Bruxelles, ville d’art méconnue

Bruxelles, ville d’art méconnue

Bruxelles, ville d’art méconnue

À l’occasion de la Brafa, la grande foire d’art contemporain de la capitale belge, nous avons fait un tour en ville, pour découvrir quelques-unes des galeries qui font de Bruxelles une place importante de l’art en Europe.

Bruxelles est une ville qu’on ne cesse de redécouvrir, visite après visite, tel un lent effeuillage. En matière d’art, elle s’avère d’une richesse qui n’a rien à envier à d’autres capitales européennes et d’une lisibilité confortable. Deux quartiers se partagent, en effet, le gâteau : le Sablon où sont groupées les galeries d’art ancien, et toute la zone de part et d’autre de la grande avenue Louise qui accueille la plupart des galeries consacrées à l’art contemporain. À quelques semaines de la fameuse Brafa, la Foire de Bruxelles qui fédère toutes les formes d’art et nombre de galeries de la capitale belge (ainsi que moult marchands étrangers), une déambulation s’imposait, faite de visites de galeries, de rencontres avec des professionnels et, bien sûr, de contemplations devant des œuvres sortant du lot.

Nous avons commencé, chronologie inversée oblige, par le « quartier Louise » et, chauvinisme contraint, par une perle française, la galerie de Nathalie Obadia, présente aussi à Paris. L’espace est impressionnant, l’accueil par Valérie Wille, la directrice, chaleureux et compétent, nous dévoilant, par exemple, les aspects les plus iconoclastes de l’artiste Joris Von Moortel, musicien, peintre et sculpteur auquel la galerie consacre une expo fascinante. Tous ses univers s’y déploient, les couleurs et ses fractures vous explosent au visage dans une déferlante qui va de l’autoportrait à ses chères guitares (jusqu’au 11 janvier 2025).

Bruxelles, ville d’art méconnue
GALERIE NATHALIE OBADIA, Shirley Jaffe (USA, Elizabeth 1923-2016 Louveciennes, France) : Untitled, circa 1955 , Oil on canvas, 174,5 x 101,5 x 4 cm

Puis nous avons migré vers un autre monde, celui des arts premiers dont la Claes Gallery est l’une des dignes représentantes en Belgique. Didier Claes, qui compte parmi les figures de la Brafa depuis plusieurs décennies, expose quelques pièces de choix, notamment des statuettes en ivoire rares et donc chères, mais a récemment décidé de se diversifier. « Il y a de moins en moins de pièces négociables dans ce secteur, explique Didier Claes. J’ai donc décidé de m’intéresser à l’art africain du XXe siècle. Nous sommes en pleine préparation d’une expo de Bela, un artiste congolais mort en 1968. » Cette évolution s’est d’ailleurs accompagnée d’un déménagement puisque la Claes Gallery était autrefois installée au Sablon, le quartier des arts anciens.

Bruxelles, ville d’art méconnue
GALERIE HAROLD T’KINT & GALLERIE CLAES : Bela, Sans titre 25, ca. 1960, huile sur panneau, 75 x 66 cm

Paysages hypnotiques

Après le déjeuner, direction la galerie de la Béraudière, un impressionnant hôtel particulier évoquant l’architecture espagnole avec ses arcades intérieures et une splendide verrière apportant une lumière naturelle qui valorise les œuvres. Lors de notre visite, des céramiques contemporaines signées par des artistes majeurs dont le maître absolu, Pablo Picasso, y étaient exposées. Une opportunité qui ne correspond pas forcément à la ligne artistique traditionnelle de Jacques de la Béraudière qui fut longtemps un acteur important de l’art contemporain à Paris.

Bruxelles, ville d’art méconnue
GALERIE COLNAGHI : Willem Adriaensz Key (Breda 1515/16-1568 Antwerp) : The Crucifixion, circa 1550, Oil on panel, 102 x 74 cm

Au cours d’une journée bien remplie dont on ne pourra ici détailler toutes les haltes, aussi enrichissantes fussent- elles, nous avons découvert pêle-mêle la galerie d’Archot & Cie, spécialisée dans l’orfèvrerie européenne, où l’on nous a présenté quelques raretés élégantes mais aussi amusantes, la très chic galerie Colnaghi, en étage, exposant aussi bien art ancien qu’art moderne, ou encore la vaste Patinoire royale qui représente l’artiste portugaise Joana Vasconcelos, invitée d’honneur de la prochaine Brafa de janvier 2025.

Cette folle journée s’est terminée par une ultime escale chez Rodolphe Janssen, notable entre les notables du milieu de l’art bruxellois, accueillant et sympathique. Une exposition de Jason Saager habille les murs blancs des salles épurées de sa galerie où les paysages surnaturels peints par l’artiste ont un effet quasi hypnotiques sur les visiteurs. Clarté des lignes, douceur des couleurs, l’univers des New Lands proposé par Saager évoque à la fois des gravures du XIXe siècle et les surréalistes.

Bruxelles, ville d’art méconnue
GALLERIE LA PATINOIRE ROYALE BACH : Joana Vasconcelos (Paris, 1971), Blue Rose, 2016. Stainless steel shower heads, handmade woollen crochet, fabric, ornaments, polyester, H 246 x W 95 x D 47 cm. Provenance : the artist’s studio. Courtesy Joana Vasconcelos and Galerie La Patinoire Royale Bach

Art fonctionnel…

Le lendemain, comme prévu, direction Le Sablon. Deux quartiers, deux ambiances. Le Sablon possède un charme fou avec ses jolis immeubles aux façades sculptées et colorées, ses chocolatiers tous très appétissants et, bien sûr, ses antiquaires et galeries richement dotées.

Après un passage à la Patrick Derom Gallery qui défend la peinture et la sculpture de la fin du XIXe siècle à nos jours, nous nous dirigeâmes vers une authentique institution bruxelloise, la galerie Costermans sur la place du Grand Sablon. Cet appartement spectaculaire expose sur deux niveaux des tableaux anciens, du mobilier et des objets d’art du XVIe au XVIIIe siècle. À l’étage, le papier peint qui orne les murs a été convoité par Jackie Kennedy qui a proposé de le racheter ! Dans la cour, l’atelier de restauration que nous a dévoilé Arnaud Jaspar-Costermans est un lieu hors du temps…

Bruxelles, ville d’art méconnue
GALERIE PATRICK DEROM : Fabienne Verdier (Paris, 1962), Torrent de haute montagne au printemps (High mountain stream in spring), 2023, Acrylic and mixed media on canvas, 90 x 213 cm

L’autre grand moment d’une matinée riche en rencontres fut la découverte de la galerie Objects with narratives créée par trois garçons passionnés de design contemporain qui ont installé leur immense showroom à la place de la boutique Ladurée. Oscar Eryatmaz décrit, enflammé, quelques pièces d’« art fonctionnel », oxymore qui désigne la singularité de sa ligne artistique. Pas si fonctionnel en vérité car les tables et les chaises exposées, par exemple, ne serviraient pas à grand-chose à l’heure du repas. De même que les coussins en marbre de Ben Storms ne semblent pas très confortables… En revanche, leur dimension artistique est indéniable et justifie sans doute les prix demandés.

Brafa Art Fair, du 26 janvier au 2 février 2025, place de Belgique 1, Bruxelles

Article écrit par Yves Derai, à retrouver dans le n°10 d’OniriQ Magazine.

Partagez cet article :

Vous aimerez sûrement :