Interview : L’art de vivre Louis Vuitton, selon Jaime Hayón

L'art de vivre Louis Vuitton selon Jaime Hayón

Interview : L’art de vivre Louis Vuitton, selon Jaime Hayón

Une première pour le malletier que le designer espagnol Jaime Hayón marque très fièrement. Depuis 2012, Louis Vuitton invite des artistes à collaborer en éditions limitées sur le principe de la carte blanche. Pour cette initiation, dévoilée à la Milan Design Week, de nombreux grands noms du milieu se sont prêtés au jeu. OniriQ a fait un crochet dans les objets de décoration, à la découverte de la collection « Botanik » et de son concepteur, Jaime Hayón. Rencontre.

Une plongée ludique et colorée dans son univers. Voici l’invitation de Jaime Hayón. Loin des autres designs immobiles et souvent, disons-le, hostiles, l’artiste originaire de Madrid s’amuse à brouiller les limites de la création depuis ses débuts dans les années 90. Un mélange surprenant de liberté, d’émotions, d’une pointe d’amusement et de designs contemporains. Sa façon, à lui, de dire au monde que le design n’est pas seulement un service mais davantage une forme d’art.

Louis Vuitton, excellant tant dans le monde de la mode que dans celui du design, a reconnu en lui un candidat idéal à l’avènement de ses collections maison. Pour le malletier, Jaime Hayón a imaginé une ligne d’objets multifonctionnels aux couleurs pop : des bougeoirs servant de boîtes, des couvercles devenant des plateaux et présentoirs ainsi qu’une ribambelle de pièces invitant à l’assemblage récréatif. Un cadre d’excellence qu’il a embrassé de sa patte artistique et qu’il nous raconte.

L'art de vivre Louis Vuitton selon Jaime Hayón

Rencontre avec Jaime Hayón, suite à sa collection « Botanik »

Tom Kuntz : Dans votre collection « Botanik » pour Louis Vuitton, on découvre une oscillation entre fonctionnalité et sculpture, objets du quotidien et œuvres d’art. Comme si chaque pièce avait sa propre personnalité.

Jaime Hayón : Lorsque je crée, je pense à la forme, aux textures et aux ressentis. Chaque objet doit avoir une personnalité. Il doit être présent, sans trop être bruyant ou envahissant. Il y a un équilibre subtil : la joie, la qualité et la sensorialité qui établissent un dialogue avec la personne qui se tient devant. Chaque pièce a sa propre identité, exprimée discrètement mais avec intention.

Vos designs révèlent une attraction pour la beauté organique de la nature. Pourtant, en les enveloppant de cuir et en les sculptant, vous exercez aussi une forme de contrôle. Comment avez-vous trouvé un bon équilibre ? Et l’utilisation du cuir est-elle un clin d’œil au malletier ?

J.H. : La nature offre un magnifique chaos : organique, fluide, imprévisible. C’est fascinant ! Je ne voulais pas l’imiter, mais plutôt l’interpréter. En observant la nature, tout est déjà parfait. Mais avec le design, on peut sublimer cet ensemble avec subtilité. Le cuir m’a permis d’embrasser ces formes en leur apportant maîtrise et élégance. Et, bien sûr, cela fait écho à l’héritage de la maison, mais ce n’est pas uniquement ce qui crée le lien. C’est aussi le savoir-faire, la maîtrise derrière chaque technique et matériau employé dans la collection.

L'art de vivre Louis Vuitton selon Jaime Hayón
©LOUIS VUITTON

Collaborer avec une maison riche en héritage comme Louis Vuitton, c’est entrer dans une histoire déjà écrite. Avez-vous ressenti une totale liberté créative ou un défi de réinventer les codes de la griffe ?

J.H. : J’essaie toujours d’être moi-même, tout en respectant ce que je fais et avec qui. J’observe ce qui se trouve en face de moi : son ADN, sa force. J’essaie d’en tirer de l’inspiration, j’écoute, mais je suis aussi un créatif qui se met sans cesse au défi. C’est ma philosophie de vie. Travailler avec Louis Vuitton m’a offert une grande liberté, mais aussi un cadre d’excellence et d’identité qui a nourri ma démarche. Il ne s’agissait pas de briser les règles mais de les faire évoluer avec sincérité et imagination à travers mon regard.

Louis Vuitton représente à la fois la tradition et l’innovation. Comment avez-vous navigué entre ces deux pôles pour créer une collection qui honore le passé tout en proposant une vision résolument moderne ?

J.H. : En utilisant des matériaux traditionnels d’une manière inattendue. La céramique et le cuir sont intemporels, mais je les ai sculptés sous des formes fluides, évolutives. Le passé m’a apporté la connaissance : l’origine, l’histoire, les leçons du savoir-faire. Le présent, lui, m’a offert la liberté d’expérimenter, de repousser les limites. C’est essentiel de regarder en arrière, de comprendre les racines et la valeur des choses pour utiliser cela comme un tremplin et créer quelque chose qui parle à notre époque.

Comme évoqué, vos pièces se transforment. Cette modularité répond-elle aux exigences actuelles, où tout doit être adaptable, ou est-ce une manière ludique d’inviter les gens à interagir avec vos créations ?

J.H. : Les deux. Nous vivons dans un monde en perpétuel mouvement, donc l’adaptabilité est essentielle. Mais je veux aussi inviter au jeu, à la découverte. Quand un couvercle devient un plateau, ou qu’un bougeoir prend une nouvelle fonction, l’utilisateur entre dans l’histoire. Ce dialogue est important. Je veux que les gens explorent l’objet, interagissent avec lui, le fassent évoluer avec eux. La modularité donne vie au design ; elle ouvre des portes à l’imagination.

L'art de vivre Louis Vuitton selon Jaime Hayón
©LOUIS VUITTON

La couleur est essentielle dans votre travail. La considérez-vous comme une signature personnelle ?

J.H. : Oui, absolument. La couleur, c’est l’émotion. Elle rythme, elle dynamise, elle adoucit ou amplifie en fonction de son utilisation. J’aborde la couleur de manière très intuitive. Ce n’est jamais purement décoratif, c’est une partie intégrante de l’identité de chaque pièce. Avec le temps, elle est devenue un élément fort de mon langage en tant que designer et artiste.

Votre style allie justement élégance et espièglerie. Pensez-vous que l’univers du luxe a besoin de plus de légèreté et de fantaisie ?

J.H. : Le luxe se prend parfois trop au sérieux. Je crois en l’élégance, bien sûr, mais elle peut aussi être joyeuse, curieuse et pleine de vie. Aujourd’hui, les gens cherchent une connexion émotionnelle avec les objets qui les entourent. Mon approche consiste à apporter cette chaleur, cette humanité. Il y a de la place pour la poésie et l’imagination dans le luxe. En fait, il en a besoin.

Du fait de leur modularité avec vos bougeoirs/boîtes ou couvercles/plateaux, vos objets semblent presque incomplets sans l’intervention de leur propriétaire. Diriez-vous que l’utilisateur devient une sorte de co-designer de votre art ?

J.H. : Absolument. Et je le dis en tant qu’artiste opérant dans ce domaine. Je crois que le design n’est pas seulement un service, c’est une forme d’art. Il permet l’expression, la narration, l’identité. Nous pouvons créer des objets fonctionnels et esthétiques, mais aussi laisser une empreinte, écrire un chapitre dans un livre, créer un souvenir, une émotion, comme je le fais aux côtés de Louis Vuitton.

Article rédigé par Tom Kuntz, à retrouver dans le numéro 11 de OniriQ Magazine.

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