Exposition Soulages 2025 à Montpellier : Et si le noir était lumière ?

Pierre Soulages atelier Sète
Pierre Soulages atelier Sète

Exposition Soulages 2025 à Montpellier : Et si le noir était lumière ?

Le Musée Fabre de Montpellier consacre, du 28 juin 2025 au 4 janvier 2026, une rétrospective exceptionnelle à Pierre Soulages, figure majeure de l’art contemporain et inventeur de l’Outrenoir. Intitulée La Rencontre, l’exposition réunit près de 120 œuvres : peintures, cuivres, bronzes, vitraux et papiers. Pensée comme un parcours thématique en six chapitres, elle met en lumière les dialogues féconds de Soulages avec Rembrandt, Cézanne, Picasso ainsi que son lien fondateur à l’architecture.

Cette exposition sera peut être pour vous l’occasion de voir une toile surprenante de Pierre Soulages… blanche. Unique dans toute la production de Pierre Soulages, elle surprend d’emblée. Sa surface est labourée d’une pâte blanche, en lignes torses et sillons de bord à bord. Le commentaire de l’artiste, reproduit au mur, clarifie l’expérience : « Je pensais que les différences de lumière qu’on pouvait avoir, provoquées par une surface que l’on appelle blanche, pouvaient être intéressantes. Finalement, j’ai trouvé que ça ne m’amenait nulle part ». Sa femme, Colette Soulages, empêchera sa destruction : l’artiste orchestrait parfois des feux dans la cour attenante à l’atelier sétois. Datée du 21 mars 2012 (Peinture, 102 × 130 cm, acrylique sur toile, collection C. S.), elle résume ses recherches incessantes et, paradoxalement, confirme tout le reste : chez Soulages, la lumière jaillit du noir.

 

Une première exposition de grande envergure à Montpellier, dédiée à Pierre Soulages

C’est là que se joue l’outrenoir, invention de 1979 : non pas un noir mort, mais une matière vivante, sculptée au couteau, striée, polie, tantôt mate, tantôt lustrée, qui capte, diffracte et renvoie la lumière. Le noir cesse d’être une couleur pour devenir un espace, un dehors, un « au-delà du noir », où l’œil chemine comme dans une architecture.

Pensée comme une rétrospective sensible, « La Rencontre » est la première exposition d’envergure consacrée à Soulages à Montpellier depuis sa disparition en 2022. Elle se déploie sur plus de 1 000 m², en continuité avec les salles permanentes du Musée Fabre, et réunit près de 120 œuvres (toiles, papiers, cuivres, bronzes, verres) aux côtés de documents et films. Le parcours ne déroule pas une chronologie, mais une vision cyclique, en six chapitres qui font jouer des échos entre périodes, thèmes et affinités.

J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité, son pouvoir de contraste…

La première section remonte aux origines. On y retrouve l’artiste du brou de noix et du goudron, fasciné par les matières telluriques et l’art pariétal. Penser le monde primitif irrigue ses débuts : surfaces rugueuses, aspérités minérales, gestes archaïques. Les œuvres sur cuivre frappent par leurs reflets changeants, quasi métallurgiques, où s’inventent déjà les dialogues de l’ombre et de la lumière.

Soulages avec l’histoire de l’art et l’art de son temps

Plus loin, une salle resserrée ouvre sur l’intime : un film d’entretien de Jean-Pierre Meurice dans l’atelier de Sète laisse entendre la voix grave du peintre : « J’aurais aimé être beaucoup de choses, mais la vie est un choix perpétuel et j’ai choisi la peinture… La première émotion d’art que j’ai eue, c’est à 12 ans, devant une architecture : l’abbatiale de Conques, tout près de Rodez. » L’architecture revient en force avec la séquence dédiée aux vitraux de Sainte-Foy de Conques (1987-1994) : un travail de blanc et de transparence qui radicalise la confrontation au noir et réinvente la lumière dans l’espace sacré.

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Comme l’annonce son titre, l’exposition est aussi une constellation de rencontres. Dans des espaces dédiés, des toiles signées Rembrandt, Zurbarán, Courbet, Cézanne, Van Gogh, Mondrian, Picasso dialoguent avec Soulages, autant que ses contemporains : Hans Hartung, Anna-Eva Bergman, Pierrette Bloch, … Autant de points d’appui qui éclairent la singularité de sa démarche.

Le parcours s’ouvre et se referme  par deux toiles inédites (2020 et 2021), comme un salut ultime à Montpellier et au Musée Fabre. On sort avec l’impression d’avoir suivi une ligne de crête : des brous de noix aux cuivres, des vitraux à l’outrenoir, la même obsession travaille l’œuvre : depuis le noir, orchestrer la naissance de la lumière. Ici, le sombre n’est jamais fermeture ; il est passage, tremplin, clairière.

Musée Fabre, Montpellier, du 28 juin 2025 au 4 janvier 2026

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