Festin : L’Entropiste invite l’oud à la table de Néron

L’ENTROPISTE parfum FESTIN
L’ENTROPISTE parfum FESTIN

Festin : L’Entropiste invite l’oud à la table de Néron

Avec Festin, L'Entropiste s'inspire des banquets de Néron et réunit mûre, caviar, truffe et oud. Aux commandes, Bertrand Duchaufour, qui dispose dans cette jeune maison d'une liberté qu'il n'avait pas en créant pour les autres.

Rome brûle, Néron festoie. La scène relève davantage de la légende que de l’histoire, mais Bertrand Duchaufour en a fait le point de départ de Festin, le nouveau parfum de L’Entropiste : un banquet impérial, opulent et décadent, où se croisent mûre, caviar, truffe, cuir et oud. L’attelage est inhabituel, et c’est voulu : la maison part du principe que l’harmonie peut naître du désordre.

Carte blanche rue des Francs-Bourgeois

Bertrand Duchaufour maitrise l’art des rencontres improbables. En quarante ans de carrière, ce grand nom de la parfumerie de niche a signé Avignon pour Comme des Garçons, Timbuktu pour L’Artisan Parfumeur, Jubilation XXV Man pour Amouage ou encore Sartorial pour Penhaligon’s. Surnommé le « maître de l’encens », il affectionne les matières complexes et les compositions narratives.

Avec L’Entropiste, lancée en 2025, il ne se contente plus de créer pour les autres. Inspirateur et directeur créatif de la maison, il dispose d’une véritable carte blanche. Une liberté qui dépasse la parfumerie : dans la boutique parisienne du 59, rue des Francs-Bourgeois, ses dessins et ses peintures côtoient des objets rapportés de ses voyages. Un petit laboratoire lui permet également d’y poursuivre ses recherches.

Chaque parfum de la collection part d’une histoire. Dorian’s Spleen, l’un des best-sellers de la maison, évoque les addictions du héros d’Oscar Wilde à travers le whisky, le café, le chocolat et le tabac. Jodhpur 6AM restitue un souvenir du parfumeur dans les marchés du Rajasthan, entre tubéreuse, thé chai et épices. Semence Douce s’inspire, quant à lui, des tulipes photographiées par Robert Mapplethorpe, dans un accord végétal et lacté.

L’ENTROPISTE parfum FESTIN
L’ENTROPISTE parfum FESTIN

 

L’oud, sans surenchère

Avec Festin, le parfumeur aborde une matière devenue incontournable dans la haute parfumerie : l’oud. Issu du bois résineux de certains arbres asiatiques, il est apprécié pour ses facettes boisées, fumées et parfois animales. Son succès a cependant favorisé une surenchère de compositions toujours plus puissantes. « Cela faisait longtemps qu’on nous demandait pourquoi il n’y avait pas encore d’oud dans la collection », confie Manon, Castet directrice du marketing et du développement commercial. Mais pas question de céder à la facilité : « Il ne faut pas que ce soit comme tous les ouds. » Il fallait trouver une interprétation personnelle, fidèle à « la signature de Bertrand Duchaufour ».

Le parfumeur propose une lecture moins frontale de cette matière : l’oud n’arrive qu’après une succession d’accords inattendus.

 

Une nature morte à fleur de peau

La composition s’ouvre sur une mûre sombre et charnue, associée à la feuille de violette et à un accord de truffe. Le caviar introduit une dimension saline qui vient contrarier la gourmandise du fruit. Puis apparaît le cuir galuchat, inspiré de ce cuir marin à la surface granuleuse, avant que l’oud ne se déploie, accompagné d’un accord d’ambre gris.

 Il est construit vraiment comme une nature morte, presque. C’est comme une peinture qui vient figer ce banquet 

explique t-elle. Le travail sur les textures constitue l’une des originalités du parfum. « L’aspect qui est en commun entre tous les ingrédients, c’est l’aspect granuleux. » La mûre, les grains de caviar et le relief du galuchat se répondent visuellement et tactilement. « C’est une fragrance qui est assez visuelle », souligne-t-elle.

L’oud apporte progressivement sa profondeur boisée, fumée, presque épicée. Une sensation poivrée peut même se dégager de l’ensemble, sans qu’aucune note de poivre n’entre dans la composition. « C’est vraiment cet oud qui va lui donner un aspect poivré, presque épicé », précise Manon. Quant à l’incendie de Rome, il est suggéré par les nuances fumées : « Beaucoup de personnes repèrent ce côté boisé, fumé, qui peut aussi évoquer cette Rome qui s’embrase. »

L’ouverture, volontairement déroutante, laisse place sur la peau à un sillage plus enveloppant. Ici, l’oud gagne en relief grâce aux contrastes qui l’entourent.

Une fragrance sans genre

Comme toutes les créations de L’Entropiste, Festin est unisexe. « Il est vraiment pensé comme unisexe », souligne Manon. Malgré ses facettes boisées et cuirées, parfois perçues comme masculines, la fragrance ne s’impose ni genre, ni saison, ni moment de la journée. « Ça dépend vraiment de tout un chacun », rappelle-t-elle.

200 points de vente et une nouvelle maison en préparation

L’Entropiste s’est déjà installée à l’international : selon les chiffres communiqués lors de notre rencontre, la maison compte quelque 200 points de vente dans 40 pays. Ses dirigeants préparent également d’autres projets, dont Bête Noire, une maison de haute parfumerie annoncée dans un registre plus radical et inclusif. « L’Entropiste, c’est vraiment l’art du chaos, des notes et des accidents olfactifs », résume l’un des fondateurs.

On réclamait un oud à la maison depuis longtemps. Avec Festin, Bertrand Duchaufour le sert en dernier, après la mûre, le caviar et le cuir. Festin, L’Entropiste. Eau de parfum, concentration 25 %. Notes de mûre, caviar, truffe, cuir galuchat et oud. 248 € les 50 ml ; 338 € les 100 ml. lentropiste.com

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