Le parcours d’Anita Klaiber, créatrice de Things with Souls, ressemble à un conte moderne où la technologie de masse rencontre l’artisanat intime. Formée en Design Produit, cette Suissesse a participé à l’une des révolutions technologiques majeures du début des années 2000 : le design des premiers téléphones mobiles.
« C’était assez incroyable à l’époque », se souvient-elle. Mais cette expérience va nourrir une profonde réflexion. Designer d’objets produits à grande échelle, elle observe un paradoxe troublant : les objets qu’elle dessine deviennent obsolètes de plus en plus vite.Cette prise de conscience s’amplifie au fil de ses déménagements. Mariée, mère de deux enfants, elle vit aux États-Unis, à Hong Kong et Amsterdam. En Asie particulièrement, elle prend conscience des coulisses de la production textile : vêtements, peluches, objets que l’on achète sans penser à leur origine ni à leur devenir. « Je me suis dit : On devrait plus apprécier ces choses et prolonger leurs vies. »

Things with Souls : quand les objets racontent
À Amsterdam, elle donne un nom à sa nouvelle vision : Things with Souls, choses avec âmes. Le concept naît d’une conviction simple : tout objet qui a une histoire possède une valeur sentimentale irremplaçable. Les premiers projets sont intimement familiaux. Des cartons recyclés en sapin de Noël pour raconter à ses enfants l’histoire de l’arbre qui est la ressource pour fabriquer du papier et du carton. Un vieux pull transformé en doudou mouton pour sa nièce, pour transmettre l’histoire de la laine et celle d’une personne proche. Puis viennent les cravates. Son beau-frère lui confie une collection de cravates qu’il ne porte plus. « Je me suis dit : il y a encore une histoire à raconter. » C’est ainsi que naît le papillon.
L’histoire du papillon de la soie rappelle le cycle vivant des matières : le papillon donne naissance au ver à soie qui produit le fil, qui devient tissu puis cravate, avant de s’user et d’être sublimée en papillons. Ce parcours nous invite à prendre conscience de l’origine des ressources, des transformations qu’elles traversent et de leur capacité à circuler d’un état à l’autre plutôt qu’à disparaître, afin de mieux comprendre et respecter les cycles qui relient le vivant aux objets qui nous entourent.

Lyon, ville de la soie, point d’ancrage
L’installation à Lyon marque un tournant décisif. Dans cette ville emblématique de l’industrie de la soie, les papillons en soie trouvent une résonance particulière. Aujourd’hui, Anita Klaiber produit seule entre 1000 et 2000 papillons par an. Chaque pièce est unique, confectionnée à la main. Les papillons peuvent atterrir où les clients le souhaitent, sur un vêtement, dans les cheveux, sur une écharpe, dans un rideau, ou encadrée ou sous cloche en tant qu’œuvre décorative.

Le papillon, symbole universel
Le choix du papillon dépasse l’esthétique. « C’est un symbole pour l’âme », explique-t-elle. Cette dimension symbolique résonne profondément chez ses clients. Récemment une dame lui a confié la cravate de mariage de son mari, vingt ans après la cérémonie. Les papillons créés ont été partagés entre amis et famille. « Les papillons que j’appelle Butterties, sont des symboles pour des liens entre personnes ou des souvenirs de moments précieux. »

Artisan d’art
Anita Klaiber refuse la production à grande échelle. « L’idée n’est pas de produire des papillons en masse. C’est quelque chose d’intime. Quand vous venez avec une cravate chez moi, je vous confectionne votre papillon personnel avec mes mains. »
Dans cette démarche s’inscrit également le temps long de l’artisanat, antithèse parfaite de l’obsolescence programmée qu’elle a connue dans le design industriel. Du dessin des premiers téléphones mobiles à la confection minutieuse de papillons en soie, Anita Klaiber a bouclé une boucle singulière. Elle est passée du début de vie des objets à leur renaissance, de la production de masse à la création sur-mesure, de l’éphémère au mémoriel.
Son atelier lyonnais est désormais le théâtre de ces métamorphoses où les cravates oubliées prennent leur envol, porteuses d’histoires et de liens qui transcendent le temps.
Infos :
Instagram : thingswithsouls
Boutiques :
Empreintes Paris – 5, rue de Picardie, 75003 PARIS
Maison des Canuts – 10, rue d’Ivry, 69004 LYON
Musée Soieries Brochier – 18, quai Jules Courmont, 69002 LYON
OFeminine – 29, rue de la Charité, 69002 LYON
Ames Soeurs – 29, rue Saint Georges, 69005 LYON
Novecento – 3 rue Perrod, 69004 LYON



