Son nom ne dit presque plus rien. Pourtant, Gustave Fayet, (1865-1925) fut l’un des plus grands passeurs de l’art moderne. Avec ce collectionneur-créateur, la Fondation Louis Vuitton poursuit sa passionnante série consacrée aux grands visionnaires, après Sergueï Chtchoukine, les frères Mikhaïl et Ivan Morozov ou Samuel Courtauld, en redonnant sa place à cet homme qui a su voir avant les autres.
Une collection réunie pour la première fois depuis un siècle
C’est l’événement dans l’événement. Sa collection, réunie pour la première fois depuis un siècle, rassemble plus de 250 chefs-d’œuvre dispersés à travers le monde : dix Van Gogh, soixante-dix-huit Gauguin, quatre-vingt-huit Redon, mais aussi Cézanne, Degas, Matisse, Renoir ou Bonnard. Venus de collections particulières comme de grandes institutions internationales, à l’image des Trois Tahitiens (1899) de Paul Gauguin, prêtés par les National Galleries of Scotland, ces tableaux racontent à eux seuls le goût d’un homme qui misait sur des artistes que beaucoup jugeaient encore inclassables.
Le retour d’une icône : l’Autoportrait à l’oreille bandée
L’un des moments les plus attendus est le retour en France de l’Autoportrait à l’oreille bandée de Vincent van Gogh, absent des cimaises françaises depuis 1937. Ce tableau a appartenu à Gustave Fayet de 1902 à 1925 : il était donc déjà dans sa collection il y a plus de cent ans. Peint quelques semaines après la rupture avec Paul Gauguin, le tableau est devenu l’icône d’un basculement.

Retour sur un drame qui a marqué l’histoire de l’art :
* 1888. Van Gogh invite Gauguin à partager la Maison Jaune à Arles, rêvant d’une communauté d’artistes. * La cohabitation tourne court. Leurs tempéraments opposés, l’un hypersensible, l’autre plus autoritaire, rendent la vie commune impossible. * 23 décembre. Après une violente dispute, Gauguin quitte Arles. Dans la nuit, Van Gogh est victime d’une grave crise psychique et se mutile une partie de l’oreille gauche. *
Le saviez-vous ?
Une théorie évoque un coup d’épée porté par Gauguin. Mais la majorité des historiens retient aujourd’hui la version de l’automutilation. Face à cet autoportrait bouleversant répond celui de Gauguin : un dialogue aussi esthétique que psychologique, à découvrir côte à côte dans les salles de la Fondation.
La vraie révélation : Fayet, créateur
Mais la grande révélation de cette exposition réside ailleurs. Fayet n’est pas seulement un collectionneur exceptionnel ayant réuni plus de 740 œuvres majeures. Il est aussi un créateur d’une étonnante modernité. Peintre, aquarelliste, céramiste, décorateur, créateur de tapis, de papiers peints, de tissus ou encore illustrateur : il appartient à cette génération pour laquelle l’art déborde largement du cadre du tableau pour façonner un véritable art de vivre.
Ses motifs floraux, ses céramiques ou ses tapis, admirés en leur temps par Paul Poiret, Jacques Doucet ou encore Jeanne Lanvin, révèlent un créateur longtemps éclipsé par le collectionneur. Ne manquez pas, par exemple, son Motif floral de 1917, une aquarelle sur papier buvard d’une fraîcheur saisissante, qui montre à quel point son regard de collectionneur nourrissait sa propre création.
Une exposition mise en scène par Robert Carsen
Pour faire revivre cet univers, la Fondation a réuni une équipe de premier plan : Sylvie Patry, commissaire générale invitée, Angéline Scherf, commissaire associée, et le metteur en scène Robert Carsen à la direction artistique de l’exposition, sous la direction artistique de Suzanne Pagé. Une promesse de parcours aussi immersif que spectaculaire.
Pourquoi il faut y aller
Au fond, cette exposition rappelle une évidence : les grands collectionneurs ne se contentent pas d’accumuler des chefs-d’œuvre. Par leurs choix, leurs rapprochements et leurs intuitions, ils écrivent eux aussi une histoire de l’art. Leur regard devient une œuvre en soi. Fayet en est l’un des plus beaux exemples. Certains collectionneurs, à force de vision, finissent presque par créer autant qu’ils collectionnent.
Et pour prolonger la découverte
Direction l’Occitanie : L’abbaye de Fontfroide, près de Narbonne, où subsistent les décors commandés à Odilon Redon et l’univers imaginé par Fayet. L’Hôtel Fayet à Béziers, qui retrace son parcours hors norme.
Infos pratiques : Gustave Fayet, collectionneur-créateur Fondation Louis Vuitton, 8 avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris Du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027


