« Je prends l’entière responsabilité de la douleur causée par mes paroles et mes actes, particulièrement envers les communautés « Je prends l’entière responsabilité de la douleur causée par mes paroles et mes actes, particulièrement envers les communautés juive et asiatique. » C’est par ces mots que John Galliano a réagi à l’annulation de John Galliano: Horizons, la rétrospective que le Metropolitan Museum of Art devait lui consacrer en 2027.
Dans son communiqué, le couturier revient sur les faits de 2011 et sur les quinze années écoulées depuis. Il évoque sa sobriété, son rétablissement et le travail entrepris pour comprendre les conséquences de ses actes. Il affirme qu’une véritable réparation ne s’accomplit ni à travers « une exposition », ni par « une reconnaissance institutionnelle », ni par « un simple geste public ».
L’exposition aujourd’hui annulée devait précisément constituer une reconnaissance institutionnelle majeure.
Après dix années à la direction artistique de Maison Margiela et un retour au premier plan de la création, Galliano devait faire l’objet d’une rétrospective couvrant plus de quarante ans de carrière. Il serait devenu seulement le troisième créateur vivant auquel le Costume Institute consacrait une exposition monographique, après Yves Saint Laurent et Rei Kawakubo.
Du prodige au personnage
Il y a des hommes dont la vie ressemble à un roman. John Galliano aura préféré l’opéra. Tout y est plus grand : le talent, les costumes, les triomphes, les excès et les fautes. Son histoire commence comme commencent les légendes. En 1984, le jeune homme sorti de Central Saint Martins présente Les Incroyables. Browns achète la collection entière. Londres découvre un prodige. Paris bientôt lui appartient. Après les années difficiles et le défilé devenu mythique chez São Schlumberger en 1994, Givenchy lui ouvre ses portes en 1995, puis Dior en 1996.
Galliano conquiert Paris en faisant surgir de l’Histoire des princesses, des courtisanes, des aventuriers et des créatures que personne n’avait encore imaginées. Il transforme le défilé en théâtre et la couture en fiction.
Peu à peu, quelque chose d’étrange se produit : celui qui inventait des personnages devient lui-même le plus flamboyant d’entre eux. À la fin de ses défilés, Galliano n’apparaît plus simplement pour saluer. Pirate, dandy, torero ou explorateur, il prolonge sur lui-même le spectacle qu’il vient de mettre en scène.
En 2011, cette trajectoire s’interrompt brutalement. Dans un café parisien, Galliano tient des propos antisémites et racistes, parmi lesquels une déclaration faisant l’éloge d’Hitler. Dior le licencie. Quelques mois plus tard, la justice française le reconnaît coupable d’injures publiques à caractère antisémite et racial.
De Margiela au Met
En 2014, Renzo Rosso nomme John Galliano à la direction artistique de Maison Margiela. Il y restera dix ans. Son dernier défilé, la collection Artisanal de janvier 2024, reçoit un accueil critique exceptionnel et marque avec éclat son retour au premier plan de la création.
Dix ans après son arrivée chez Margiela, Galliano avait donc retrouvé une reconnaissance artistique mais discrète. L’exposition annoncée par le Metropolitan Museum of Art devait lui donner une dimension institutionnelle. John Galliano: Horizons, sous le commissariat d’Andrew Bolton, devait parcourir plus de quarante années de création et faire de Galliano seulement le troisième créateur vivant à bénéficier d’une exposition monographique du Costume Institute, après Yves Saint Laurent et Rei Kawakubo.
Anna Wintour, administratrice du Met, était associée au projet. Le lien est ancien : au début des années 1990, alors que Galliano connaissait de graves difficultés financières, elle avait compté parmi les personnalités de la mode qui avaient soutenu son travail et contribué à sa relance parisienne. Trente ans plus tard, elle se retrouvait ainsi associée à ce qui devait être l’une des plus importantes reconnaissances institutionnelles de sa carrière.
Mais l’annonce de l’exposition a également ramené les faits de 2011 au premier plan. La proximité du Met Gala avec Yom HaShoah, journée de commémoration de la Shoah, a renforcé la controverse. Le Met et Galliano ont finalement annoncé l’annulation de l’exposition.
Dans le communiqué publié à cette occasion, Galliano revient explicitement sur ses propos antisémites et racistes. Il dit assumer « pleinement la responsabilité » de la douleur causée par ses paroles et ses actes. Il évoque les quinze années consacrées depuis à sa sobriété, à son rétablissement et à la compréhension de leurs conséquences. Et ajoute qu’une véritable réparation ne peut être obtenue par une exposition, une reconnaissance institutionnelle ou un geste public, mais qu’elle s’inscrit dans la durée.



