Sur la Croisette, où les plages rivalisent souvent de décors spectaculaires et d’adresses ultra-formatées, Copal Beach prend le contre-pied. Plus qu’un restaurant de plage, le chef colombien Juan Arbelaez y imagine un véritable chiringuito latino-américain posé face à la Méditerranée : un lieu brut, solaire et vivant, où l’on vient autant pour manger que pour ralentir. Bois patiné, matières naturelles, musique douce, cuisine à partager… tout est pensé comme un antidote au rythme effréné du Festival de Cannes. Ici, pas de nappes amidonnées, de service trop cérémonieux ni d’atmosphère figée.
Juan Arbelaez, avec son énergie solaire et sa cuisine métissée, insuffle à Copal Beach une vision très personnelle de la plage cannoise : moins statutaire, plus vivante. Arbelaez, qui a toujours défendu une gastronomie de partage et d’émotion, compose ici une adresse à son image, chaleureuse, instinctive et profondément habitée par le voyage. « On voulait une cuisine haut de gamme sans que ça se sente trop, sans que ça soit prétentieux », explique-t-il. Accompagné dès le début du projet par les équipes de Moz Group, il imagine une autre façon de vivre la plage à Cannes : plus sensorielle, plus décontractée, presque suspendue.
« Tu rentres ici et tu prends un billet d’avion sans retour vers l’Amérique latine », résume-t-il. Une vision exigeante mais sans ostentation, qui transforme la parenthèse cannoise en voyage immobile.

Cette sensation passe aussi beaucoup par l’ambiance sonore. Entre piano live, bossa nova et cumbias douces, tout est pensé pour installer une forme de lenteur. « Les gens passent leurs journées à travailler, à être en représentation, de 8h à minuit. Quand ils viennent ici, on veut qu’ils lâchent un peu les masques. » Même logique en cuisine : Copal revendique une identité très différente des cartes standardisées de plages cannoises. On y trouve des crudos de poissons méditerranéens ultra frais, travaillés avec des agrumes, du gingembre, de la coriandre ou de l’aji amarillo, mais aussi une cuisine au feu de bois, fumée et colorée. « On a réfléchi à ne pas avoir le burger qu’on retrouve partout pendant le Festival », sourit-il.
Pour Juan Arbelaez, même les incontournables imposés par la clientèle sont retravaillés. « On est obligé par exemple de mettre une salade César dans la menu parce que tout le monde la cherche. Mais je l’ai réinterprétée : j’ai remplacé le parmesan par un fromage espagnol, j’ai ajouté du café…
Même les classiques, on se les réapproprie. » Derrière cette approche, il y a surtout l’envie de défendre une cuisine conviviale et généreuse. « Un bon repas, c’est un repas qu’on partage. » Une prise de risque aussi, dans un contexte où beaucoup viennent déjeuner entre deux rendez-vous professionnels. « Nous, on pousse les gens à ralentir un peu, à partager les plats, à boire un cocktail, une tequila, un mezcal… Si à la fin ils n’ont même plus envie de retourner bosser, c’est qu’on a bien fait notre travail. »
Cette identité s’est construite progressivement. Ouvert juste après le Festival il y a trois ans, Copal Beach vit aujourd’hui son deuxième festival. « Tu pars avec une idée, puis tu testes, tu ajustes, tu regardes les retours des clients. » Certaines recettes deviennent peu à peu signatures, parfois contre toute attente, comme cette salade de concombre et fenouil, devenue un succès immédiat. « Je ne savais pas du tout ce que ça allait donner. Et finalement les retours sont exceptionnels. »

Face à la multiplication des restaurants “lifestyle”, Juan Arbelaez revendique une approche presque inverse. « La restauration lifestyle, c’est souvent une cuisine qui se prend en photo plus qu’elle ne se mange. Nous, on part du goût. » Avant de penser à l’esthétique d’une assiette, il parle d’assaisonnement, de braise, de fumée, de produits irréprochables. « Si on n’a pas un poulpe de Méditerranée exceptionnel ou une vinaigrette parfaitement équilibrée, on ne fait pas le plat. ».
Le chef refuse le côté démonstratif ou « m’as-tu-vu » de certaines adresses. « On voulait quelque chose de brut, de simple, de vrai. Un esprit chiringuito. Comme une plage montée à la main avec des bouts de bois par son propriétaire. »
Et si Juan Arbelaez devait résumer son été en un plat ? Il hésite, puis sourit : « Je choisirais toute la carte des entrées à partager au milieu de la table entre amis. »



