Que devient un objet ordinaire lorsqu’il a touché une icône ? La question n’est pas neuve, mais elle ne cesse de nous surprendre chaque fois qu’un marteau d’enchères s’abat sur la vie privée d’une femme qui appartenait, croyait-on, à tout le monde. Le 21 septembre 2026, la maison Millon dispersera 285 lots issus des demeures de Brigitte Bardot, à Saint-Tropez et à Paris. Une bague, un chapeau, un vélo Peugeot : rien, en soi, qui vaille cher. Et pourtant tout, ici, vaudra une fortune.

Le produit de la vente ira à la Fondation Brigitte Bardot et à son fils, Nicolas-Jacques Charrier. Contactée par nos soins, la responsable de la communication de la maison Millon :
« Dans la vente de Brigitte Bardot, il n’y a quasiment que des petits objets, à des prix plutôt petits. Je trouvais qu’il fallait avoir une thématique, donner une âme aux objets. » Le catalogue est né de dix à quinze heures d’entretiens avec Franck Guillou, secrétaire personnel de la star : « J’ai essayé de tirer le maximum de lui, de le faire rebondir sur chaque objet. Ce sont vraiment des épisodes de sa vie, des facettes de son quotidien. »
Parmi les lots : des bottes retrouvées bourrées de vieux journaux, volontairement laissés en l’état – « On est très loin de la star. On est vraiment dans le quotidien d’une femme » —, des piles de boîtes en carton, des casseroles, les colliers de ses chiens, « plein de petites merdouilles, comme elle disait », des cendriers et des briquets, ses lunettes de soleil, ou encore une coiffeuse d’enfant d’à peine un mètre de haut, conservée toute sa vie rue de la Tour.

Ces objets sont volontairement estimés bas, à hauteur de l’inventaire de succession. « C’est quasiment impossible d’estimer les objets de Brigitte Bardot, parce que c’est vraiment le fait qu’ils lui aient appartenu qui va tout faire », explique t-elle. Un chiffre en dit long : sur une photographie, une offre est déjà arrivée à 120 fois l’estimation basse.
Rien à voir, précise-t-elle, avec ces ventes de personnalités organisées autour d’une collection cotée -une bibliothèque, par exemple. « Là, on n’est vraiment pas là-dedans. On est vraiment chez Brigitte Bardot. D’ailleurs, Brigitte Bardot a déjà vendu tout ce qui avait de la valeur pour le succès de sa fondation. Donc là, on est vraiment dans les petits objets de son quotidien qui sont restés. » Comme si l’icône, de son vivant, avait déjà fait le tri entre ce qui se monnaye et ce qui se garde laissant à la postérité, précisément, ce qui n’avait de prix qu’à ses yeux.
Le précédent le plus frappant reste celui d’Audrey Hepburn, tant les deux ventes obéissent à la même logique. Chez Christie’s, à Londres en 2017, cinq cents lots avaient été présentés non comme une accumulation de souvenirs, mais comme une archive permettant de suivre la vie et la carrière d’Hepburn à travers les objets qu’elle avait collectionnés, utilisés et aimés – exactement la démarche revendiquée par Millon pour Bardot. Et le résultat y fut comparable : un scénario annoté de Breakfast at Tiffany’s, estimé à 60 000 livres, s’envola jusqu’à 632 750 livres, preuve que ce n’est pas la rareté de l’objet qui fait son prix, mais sa proximité avec l’intime. Même mécanique chez Bardot : moins l’objet paraît exceptionnel, plus sa proximité avec l’intime fait sa valeur.

Interrogée sur l’objet qu’elle choisirait elle-même, si le règlement le lui permettait, la responsable de communication répond sans hésiter : « Ce serait un chapeau, tout bête. Ou peut-être son service de table orange aussi. J’adore. » Un chapeau de paille, sans doute, de ceux qu’elle portait pieds nus sur le sable, quand son seul empire était celui de l’insouciance, et l’on comprend qu’elle l’ait choisi, lui, plutôt qu’un bijou ou une toile signée, tant il résume à lui seul cette idée d’un été qui ne finirait jamais.
C’est peut-être là toute la magie de ce genre de vente : qu’un tableau signé s’y arrache à des sommes vertigineuses, et qu’à quelques mètres de là, un chapeau de paille ou une simple boîte en carton porte, elle aussi, sa part d’âme. Chacun, dans cette salle, n’achète pas seulement un objet : il achète le droit de revivre un peu de cette époque révolue, d’en emporter chez soi un fragment, même minuscule, même sans valeur — pourvu qu’il ait, ne serait-ce qu’un instant, appartenu à Brigitte Bardot.
La vente « Brigitte Bardot : La Vente », organisée par Millon, se tiendra le lundi 21 septembre 2026 à l’Hôtel Drouot, salle 9 (9, rue Drouot, Paris IXe), à 11 heures pour les lots 1 à 63, puis à 13 h 30 à partir du lot 64. Les 285 lots sont à découvrir lors de l’exposition publique, le mardi 15 septembre de 12 heures à 18 heures, puis du mercredi 16 au dimanche 20 septembre, de 11 heures à 18 heures.



