À Pantin, dans les ateliers secrets du groupe Hermès, 150 heures de travail manuel sont parfois nécessaires pour étirer, planer et ciseler une seule pièce en argent massif. C’est ici que bat le cœur de Puiforcat, joyau de l’orfèvrerie française racheté en 1993, dont le catalogue compte plus de 10 000 moules historiques et des pièces estimées jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Alors que le marché mondial du luxe s’oriente vers la vitesse, l’alliance entre le sellier parisien et la maison bicentenaire prouve que le très grand luxe exige un temps infini.

De la rue Chapon aux tables royales : la révolution géométrique de Jean Puiforcat
L’histoire s’amorce en 1820 dans le Marais, rue Chapon, quand Émile Puiforcat et ses cousins fondent leur comptoir d’orfèvrerie. Le véritable tournant esthétique survient un siècle plus tard sous l’impulsion de Jean Puiforcat, figure héroïque de la Première Guerre mondiale devenue maître orfèvre en 1920. Rejetant les volutes saturées du XIXe siècle, cet athlète passionné de mathématiques impose des lignes architecturales pures construites sur la sphère, le cône et le cylindre.
En 1928, il dessine pour son propre mariage le service de couverts « Cannes », une création aux cannelures rigoureuses adoptée plus tard par le roi Farouk d’Égypte pour les banquets du palais d’Abdine. Andy Warhol lui-même deviendra un collectionneur compulsif des œuvres de Jean Puiforcat, accumulant des dizaines de soupières et de pièces de forme Art déco vendues aux enchères chez Sotheby’s en 1988. Aujourd’hui, ces créations visionnaires figurent dans les collections permanentes du Musée du Louvre et du Centre Pompidou.

Le rachat par Hermès en 1993 : la préservation d’un geste intemporel

Lorsque le groupe Hermès fait l’acquisition de Puiforcat en 1993 sous la houlette de Jean-Louis Dumas, l’objectif n’est pas d’industrialiser la production mais de préserver un patrimoine technique en voie de disparition. Dans les ateliers de Pantin, une quarantaine d’artisans experts continuent d’exercer le planage au marteau, une technique séculaire consistant à donner du volume à une feuille d’argent plate sans jamais la rompre, ainsi que la ciselure et le polissage au rouge d’orfèvre. Le groupe conserve un trésor inestimable : un fonds d’archives constitué de 10 000 pièces de forme et de plus de 100 modèles de couverts.
Le design contemporain sublime l’art de la table

31 153,87 € par ensemble
Sous l’égide d’Hermès, la maison ne se contente pas de rééditer ses classiques archives à partir des croquis originaux. Elle dialogue activement avec la création contemporaine en associant l’argent massif à des matériaux nobles comme le bois de rose, le palissandre ou le cristal. La maison a ainsi édité le spectaculaire « Dinner Service » imaginé par le plasticien minimaliste américain Donald Judd, tout en collaborant avec des designers comme Gabriele Pezzini pour la ligne de tasses à café « Bureau d’Architecte » ou Patrick Jouin pour le service « Zermatt », entré au Museum of Modern Art de New York.

Présente aux côtés de la cristallerie Saint-Louis dans les espaces dédiés aux arts de la table de la maison Hermès, notamment au sein du flagship de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, Puiforcat perpétue un rituel rare : celui de transformer chaque repas en une expérience esthétique absolue.



