Interview imaginaire : Et si Marilyn Monroe nous parlait d’art ?

Portrait Marilyn Monroe « Black Velvet » octobre 1955 Milton H. Greene.
Portrait Marilyn Monroe « Black Velvet » octobre 1955 Milton H. Greene.

Interview imaginaire : Et si Marilyn Monroe nous parlait d’art ?

Et si Marilyn Monroe répondait aujourd’hui à un questionnaire d’art contemporain ? Derrière l’icône hollywoodienne apparaît une femme mélancolique et cultivée, passionnée de livres, fascinée par Rodin et sensible aux artistes capables de révéler ses failles plus que son glamour. Entretien pas si imaginaire...

Désirée de Lamarzelle : Une galerie dont vous aimeriez « emprunter » régulièrement les œuvres…

Plus qu’une galerie, c’est une librairie. Les soirs où je me sens seule, je vais chez Pickwick Bookstore sur Hollywood Boulevard. J’ouvre les livres au hasard, et lorsqu’une phrase me bouleverse, je repars avec le livre. Je les collectionne presque malgré moi, au point d’avoir du mal à faire de la place à mes plus de 400 ouvrages. Poésie, théâtre, psychanalyse, littérature française ou russe : les livres restent pour moi des œuvres d’art silencieuses, plus intimes encore qu’un tableau.

L’artiste que vous suivez sur les réseaux sociaux.

Je ne sais pas ce que sont les réseaux sociaux… mais s’il fallait suivre une artiste partout, ce serait Frida Kahlo. J’aime chez elle cette manière de transformer la douleur en beauté sans jamais chercher à la rendre jolie. Ses autoportraits ont quelque chose de très honnête, presque cruel parfois. Elle peint ses failles comme on écrit un journal intime. Je pourrais passer des heures à regarder ses cou- leurs, ses fleurs, ses regards. Chez Frida, la fragilité devient une force.

Si vous étiez un tableau…

Je serais une photographie. J’ai été tellement photographiée… et parmi tous ceux qui m’ont regardée à travers un ob- jectif, Milton Greene est celui qui a capté quelque chose de fragile : une femme qui essaie simplement d’être aimée. Il faisait presque partie de ma famille. Avec lui, je n’avais pas besoin de jouer Marilyn tout le temps.

Quelle personne aimeriez-vous inviter à dîner chez vous ?

Sans doute Charles Stanley Gifford, mon père biologique. Je ne l’ai jamais vraiment connu, et je crois que j’aimerais simplement passer une soirée à l’écouter parler, à chercher dans son visage quelque chose qui pourrait m’expliquer une partie de moi-même.

Un musée où vous pourriez passer la nuit ?

Le Metropolitan Museum of Art à New York, sans hésiter. C’est là que j’ai découvert les sculptures de Rodin, j’étais fascinée par Pygmalion et Galatée. Je crois que je pourrais passer une nuit entière à regarder ses sculptures respirer dans le silence.

Si vous deviez poser nue ?

La nudité frontale ne m’intéresse pas. Je préfère ce qu’on devine à ce qu’on montre entièrement, comme dans cette photographie prise dans mon bain par Sam Shaw. Ce qui compte, c’est le regard qu’on pose sur moi, pas ce qu’on expose.

Une œuvre qui vous plonge dans votre enfance ?

Je pense immédiatement à une sculpture de Rodin, La Main de Dieu. Lorsque je l’ai découverte en 1962, quelque chose m’a bouleversée profondément, presque physiquement. Je l’ai acquise aussitôt, sans même vraiment comprendre pourquoi. Les corps enlacés dans cette immense main me troublaient ; ils me rappelaient à la fois la protection, la naissance et une forme de solitude. Je l’ai même apportée chez mon psychiatre pour lui demander ce qu’il en pensait.

Article rédigé par Désirée de Lamarzelle, à retrouver dans le numéro 16 de Oniriq Magazine

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