Si vous passez l’été dans le Sud-Est, ne manquez pas ces expositions majeures à découvrir entre Provence et Occitanie. D’Aix-en-Provence à Montpellier, l’art contemporain et le patrimoine se donnent rendez-vous : Paul Cézanne retrouve sa bastide natale dans une rétrospective exceptionnelle ; Françoise Pétrovitch déploie un univers onirique et troublant au MO.CO. ; et Chagall en virtuose de mosaïque. Trois haltes artistiques à inscrire sur votre itinéraire culturel estival.
Paul Cézanne, à contretemps mais en avance
On ne naît pas toujours à la bonne époque. Paul Cézanne en est l’illustration parfaite : moqué à ses débuts, incompris des salons officiels, il ne sera vraiment reconnu que par les générations suivantes. Et pourtant, c’est lui, le solitaire d’Aix, qui bouleverse la peinture, relie le XIXe au XXe siècle, et devient le père spirituel des cubistes. À la fois enraciné dans la tradition et pionnier de la modernité, Cézanne peint le monde comme il le ressent : en masses, en volumes, en lumières. Cézanne2025 lui rend hommage à travers un vaste programme à Aix-en-Provence, sa ville natale, avec en point d’orgue l’exposition « Cézanne au Jas de Bouffan » au musée Granet. Près de 130 œuvres venues du monde entier – d’Orsay à Tokyo – réinvestissent le lieu qui l’a vu naître en peinture. La bastide familiale, restaurée pour l’occasion, devient elle-même un espace muséal vivant, entre vergers, fragments retrouvés et souvenirs d’atelier. Une saison pour mieux comprendre ce que Picasso résumait ainsi : « Cézanne, c’est le père de nous tous. »
« Cézanne au Jas de Bouffan » du 28 juin au 12 octobre 2025, musée Granet, Aix-en-Provence. Cezanne2025.com
« Sur un os » l’équilibre fragile de Françoise Pétrovitch
Sur un os, une petite fille en équilibre sur un fémur d’ogre donne son nom à la plus vaste exposition jamais consacrée à Françoise Pétrovitch. Au MO.CO. Montpellier, l’artiste déploie plus de 130 œuvres, du bronze à la broderie, du lavis aux installations vidéo, dans un parcours où l’intime, l’hybridité et la métamorphose s’entrelacent. Figures androgynes, animaux ambigus, paysages mentaux : un monde flottant émerge, entre enfance, silence et disparition. En collaboration avec Hervé Plumet, une vidéo immersive baigne une salle de lumière violette, tandis qu’au sous-sol veillent ses créatures en céramique et en bronze. L’accrochage volontairement non chronologique bouleverse le regard : ici, les débuts et le présent dialoguent d’égal à égal. Une exposition sensible, magistrale, où chaque œuvre semble prête à s’échapper.

« Sur un os » Françoise Pétrovitch du 21 juin au 2 novembre 2025, MO.CO, 13 rue de la République, Montpellier. www.moco.art
Chagall, mosaïste de l’invisible
Il était un exilé de l’âme autant que du territoire, pour qui l’art fut toujours un refuge. Marc Chagall ne s’est jamais contenté de la peinture : il a traversé vitrail, tapisserie, céramique et la mosaïque. À Nice, le musée national Marc Chagall dévoile pour la première fois l’ampleur de ce pan discret mais fondamental de son œuvre, dans l’exposition « De verre et de pierre ». Quatorze mosaïques réalisées entre 1958 et 1986, du sud de la France à Chicago, en passant par Jérusalem ou Martigny. Aux côtés de ses mosaïstes complices, Lino Melano et Michel Tharin, Chagall invente une forme lyrique monumentale, où la lumière danse sur les tesselles comme sur une portée musicale. On y retrouve tout son imaginaire, coqs bleus, prophètes, et amants suspendus, tous transfigurés par une matière éclatante, entre modernité et tradition byzantine. Plus qu’un décorateur, Chagall s’impose comme un alchimiste du sacré, explorant le mur comme un livre ouvert. L’exposition offre une scénographie immersive, des maquettes inédites, et même des dispositifs tactiles pour toucher du doigt la magie de cet art millénaire.

« De verre et de pierre » Chagall en mosaïque du 24 mai au 22 septembre 2025, Musée national Marc Chagall, Nice. musee-chagall.fr



