David Hockney, le peintre qui nous apprenait à voir
Pendant plus de soixante ans, le peintre britannique n’a cessé de réinventer sa manière de regarder le monde, passant de la toile à la photographie, de la photocopieuse à l’iPad, sans jamais renoncer à une conviction fondamentale : l’art est d’abord une célébration de la vie.

Salle Portraits et fleurs (2000-2025),
exposition présentée du 9 avril au 31 août 2025 à la
Fondation Louis Vuitton, Paris. © David Hockney © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage
Cette disparition intervient quelques mois seulement après la grande exposition que lui consacrait la Fondation Louis Vuitton. Intitulée « David Hockney 25 », cette rétrospective exceptionnelle réunissait plus de 400 œuvres et retraçait l’itinéraire hors norme d’un créateur qui, jusqu’à ses derniers jours, continuait de peindre avec une curiosité intacte. Supervisée par l’artiste lui-même aux côtés de son compagnon Jean-Pierre Gonçalves de Lima et de son assistant Jonathan Wilkinson, elle apparaissait déjà comme un testament artistique grandeur nature.
Né en 1937 à Bradford, dans le Yorkshire, David Hockney s’est imposé dès les années 1960 comme l’une des figures majeures de la scène britannique. Son nom reste associé aux célèbres piscines californiennes et à des œuvres devenues iconiques comme A Bigger Splash (1967). Pourtant, son parcours dépasse largement les frontières du pop art auquel on l’a souvent réduit. Hockney n’a jamais accepté les catégories. Toute sa vie, il a cherché de nouvelles façons de représenter l’espace, la lumière et le temps.
Son œuvre est traversée par une fascination constante pour les grands maîtres. Vermeer lui inspire son attention à la lumière et aux atmosphères silencieuses ; Van Gogh nourrit son goût pour les couleurs vibrantes ; Picasso lui révèle qu’un artiste peut emprunter tous les styles sans jamais perdre sa singularité. « Il pouvait maîtriser tous les styles. La leçon que j’en tire, c’est que l’on doit les utiliser tous », confiait-il à propos du peintre espagnol.
Parmi ses apports les plus singuliers figure sa réflexion sur la perspective. Refusant le point de fuite hérité de la Renaissance, il développe ce qu’il appelle une perspective inversée, inspirée notamment de l’art chinois et du cubisme. Dans ses paysages du Yorkshire comme dans ses collages photographiques, l’espace semble s’ouvrir vers le spectateur plutôt que s’éloigner au loin. Regarder un tableau de Hockney, c’est entrer physiquement dans l’image.
Cette liberté de regard trouve peut-être son origine dans une phrase de son père, souvent citée par l’artiste : « Ne vous occupez pas de ce que pensent les voisins. » Une injonction à l’indépendance qu’il appliquera toute sa vie, refusant aussi bien les conventions esthétiques que les frontières entre les techniques.
Jusqu’au bout, Hockney sera resté un peintre de l’émerveillement. Durant le confinement de 2020, retiré dans sa maison normande, il dessinait chaque jour l’éclosion du printemps. « Ils témoignent du cycle de la vie qui recommence ici », écrivait-il alors. Face aux drames, aux deuils et au vacarme du monde, il opposait la permanence de la lumière et le retour des saisons.
Rarement un artiste aura incarné avec autant de constance la joie de créer. Derrière les lunettes rondes et les costumes colorés, David Hockney laisse une œuvre immense qui aura appris à plusieurs générations de spectateurs à regarder autrement. Ses tableaux, eux, continueront longtemps à nous rappeler que voir est déjà une forme de bonheur.



