Du 9 avril au 31 août 2025, la fondation Louis Vuitton a mis en lumière le parcours hors du commun de l’artiste avec l’exposition « David Hockney, 25 », une immersion dans plus de 400 œuvres. Ces toiles monumentales, allant des premières esquisses aux chefs-d’œuvre reconnus, témoignent de son obsession pour la perspective et son amour des couleurs éclatantes. Aux côtés de son compagnon Jean-Pierre Gonçalves de Lima et de son assistant Jonathan Wilkinson, l’artiste a supervisé personnellement la sélection et la mise en scène de cet événement exceptionnel. Les visiteurs découvriront ses chefs-d’œuvre emblématiques, de A Bigger Splash (1967) à ses grands paysages du Yorkshire, en passant par ses portraits vibrants, à l’acrylique ou numériques.

L’exposition mettra également en avant son travail sur la perspective inversée qui nous invite à regarder autrement : en défiant la perspective classique par l’inversion du point de fuite qui se place derrière le spectateur dont il veut déplacer le regard, et inciter l’œil à circuler plutôt qu’à plonger. Inspiré par l’art chinois et le cubisme, Hockney applique cette approche à ses paysages, collages et œuvres numériques, jouant sur le mouvement et la profondeur pour une immersion totale, comme dans Bigger Trees near Warter (2007), où les lignes ne convergent pas vers un horizon lointain mais semblent avancer vers le spectateur.
Un dialogue constant avec l’histoire de l’art
Le travail de Hockney, foisonnant et insatiable, est une perpétuelle conversation avec les maîtres du passé. Comme un artisan qui décompose les codes, l’artiste revisite sans cesse les grands chefs-d’œuvre.
À l’instar de Vermeer, il capte la lumière et la quiétude dans Mr and Mrs Clark and Percy (1970-71), où le cadrage et la tension silencieuse rappellent La Jeune Fille à la perle. Son goût des couleurs éclatantes et des lignes tourbillonnantes doit beaucoup à Van Gogh, perceptible dans May Blossom on the Roman Road (2009), véritable célébration du paysage. Quant à Picasso, il lui emprunte la fragmentation des formes et la perspective inversée, visibles dans Pearblosssom Highway (1986) ou Bigger Trees near Warter (2007), où l’espace semble se recomposer sous nos yeux.
Un artiste insatiable
Hockney n’a jamais cessé de chercher, d’explorer, de défricher de nouveaux territoires. Dès son enfance, il griffonnait sur les marges de ses cahiers. Un jour que son professeur lui demandait un devoir, il réalisa un collage de son autoportrait. Loin d’être réprimandé, il reçut cette réponse enthousiaste : « Mais c’est merveilleux, David ! » Une phrase qui allait façonner sa vision du monde, lui donnant la liberté de poursuivre son chemin, sans contrainte ni conformisme.
Né en 1937 à Bradford, dans une famille modeste, il fut marqué à vie par une parole de son père : « Les enfants, ne vous occupez pas de ce que pensent les voisins. » Une invitation à ne pas subir l’injonction sociale, qu’il portera tout au long de son existence, refusant les carcans du pop art et réclamant une liberté absolue.

Il oscille entre figuratif et abstraction, entre dessin traditionnel et création numérique sur iPad. En 1960, la rétrospective Picasso à la Tate Gallery lui révèle une leçon essentielle : « Il pouvait maîtriser tous les styles. La leçon que j’en tire, c’est que l’on doit les utiliser tous. » Son exploration incessante des technologies, de la photocopieuse au logiciel Brushes, témoigne de sa curiosité insatiable.
L’artiste n’a pas arrêté de peindre, malgré les drames et les deuils qui jalonnent son existence. La perte d’amis proches, la surdité qui l’isole n’ont jamais altéré sa volonté de capturer la beauté du monde. Hockney a peint le monde avec une intensité rare, comme si chaque instant était un miracle à saisir, un fragment d’éternité à figer sur la toile.
Dans son œuvre, la vie semble triompher de l’absence et l’art devient un refuge avec la couleur qui défie le chagrin. « Pourquoi mes dessins sont-ils ressentis comme un répit dans ce tourbillon de nouvelles effrayantes ? Ils témoignent du cycle de la vie qui recommence ici, avec le début du printemps », confiait-il dans sa correspondance avec Ruth Mackenzie, ancienne directrice artistique du théâtre du Châtelet, lors du premier confinement en 2020.
À cette époque, retiré dans sa maison en Normandie, Hockney dessinait sans relâche les paysages qui l’entouraient, célébrant le renouveau du printemps avec une ferveur contagieuse.

Son regard malicieux, son sourire candide et son énergie insatiable lui confèrent une jeunesse éternelle. Après avoir succombé aux paysages normands, dont il a capté la lumière changeante et les saisons avec une incroyable intensité, Hockney quitte la campagne française en juillet 2023 pour revenir à Londres. Là, il poursuit son exploration picturale, cette fois inspirée par Munch et William Blake, dans une quête qui mêle mystère et introspection.
Ses galeries de toujours, L.A. Louver à Los Angeles et Annely Juda Fine Art à Londres, continuent de défendre son œuvre prolifique, témoignant de l’admiration inaltérée que suscite son travail. Avec « David Hockney, 25 », la fondation Louis Vuitton ne propose pas simplement une rétrospective : elle invite le spectateur à une immersion totale dans l’univers d’un artiste qui, à 88 ans, n’a rien perdu de sa capacité d’émerveillement.
Article rédigé par Désirée de Lamarzelle à retrouver dans le numéro 11 de Oniriq Magazine



