énergie que je porterai jusqu’à mon dernier souffle comme mon père qui a sauté en parachute jusqu’à 86 ans. Pour moi, la vie, c’est ça.

Yves Derai : Depuis Emily in Paris, on vous propose des rôles de « Sylvie » à répétition ?

P.L.B. : Dans un premier temps, ça a été le cas, surtout en France où l’on enferme les acteurs dans des cases. Mais récemment, j’ai été sollicitée au Brésil pour un film très différent où je joue une femme qui n’est qu’amour et lumière. Des choses intéressantes viennent de l’étranger où l’on apprécie le contre-emploi.

Yves Derai : Quel serait votre contre-emploi de rêve ?

P.L.B. : On ne sait pas voir son inconscient, comme disait Jung. Quand on est actrice, ce sont les réalisateurs qui savent le discerner. Voilà ce que j’attends, qu’un réalisateur saisisse l’insaisissable chez moi. Je laisse les gens rêver.

Photo : Nawel Odin

Réalisation : Thomas Heisser

Directeur artistique : Sylvain Galy

Stylisme : Clément Lomellini

Hair : Rudy Marmet

Make up : Fred Marin

Assistant styliste : Ciro Marangi

Avec la participation de Guerlain

Article rédigé par Yves Derai, à retrouver dans le numéro n°9 du magazine OniriQ.

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