À l’occasion des 150 ans de l’impressionnisme, Honfleur retrouve son statut de premier plan : celui du berceau. C’est ici, sur ces quais pavés, dans cette lumière d’estuaire que rien n’imite, que Boudin, Monet, Courbet et Jongkind ont posé leurs chevalets et changé, sans le savoir, le cours de l’art moderne. À quelques encablures du Vieux-Bassin, perchée sur les hauteurs avec vue sur l’estuaire, la Ferme Saint-Siméon , une auberge simple, tenue par la Mère Toutain, devenue malgré elle le berceau de l’impressionnisme normand.

Honfleur, sur les pas de Monet
Ici, tout est question de lumière : celle de l’estuaire, laiteuse et dorée, qui filtre selon l’heure et la saison pour nimber le Vieux-Bassin d’une clarté qu’aucun filtre photographique ne pourrait reproduire. William Turner l’a peinte depuis les hauteurs, Courbet depuis le port, Monet depuis le quai. Sur ce même quai, un matin de 1858, Boudin convainquit le jeune Claude, alors vendeur de fournitures artistiques, de sortir pour la première fois son chevalet en plein air. Le reste appartient à l’histoire de l’art.
- LE MUSÉE EUGÈNE-BOUDIN

À deux pas du port, le Musée Eugène-Boudin mérite qu’on lui consacre une bonne heure, sans se presser. Fondé au XIXe siècle à l’initiative du peintre Louis-Alexandre Dubourg, il rend justice à un artiste trop souvent relégué au rang de simple précurseur, celui qu’on cite pour mieux passer à Monet. Boudin était pourtant un météorologue du pinceau : ses ciels normands, gonflés de nuages voyageurs, ses plages de Trouville animées de silhouettes élégantes, ses ports enveloppés de brume légère témoignent d’une sensibilité. Ne manquez pas la toile “Sur la Plage de Trouville”, 1865.

Le musée rassemble également des œuvres de Jongkind, Courbet et de quelques impressionnistes de passage, qui permettent de replacer Honfleur dans la grande aventure collective qu’elle a rendue possible.
- La Ferme Saint-Siméon : peindre là où tout a commencé
À quelques minutes du centre, sur les hauteurs de l’estuaire, la Ferme Saint-Siméon est un lieu à part. Au XIXe siècle, c’était une simple auberge tenue par la Mère Toutain, où Boudin, Monet, Courbet et leurs amis se retrouvaient pour peindre, manger, discuter.

Un foyer de création informel, bientôt surnommé « l’auberge des impressionnistes ». La Mère Toutain avait compris quelque chose que peu d’aubergistes saisissent : un peintre heureux est un peintre qui revient. Elle ne faisait pas payer de loyer à ses résidents.
La Ferme Saint-Siméon, avec ses colombages normands, son jardin en terrasse ouvert sur l’estuaire, ses odeurs de bois et de pomme, ressemblait moins à une pension qu’à une famille improvisée.
Aujourd’hui réhabilitée en hôtel de luxe et résidence d’artistes, elle n’a rien perdu de son âme. C’est ici que se tient l’une des expériences les plus singulières du séjour : un atelier de peinture de deux heures dans ce jardin dont les couleurs et les lumières semblent n’avoir pas changé depuis Monet.

Aujourd’hui, la ferme Saint Siméon, c’est aussi le nez dans un verre de calvados ambré, les yeux sur l’estuaire. La région se parcourt le long de la Route du Cidre, ruban de vergers et de fermes où la pomme normande règne en maître On croque la teurgoule, on tartine le camembert encore coulant, et on lève son verre au soleil bas du printemps.

INFOS PRATIQUES
- Musée Eugène-Boudin : Pl. Erik Satie, Honfleur. Ouvert toute l’année.
- Ferme Saint-Siméon : Atelier peinture 2h, sur réservation, tous niveaux. fermesaintsimeon.fr
- La Boucane : Déjeuner 4 temps, cuisine normande au feu de bois.



