Que nous dit encore l’image aujourd’hui ? Chaque automne, Paris devient capitale mondiale de la photographie. Mais cette année, le retour de Paris Photo au Grand Palais prend une saveur particulière puisque cette édition 2025 offre un espace pour ralentir, voir autrement, ressentir à nouveau. L’image redevient un geste d’attention. Elles observent, cadrent, racontent. De Zanele Muholi à Sophie Ristelhueber, d’Agnès Varda à Sally Mann, les femmes photographes s’imposent cette année comme le véritable fil rouge de Paris Photo.

Le retour du regard : photographier, c’est encore croire
Sous la verrière du Grand Palais, la photographie retrouve Florence Bourgeois et Anna Planas, aux commandes de cette 28e édition, qui ont repensé le parcours comme une expérience avec cinq secteurs (Principal, Voices, Digital, Émergence et Éditions) pour former un récit cohérent, du XIXᵉ siècle à l’ère algorithmique.

Cette année, le visiteur pourra circuler entre les brumes du Liban d’après-guerre, les visages familiers de Sally Mann ou encore les paysages numériques de Kevin Abosch. Le lien de l’intime et le politique traverse la nef, du paysage revisité par Devika Singh aux liens de parenté observés par Nadine Wietlisbach dans le secteur Voices, chaque œuvre se regarde comme un miroir du monde, mais aussi de soi.

Car photographier, c’est encore croire en la trace, en la lumière et en la présence. Et si l’image ne dit plus la vérité, elle continue de révéler des zones de silence. Sophie Ristelhueber, lauréate du prix Hasselblad 2025, en offre une preuve vivante avec sa fresque monumentale sur un mur de 36 mètres transforme la mémoire des territoires en matière vive.

Femmes de lumière, voix du monde
Derrière ces tirages, Paris Photo raconte aussi une conquête. Celle du regard féminin. Avec Elles x Paris Photo, le parcours conçu par Devrim Bayar invite à repenser la figure de la femme photographiée, ni muse, ni objet, mais présence active, corps pensant et décor habité. On y croise Zanele Muholi, Agnès Varda, Sally Mann, ou encore Carmen Winant. L’exposition démontre fièrement 39 % de femmes artistes en 2025 contre 20 % il y a sept ans. Une lente révolution portée par la visibilité.

Et parce que l’image ne se regarde plus seule, la foire ouvre ses frontières, du Caire à New Delhi, de Varsovie à Dubaï, les galeries émergentes racontent d’autres façons d’habiter le monde. Dans le secteur Émergence, les jeunes talents comme Marine Lanier, Bérangère Fromont ou Atong Atem redonnent au réel sa part d’étrangeté poétique.
Photographier le présent pour habiter le futur

Paris Photo observe aussi les métamorphoses du médium. Le Digital Sector, orchestré par Nina Roehrs, interroge la place des images à l’heure des réalités augmentées et de l’intelligence artificielle. Entre avatars et pixels, l’artiste Kevin Abosch signe Freedom, manifeste d’une humanité connectée mais en quête d’émotion vraie. À l’étage, le Labo, conçu avec le Collège international de photographie, invite les visiteurs à manipuler les procédés argentiques, comme un geste d’humilité face au flux numérique.

Enfin, l’exposition The Last Photo de la collection d’Estrellita B. Brodsky fait le lien entre mémoire et disparition. Inspirée par l’artiste brésilienne Rosângela Rennó, elle questionne le passage du tangible à l’éphémère, du négatif au cloud. “Qu’est-ce qu’une photographie aujourd’hui ?” demandent les commissaires José Esparza Chong Cuy et Marie Perennès. Peut-être un acte de résistance.
Paris Photo, 28e édition – Grand Palais, du 13 au 16 novembre 2025
222 exposants – 33 pays – 1385 artistes – 39 % de femmes artistes
www.parisphoto.com
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