Fujikina Paris : la photographie célèbre ses 200 ans à l’heure du grand retour de l’argentique

Mexico, Oaxaca, 1985 - ©Alex Webb Magnum Fujikina
Mexico, Oaxaca, 1985 - ©Alex Webb Magnum Fujikina

Fujikina Paris : la photographie célèbre ses 200 ans à l’heure du grand retour de l’argentique

Alors que nous n’avons jamais produit autant d’images, la photographie opère un curieux retour en arrière. Pellicules, appareils vintage et goût de l’imperfection séduisent une génération née avec le smartphone. Un paradoxe très contemporain qu’explore la première FUJIKINA Paris, e rendez-vous photo imaginé par Fujifilm, du 4 au 6 septembre au Palais Brongniart, à l’occasion des 200 ans de la photographie.

200 ans après les premières expérimentations photographiques, le défi n’est peut-être plus de fabriquer des images. Mais de savoir lesquelles nous croyons, lesquelles nous gardons et, surtout, lesquelles nous considérons encore comme authentiques.

Car pendant que nos smartphones accumulent des milliers de clichés et que l’IA peut désormais fabriquer une image en quelques secondes, un drôle de mouvement inverse s’installe. On ressort les pellicules. On chine des appareils vintage. On accepte de ne pas voir immédiatement la photo que l’on vient de prendre. Et même de la rater. En somme, on goes analog.

Et ce n’est plus tout à fait une affaire de niche. Le Baromètre Photo & Vidéo 2026, réalisé par Sociovision (Groupe Ifop) pour le Salon Photo & Vidéo et l’AFNUM, montre que 48 % des pratiquants aimeraient aujourd’hui faire de la photo argentique, alors que seuls 18 % en font déjà. Plus surprenant : 56 % se disent nostalgiques de l’époque de l’argentique, y compris lorsqu’ils ne l’ont pas connue. Et 81 % voient désormais les appareils vintage comme des objets de collection, tandis que leur design rétro séduit 67 % des pratiquants.

Génération IA, génération argentique

Le timing n’a rien d’anodin. Ce désir d’analogique explose précisément au moment où l’intelligence artificielle vient chambouler notre rapport à l’image.

Là encore, les chiffres racontent une génération pleine de contradictions — ou simplement très consciente de ce qui est en train de changer. 61 % des pratiquants utilisent déjà des outils d’IA dans leur pratique photo ou vidéo. Dans le même temps, 80 % se disent agacés par la multiplication des images générées par IA.

Ils sont aussi 70 % à souhaiter un label permettant d’identifier les contenus qui n’ont été ni créés ni modifiés par intelligence artificielle. Et 64 % estiment qu’une image produite par une IA ne peut tout simplement pas être qualifiée de « véritable photographie ».

Alors, simple nostalgie Y2K appliquée à la photo ? Pas seulement. À l’heure où l’on peut générer une image sans appareil, sans lumière et même sans sujet devant soi, la pellicule remet au centre quelque chose de très concret : un geste, un objet, une contrainte. Et cette petite part d’incertitude que le numérique avait presque réussi à faire disparaître.

Fujikina exposition photographies @Mindy Tan
Fujikina exposition photographies @Mindy Tan

FUJIKINA première édition 

C’est dans ce contexte que FUJIKINA s’installe pour la première fois à Paris, du 4 au 6 septembre. Labellisé « Événement du Bicentenaire de la Photographie » par le ministère de la Culture, le rendez-vous investit le Palais Brongniart pour trois jours entre expos, rencontres et pratique.

Quatre expositions inédites sont annoncées, dont deux coproduites avec Magnum Photos. A World in Color plonge dans la photographie couleur à travers un vaste travail d’archives mené avec la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Youth, de son côté, regarde la jeunesse à travers les objectifs des photographes américains Alex Webb et Alec Soth.

Autre voyage dans le temps : une exposition consacrée à l’histoire du portrait, composée à partir des collections nationales de la MPP. On y croisera notamment Brigitte Bardot, Jane Birkin, Sylvie Vartan, mais aussi Baudelaire ou Victor Hugo.

sylvie Vartan @samlevin
sylvie Vartan @samlevin

Et parce que FUJIKINA ne veut pas seulement montrer des photos, mais donner envie d’en faire, le programme prévoit aussi conférences et masterclasses avec Alec Soth, Laura Bonnefous, Agathe Poupeney, Jonas Rask, Mario Cruz, Tom Hegen ou Éric Bouvet, mais aussi studios de démonstration, prêt de matériel, nettoyage de capteurs et sorties photo dans Paris.

Une manière assez bien trouvée, finalement, de célébrer deux siècles de photographie : en regardant son histoire tout en se demandant ce que « prendre une photo » veut encore dire en 2026.

FUJIKINA Paris – du 4 au 6 septembre 2026, Palais Brongniart, Paris 2e.

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