Avec la chaleur qui s’installe à Paris, difficile de résister à l’envie d’un petit plouf pour échapper au bitume qui fond sous nos semelles. Mais tant qu’à enfiler son maillot, autant le faire dans un décor qui a tout d’un hôtel de luxe. Car non, les plus beaux bassins ne sont pas toujours cachés derrière les portes d’un palace. À l’Est de la capitale et dans le Grand Paris, quelques piscines municipales cultivent un art de vivre inattendu. Certaines sont installées dans des monuments historiques baignés de lumière, d’autres racontent les grandes heures des Jeux olympiques. Des lieux où l’on vient autant pour admirer l’architecture que pour faire quelques longueurs. Alors pour passer le pas, il ne manque plus que votre bonnet de bain…
Piscine Pailleron, l’élégance intemporelle de l’Art déco
À deux pas des Buttes-Chaumont, la piscine Pailleron donne le ton dès l’entrée. Construite en 1933 par Lucien Pollet, l’architecte à qui l’on doit aussi le Molitor et Pontoise, elle reflète une époque où les équipements publics étaient conçus comme des œuvres d’architecture. Sa façade en briques annonce déjà la couleur, mais c’est en poussant les portes que la magie opère vraiment. Une immense verrière en acier laisse entrer une lumière naturelle qui évolue au fil de la journée, tandis que les coursives métalliques dominent le bassin comme dans une ancienne halle industrielle transformée en galerie contemporaine.

Son histoire participe largement à son charme. Promise à la démolition dans les années 1990, la piscine est finalement sauvée grâce à une mobilisation citoyenne avant d’être classée monument historique. Sa restauration, confiée à l’architecte Marc Mimram, lui redonne tout son éclat sans effacer son âme. Aujourd’hui, les nageurs profitent d’un bassin de 33 mètres, mais aussi d’un spa, de deux saunas et d’un espace fitness. Peu de piscines parisiennes offrent une telle alliance entre patrimoine, architecture et bien-être. Ici, le vrai luxe consiste à nager dans un monument.
Piscine Georges-Vallerey, une baignade dans la légende olympique
Certaines piscines accueillent des compétitions. Georges-Vallerey, elle, a accueilli les Jeux olympiques. Inaugurée pour les Jeux de Paris en 1924 sous le nom de piscine des Tourelles, elle reste aujourd’hui la seule piscine construite pour cette édition encore ouverte au public. Johnny Weissmuller y a remporté trois médailles d’or avant de devenir le Tarzan le plus célèbre du cinéma. Difficile de trouver un bassin parisien avec un palmarès plus impressionnant.

Près d’un siècle plus tard, le lieu continue de surprendre. Entièrement modernisée avant les Jeux de Paris 2024, la piscine a conservé son caractère tout en s’offrant un spectaculaire toit mobile en bois lamellé-collé. Lorsque celui-ci s’ouvre, le bassin olympique de 50 mètres se retrouve soudain à ciel ouvert. En quelques minutes, l’ambiance passe d’une grande halle sportive à celle d’une piscine extérieure baignée de soleil. Cette métamorphose permanente fait de Georges-Vallerey l’un des llieux aquatiques les plus prisés de la capitale.
Piscine Roger-Le-Gall, l’esprit vacances à deux pas du périphérique
Au premier regard, difficile de ne pas lever les yeux vers cette immense toile blanche suspendue au-dessus du bassin. Imaginée dans les années 1960 par Roger Taillibert, futur architecte du Parc des Princes, cette couverture en forme de chapiteau reste une prouesse technique et esthétique. Soutenue par un unique mât central, elle donne à l’ensemble une silhouette immédiatement reconnaissable qui tranche avec les piscines plus classiques.

Lorsque les beaux jours reviennent, le lieu change complètement de visage. Le vélum s’ouvre et laisse place au ciel, tandis que le vaste solarium engazonné se remplit de Parisiens venus bronzer entre deux longueurs. L’ambiance rappelle davantage un club de vacances qu’un équipement municipal. La piscine cultive aussi son originalité avec des créneaux naturistes, uniques à Paris. Son luxe ne tient pas à une décoration ostentatoire, mais à cette étonnante capacité à faire oublier la ville, alors même que le périphérique n’est qu’à quelques centaines de mètres.
Piscine de la Butte-aux-Cailles, la plus belle piscine historique de Paris
Nichée au cœur du 13ᵉ arrondissement, la piscine de la Butte-aux-Cailles ressemble davantage à une cathédrale qu’à un équipement sportif. Inaugurée en 1924 par l’architecte Louis Bonnier, elle est l’un des plus beaux exemples de l’Art nouveau appliqué à l’architecture parisienne. Classée monument historique depuis 1990, elle impressionne par son immense voûte culminant à près de quinze mètres de hauteur, entièrement pavée de briques de verre qui diffusent une lumière douce dans tout le bâtiment. Ici, chaque baignade prend une dimension solennelle, tant le décor est spectaculaire.

Mais son charme ne tient pas seulement à son architecture. La Butte-aux-Cailles est aussi la seule piscine parisienne alimentée par une eau de source naturelle provenant d’un puits artésien foré à plus de 500 mètres de profondeur. Cette eau, naturellement pure, alimente les trois bassins de l’établissement, dont un bassin nordique extérieur chauffé à 28 °C accessible toute l’année. Nager en plein hiver sous les arbres ou profiter du solarium aux beaux jours confère au lieu une atmosphère thermale. Tout y est pour passer un moment unique à Paris.
Piscine Joséphine-Baker, l’unique bassin qui flotte sur la Seine
Certaines adresses misent sur leur histoire. Joséphine-Baker mise sur son emplacement. Depuis son ouverture en 2006, elle est la seule piscine flottante de Paris. Amarrée sur la Seine, elle offre une expérience que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Depuis les lignes d’eau, le regard se promène sur les quais, les péniches et les façades parisiennes qui défilent au rythme du fleuve. Rien que pour cette vue, le détour vaut déjà la peine.

Le bâtiment contemporain a été pensé pour effacer la frontière entre intérieur et extérieur. Dès que le soleil apparaît, son toit s’ouvre afin de profiter pleinement de la lumière. Une vaste terrasse en bois prolonge ensuite la baignade et invite à s’installer face à la Seine comme sur le pont d’un bateau. Le temps semble ralentir, bercé par le passage des embarcations. C’est sans doute cette sensation d’évasion qui fait tout le charme de Joséphine-Baker. En plein cœur de Paris, elle offre un petit air de vacances sans avoir besoin de quitter la capitale.



