Mike Amiri, le rêveur hollywoodien

Mike Amiri, le rêveur hollywoodien
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Mike Amiri, le rêveur hollywoodien

Depuis le lancement de sa maison éponyme en 2014, le designer Mike Amiri dessine l'homme californien moderne. S'inspirant à la fois de son propre vécu, de l'univers musical dans lequel il a évolué ainsi que de l'esthétique hollywoodienne d'antan, il compose une alchimie qui envoûte les Fashion Weeks masculines de paris, saison après saison. Suite à son défilé de l'automne-hiver 2025-2026, OniriQ a tenu à rencontrer ce créateur, parmi les plus prisés du moment.

Des quartiers de Los Angeles aux quatre coins du globe, l’esthétique Amiri prospère… Lors de notre rencontre avec le designer californien Mike Amiri, le surlendemain de son défilé pour l’homme de l’automne-hiver 2025-2026 dévoilé au Parc des expositions à Paris, nous avons été frappés par son humilité. Dans son showroom parisien situé au sein de la maison du leader français des enchères, Artcurial, il nous reçoit avec un franc sourire, synonyme de l’hospitalité américaine.

Dans le lieu, des dizaines de pièces trônent, captant notre regard. Au cours d’une balade artistique, Mike Amiri nous invite à inspecter chaque couture et broderie, nous dévoilant de-ci de-là les secrets derrière les silhouettes. Après des explications soignées, nous nous installons pour un bon trois quarts d’heure de discussion autour de son passé, son parcours en tant que fondateur et directeur artistique de la griffe, son approche experte du tailoring et ses récents essais dans le vestiaire féminin. De quoi, enfin, nous donner un aperçu intime de son rêve hollywoodien, devenu réalité.

 

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Entretien exclusif avec Mike Amiri, fondateur et directeur artistique de AMIRI

Tom Kuntz : Vous avez lancé votre marque éponyme en 2014. Qu’est-ce qui vous a motivé, après différentes expériences dans l’industrie, à dévoiler votre propre vision de la mode masculine ?

Mike Amiri : Je pense que c’était un besoin, pour moi, de m’exprimer. Je viens de Hollywood et j’avais envie de raconter une histoire qui m’est personnelle. J’ai toujours été intéressé par la création, quelle que soit sa forme : la musique, l’écriture et tout le reste. J’ai notamment travaillé pour des stylistes, j’ai fait des tenues de scène et même du consulting pour des marques. Mais ce n’était pas assez. Il était temps pour moi de montrer ma propre vision des choses.

Tom Kuntz : Votre enfance et adolescence à Hollywood ont eu un impact fort dans votre approche de la mode. Y a-t-il un souvenir en particulier de cette époque qui a construit votre vision du style ?

M.A. : Plusieurs éléments, je dirais. Tout d’abord, mes parents. Ils m’ont inculqué cette éthique du travail, le fait de constamment « faire quelque chose ». Et surtout, une activité que j’aime, qui me passionne chaque jour un peu plus. Il y a une singularité dans le fait de vivre à Los Angeles, tout un attrait culturel. Tant de types de personnes et de styles différents.

Enfant, j’ai grandi à quelques pas de Hollywood Boulevard et de son effervescence. Les jeunes construisent leur garde-robe dans des boutiques vintage et des friperies avec des pièces uniques. Puis mes parents ont déménagé à Beverly Hills, où j’ai découvert une autre facette de la ville, plus glamour. Là-bas, la richesse l’emporte et offre un style plus minutieux. C’est un peu le mélange de ces deux extrêmes qui a fondé mon ADN.

Tom Kuntz : Le grunge était une esthétique importante des prémices de la maison. Pourquoi l’avoir choisi en premier lieu ?

M.A. : C’est l’univers d’où je viens. Habiller des musiciens et artistes, les fréquenter, voir quelle vie ils mènent, c’était littéralement mon quotidien. Cette esthétique me semblait alors très personnelle. Avec ces débuts-là, je n’essayais pas seulement de les vêtir d’un costume mais j’essayais davantage de les comprendre et de correspondre à leurs attentes.

Tout cela a donné une perspective assez rock aux premières collections d’Amiri. Beaucoup de celle-ci me vient aussi de mon obsession pour le vintage américain. Comme on peut le voir dans mes premières collections, jusqu’à aujourd’hui, les couleurs sont toujours patinées comme si les pièces étaient un héritage stylistique.

Tom Kuntz : En plus du rock, vos collections se réfèrent souvent à la musique de manière générale, notamment le jazz dans votre collection printemps-été 2025. Pourquoi lier cet art à celui des vêtements ?

M.A. : La musique donne toujours un ton particulier. Quand je rêve, je travaille et je crée, j’ai toujours besoin d’une mélodie autour de moi. En fonction des notes, je construis un personnage qui pourrait coller, je l’imagine et je le visualise. Comment il marche, comment il se sent ou comment il agit. C’est un peu le point de départ de mes designs, je dirais même la signature d’Amiri. Et ça ne risque pas de quitter l’identité de la maison.

