“Rien de trop” peut-on lire sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes. Cette maxime souligne un aspect de justesse, opposé à la démesure. Quand bien même, pourrait-on l’appliquer à Lucie Charasson qui décide d’ouvrir sa propre galerie dans son appartement ? Depuis le 29 septembre 2023, la Villa Gabrielle accueille les œuvres de jeunes artistes, cherchant à faire découvrir leur art. Le 16 mai dernier, la galerie a dévoilé les “Cartes mythologiques de Benjamin Carteret”, écrivain et historien passionné par l’Antiquité. OniriQ est allé à sa rencontre sur les sillages de la Grèce antique.
Un lieu de rencontre pour amateurs d’art
Il est 10 heures lorsque Lucie Charasson, curatrice de la Villa Gabrielle, nous ouvre sa porte. Situé dans le quartier Necker/Vaugirard, son lieu de vie est également devenu une galerie. En franchissant le seuil, les premières œuvres d’art posées sur la commode de l’entrée accrochent notre regard.
Avec sa formation en histoire de l’art, elle multiplie les expériences professionnelles à Paris, Rome et New York (Villa Médicis, MET, Centre Pompidou, Galerie Paul Prouté, Institut Français, etc.) et se dédie plus tard au sourcing d’objets d’art et à la curation d’espaces dans des maisons de luxe.
À la Villa Gabrielle, elle souhaite “créer un lieu de rencontre privilégié entre amateurs d’art et talents de demain”. Dans l’arrière-cour, la fondatrice explique que le jardin est “à quelques pas du square de l’Oiseau-Lunaire, l’emplacement des anciens ateliers d’artistes du 45 rue Blomet qui virent naître le mouvement surréaliste”, reprenant ainsi l’idée de l’espace avec son projet.

Ce cadre intimiste abrite l’exposition “Cartes Mythologiques” de Benjamin Carteret. Historien de l’art de formation, spécialisé en art contemporain, il explique avoir été contacté par la curatrice via Instagram. Très vite, ils se rencontrent et conviennent d’exposer son travail dans la galerie parisienne.
Dans chaque pièce, ses créations dialoguent avec celles d’autres artistes ayant participé à Fragments contemporains, la première exposition de la galerie. On retrouve notamment des lieux d’architecture abandonnés dans les blocs en béton de l’artiste Jules Goliath, récemment exposés au Musée du Louvre.
Le solo show mythique de Benjamin Carteret
Dans le salon, l’artiste prend le temps de revenir sur son parcours et particulièrement sur son périple en Grèce, à l’origine de ses cartes. En 2021, Benjamin Carteret entreprend un voyage sur les sites archéologiques dédiés aux dieux grecs pour les faire revivre par la parole.
L’archéologue de mythes est convaincu que “les sites archéologiques du monde grec ont été bâtis à l’origine non pas sur du marbre ou des pierres mais sur la voix et les mots des poètes qui en avaient glorifié les mythes primordiaux”. N’adhérant pas à l’affirmation du philosophe Heidegger citant “les dieux se sont enfuis”, annulant le principe de divinité, Carteret réfléchit à ce projet performatif.

L’artiste retourne notamment sur les sanctuaires de Délos, Athènes, Épidaure ou encore Delphes pour ressentir l’expérience du lieu où il prie à voix haute les divinités de ces lieux, à l’endroit où ils sont apparus. Puis, dans son processus créatif, il capture l’instant avec son polaroid, première trace de sa performance.
Dans la chambre de la Villa Gabrielle, il nous montre sa représentation du sanctuaire d’Éleusis, dédié à Perséphone et sa mère Déméter. Les plans du sanctuaire lui ont permis de dessiner le site archéologique. Visuellement, ce sont les mots des poètes décrivant l’histoire de la mère à la recherche de sa fille, qui dressent les murs, collines et montagnes du site antique.
Destinés à voyager, les dessins seront exposés pendant trois mois à Vaugirard avant de prendre vie dans d’autres espaces. En attendant, les Cartes Mythologiques de Benjamin Carteret sont à découvrir sur rendez-vous ou via une exposition en ligne sur le compte Instagram de la galerie.



