Il y a quelque chose de symbolique à voir Lacoste arriver sur un terrain de padel. La maison s’est construite autour d’un joueur, René Lacoste, et d’un vêtement né pour le tennis : le polo. Depuis, les codes du court ont largement dépassé le cadre sportif pour entrer dans la mode.
Le 20 septembre, Lacoste a dévoilé sa première collection entièrement dédiée au padel. Deux raquettes, un sac, des chaussures et une collection textile composent cet ensemble complet, pensé pour accompagner les pratiquants réguliers comme ceux qui découvrent la discipline. Les deux raquettes ont été développées avec Tecnifibre, marque française spécialisée dans les équipements de sports de raquette, associant son expertise technique à l’univers esthétique de Lacoste.
Lacoste décline ainsi le padel de la raquette au vestiaire : la L.SOFT est proposée à 249,99 euros, la L.MAX à 349,99 euros, le sac à 149,99 euros et les chaussures AGLT Ultra à 150 euros. La collection textile comprend notamment un short à 65 euros, un T-shirt à 70 euros et des chaussettes à 30 euros.

Le padel change d’échelle
Ce lancement intervient alors que la pratique connaît une forte croissance en France. Selon la Fédération française de tennis, le pays comptait 850 000 pratiquants de padel en 2025, soit deux fois plus qu’en 2021, et 272 000 licenciés. Le nombre de licenciés a progressé de 130 % depuis 2022.
Le phénomène ne se limite pas à une extension du tennis. En 2025, Arnaud Di Pasquale, alors chargé du développement du padel à la FFT, estimait que 60 % des pratiquants ne venaient pas du tennis. La discipline attire donc une population qui n’a pas nécessairement de lien avec le sport dont elle est issue.
Pour Lacoste, cette évolution ne signifie pas pour autant de s’éloigner du tennis. La maison continue de s’appuyer sur des figures majeures de la discipline : Novak Djokovic, Daniil Medvedev, Grigor Dimitrov, Arthur Fils et Ugo Humbert figurent parmi ses ambassadeurs.
En 2026, cette présence s’est notamment illustrée à l’occasion de l’US Open, où le Club Lacoste s’est installé au Plaza Hotel de New York. La soirée de lancement a réuni plusieurs membres de la Team Lacoste, dont Novak Djokovic, Daniil Medvedev, Grigor Dimitrov et Eva Lys, autour d’une expérience immersive consacrée au tennis.

Quelques mois plus tôt, la marque avait également placé Djokovic au centre de sa communication avec une nouvelle collection capsule « GOAT », lancée en juin pour célébrer le joueur et ses 24 titres du Grand Chelem.
Mais son casting sportif s’élargit aussi. En avril 2026, le pilote de Formule 1 Pierre Gasly a rejoint la maison comme ambassadeur, notamment autour du polo, avec un positionnement revendiqué à la croisée du sport, du style et de la culture.
Le sport au-delà du terrain
Quelques mois avant cette collection, Lacoste avait déjà matérialisé son intérêt pour le padel à Courchevel. La marque y a installé deux terrains permanents à Courchevel, au sein du Club Lacoste, dans un environnement où sport, montagne, vacances et luxe se rencontrent.
Le choix est révélateur. Le padel n’est pas seulement une nouvelle pratique à laquelle associer le crocodile : il peut devenir une expérience Lacoste.
Cette évolution s’inscrit dans une transformation plus large de la marque. En avril 2026, Lacoste a relancé sa signature « Life is a Beautiful Sport » à travers une nouvelle campagne de marque, qui propose une vision du sport qui ne se limite pas à la compétition.
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Le padel arrive donc à un moment où Lacoste cherche précisément à élargir la définition du sport. La discipline est particulièrement adaptée à cette nouvelle narration : elle se pratique dans des clubs qui ressemblent parfois davantage à des lieux de sociabilité qu’à de simples infrastructures sportives, et son esthétique peut facilement circuler entre terrain, terrasse, vestiaire et ville.
La nouvelle collection est d’ailleurs pensée pour accompagner le joueur « avant, pendant et après le match ». Une formulation qui en dit long : la frontière entre équipement sportif et vestiaire lifestyle devient de plus en plus floue.
Pour Lacoste, le paradoxe est particulièrement intéressant : au moment même où la maison investit le padel, elle continue de revendiquer très fortement son héritage tennis. Sa campagne de marque lancée en 2026 rappelle ainsi que son style est « né du tennis » et conserve Novak Djokovic parmi ses figures centrales.
Il ne s’agit donc pas de remplacer le tennis par le padel, mais de faire du tennis le point de départ d’un univers sportif beaucoup plus vaste.
Les marques de tennis changent de terrain
Lacoste n’est d’ailleurs pas seule à devoir réfléchir à cette évolution. Babolat, Wilson et Head, historiquement associées au tennis, développent elles aussi des gammes dédiées au padel. Babolat propose notamment plusieurs gammes de raquettes, mais aussi des chaussures, des sacs, textiles et accessoires spécifiquement conçus pour la discipline.

L’essor du padel pousse ainsi l’ensemble de l’industrie des sports de raquette à élargir son terrain d’expression. Les fabricants historiques de tennis doivent désormais composer avec une pratique qui possède ses propres équipements, ses propres champions, ses propres événements et surtout une nouvelle population de joueurs.
La Fédération elle-même accompagne cette transformation. Elle a inauguré en 2025 à Vichy son premier centre national d’entraînement consacré au padel, signe que la discipline n’est plus considérée comme une pratique périphérique mais comme un axe de développement sportif à part entière.
Pour les marques, l’enjeu est alors double : ne pas abandonner l’héritage qui fait leur valeur tout en évitant de devenir prisonnières de cet héritage. Et pour Lacoste, c’est peut-être là la véritable réinvention de son ADN sportif : ne plus être seulement une marque née du tennis, mais une marque capable de transformer la culture du tennis en une manière plus large de jouer, de s’habiller et de vivre le sport.