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Tom Kuntz : Ces dernières années, vous avez pris un virage artistique vers une élégance hollywoodienne plus pointue, où le tailoring est très souvent de mise. Comment l’expliquez-vous ?

M.A. : Je pense qu’il y a plusieurs raisons. Déjà, le style masculin a beaucoup évolué. Les gens veulent s’habiller plus élégamment, s’amuser avec l’assemblage des pièces.

J’ai ressenti ce changement dans notre monde d’un point de vue mode. Il y a huit ans, en Californie, on pouvait facilement rayonner avec du denim et des t-shirts. Mais avec l’évolution de la griffe, son placement sur un marché européen, je sentais qu’il nous fallait plus de créativité. On a voulu se lancer en particulier dans les costumes cool et jeunes, qui restent d’une élégance certaine. Je ne voulais pas seulement redéfinir la marque sur un plan stylistique, mais aussi l’élever sur un rang de qualité.

Tom Kuntz : Les formules de « jeunesse dorée » et « icônes montantes de Hollywood » reviennent souvent lorsque l’on parle des pièces Amiri. Pourquoi, selon vous ?

M.A. : À ma façon, je raconte une histoire hollywoodienne. Ma génération a grandi autour d’icônes comme DiCaprio. Nous les avons vus débuter, évoluer et même devenir mondialement célèbres. Avec mes pièces, je veux faire ressentir cette idée qu’à Hollywood, tout est possible.

Mes designs s’adressent aux rêveurs, à ceux qui n’ont pas froid aux yeux et qui se considèrent eux-mêmes comme les icônes de demain. Cette idée reflète aussi ma propre évolution jusqu’au stade où j’en suis aujourd’hui.

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Tom Kuntz : Votre maison est connue pour son expertise dans le tailoring masculin. Pourriez-vous partager votre avis sur l’importance de l’artisanat dans vos collections ?

M.A. : Pour moi, la qualité et la créativité doivent être sur le même plan. Nous avons commencé en travaillant avec de plus petits moyens. Mais même quand je n’avais pas grand-chose, je voulais que l’on propose les meilleures pièces possibles. En grandissant, cette volonté d’être créatif est restée la même pour Amiri, mais la fabrication a beaucoup évolué en s’élevant au même niveau que les maisons européennes. Je pense que c’est bien d’avoir cette histoire, celle du LA cool et jeune, mais je souhaite surtout que, lorsque les gens touchent nos pièces, ils se disent : « Ouah, c’est qualitatif et luxueux. »

Tom Kuntz : À travers vos pièces, vous élevez le prêt-à-porter masculin à un niveau équivalent à celui de la haute cou-ture. Pourriez-vous nous donner un exemple récent de votre manière de magnifier le vestiaire pour homme ?

M.A. : Sans aucun doute, je dirais le look n° 14 de notre dernière collection. Il est beaucoup plus complexe que l’on pourrait croire. Les gens s’attardent souvent sur les costumes couverts de paillettes, mais cette silhouette-ci requiert un artisanat encore plus noble. En réalité, les fines lignes que l’on voit ne sont pas simplement des coutures apparentes. Il s’agit de bandes de cuir, chacune indépendante, qui, une fois montées ensemble, donnent un costume deux-pièces.

Certains veulent briller de mille feux, d’autres souhaitent porter un vêtement en sachant l’expertise immense qui se cache derrière. Ce sont un peu les deux chemins que prend la haute couture, et je pense que l’on répond tant à l’un qu’à l’autre.

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Tom Kuntz : Nous connaissons déjà l’homme Amiri. Pouvez-vous nous parler de la femme Amiri, dont nous avons eu un avant-goût lors de votre défilé automne-hiver 2025-2026 ?

M.A. : En effet, nous avons introduit pour la première fois des silhouettes féminines à l’automne-hiver 2025-2026. Le plus important pour moi, lors de la conception de la femme Amiri, était qu’elle devait, elle aussi, détenir le pouvoir. Pas seulement lui, pas comme si elle était sa petite amie.

Sur le podium, je voulais faire ressortir cette énergie de deux super-héros de film, avec les mêmes pouvoirs, mais avec des histoires indépendantes. C’était notre inspiration initiale.

Tom Kuntz : Doit-on s’attendre à des collections exclusivement consacrées à la femme Amiri ?

M.A. : Oui ! Il est important pour moi de bien y réfléchir, de la façonner comme il faut. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai seulement donné un avant-goût avec une dizaine de looks.

Tom Kuntz : Enfin, en tant qu’homme qui non seulement crée mais aussi porte les designs Amiri, que pensez-vous que les gens ressentent en portant vos pièces ?

M.A. : Je pense que les gens ressentent un mélange d’empowerment et de style immédiat. Pour moi, prendre part à cette fameuse nostalgie du Vieil Hollywood, même si on ne l’a pas vraiment connu, la réveille instantanément en lui ajoutant une pointe de modernité. •

Un article écrit par Tom Kuntz, à retrouver dans le numéro 11 de OniriQ Magazine.

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