Wako : l’esprit du Japon s’invite au Ritz, entre art du quotidien et lumière tamisée

Wako : l’esprit du Japon s’invite au Ritz, entre art du quotidien et lumière tamisée

À l’occasion de son pop-up « Arts in Everyday Life » au Ritz place Vendôme, WAKO, la maison emblématique de Ginza appartenant au groupe Seiko invite le public parisien à un voyage sensible au cœur de l’esthétique japonaise. Rencontre avec Kiyoko Niwasaki.

Pour une semaine seulement, du 6 au 11 octobre, Wako maison d’œuvres d’art du quotidien, fleuron du groupe Seiko, dévoile son savoir-faire au premier étage de la boutique Seiko, au 7, Place Vendôme. L’expérience a été inaugurée par un dîner pop-up au Ritz, célébrant l’art et l’élégance japonaise. C’est dans ce tumulte de la place Vendôme que WAKO murmure un autre tempo, celui du Japon, un bruit discret, caché quelque part dans la nature. Une exposition comme une respiration, un instant suspendu entre deux cultures qui partagent une même passion du beau et du vrai.
Rencontre avec la présidente et directrice de WAKO, Kiyoko Niwasaki, qui évoque avec douceur l’art du quotidien, le respect du temps, et ces cinquante façons de nommer la pluie au Japon, la preuve que, là-bas, même la météo est un poème. Sous la direction poétique de Kengo Kuma, le papier washi et la lumière tamisée racontent une autre manière d’habiter le monde.

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Boutique historique, @WAKO Seiko Group O Ginza

Le quotidien comme œuvre d’art 

Alice Masson : comment est née l’idée de ce pop-up parisien au Ritz ?
Kiyoko Niwasaki : Nous avions envie d’un véritable échange, pas d’une simple démonstration. Paris comprend profondément le Japon, sa culture et son raffinement. Le moment était parfait car la Fashion Week nous offre une scène ouverte au dialogue entre les cultures. Pour nous, venir ici, c’était aussi une manière d’honorer ce regard français qui sait reconnaître la beauté du geste et la sincérité du travail artisanal. 

Le titre Arts in Everyday Life évoque une philosophie. Que représente pour vous “l’art du quotidien” ?
K. N :  Au Japon, nous croyons que la beauté doit être vécue, pas seulement observée. Les objets de qualité font partie de notre vie, ils nous accompagnent au quotidien. Ce ne sont pas des éléments décoratifs, mais des compagnons silencieux qui nourrissent l’esprit. Posséder un bel objet, c’est une forme de respect envers soi-même. 

WAKO s’inscrit dans une longue tradition d’objets utilitaires devenus œuvres d’art. Comment perpétuez-vous cet héritage ?
K.N : Notre histoire remonte à Kintaro Hattori, fondateur de Seiko et de WAKO. C’était avant tout un artisan ! Chaque montre, chaque objet portait son âme. Nous prolongeons cette philosophie. L’histoire derrière l’objet compte autant que sa forme. Nous collaborons avec des artistes fidèles mais aussi de nouveaux talents, souvent rencontrés au détour d’un atelier ou d’un coup de cœur. À Ginza, nous avons rénové notre sous-sol pour en faire un lieu consacré à l’art et à la culture.

Entre papier et lumière

Le design du lieu, signé Kengo Kuma, évoque le shoji, le washi et le concept de shakkei (« paysage emprunté »). Comment ces références se traduisent-elles place Vendôme ?
K. N : La place Vendôme est l’un des symboles du luxe français. Nous voulions y exprimer notre identité sans imitation. Avec Kengo Kuma, nous avons choisi de revenir aux éléments essentiels du Japon, à savoir le bambou, le papier, le tatami, et de les interpréter avec une sensibilité moderne. Le résultat n’est ni purement japonais ni totalement parisien, c’est une rencontre. 

La lumière parisienne, si différente de celle de Tokyo, influence-t-elle la perception des œuvres ?
K.N : Absolument. La lumière parisienne est plus forte, plus dorée, presque mélancolique. Ici, nous avons joué avec les filtres de papier washi pour la tamiser. Ce papier, fait à la main, laisse passer une lumière diffuse, comme un souffle. Sur la partie Seiko, tout le plafond est conçu comme une lanterne géante : la lumière traverse le papier, pour créer une atmosphère enveloppante. C’est une manière d’apprivoiser le temps et de ralentir le regard. 

Entre le calme du papier japonais et l’effervescence de la place Vendôme, que souhaitez-vous faire ressentir au visiteur ?
K.N : Nous espérons qu’il ressentira la sérénité du Japon. Notre culture est profondément liée à la nature : nous mangeons selon les saisons, nous vivons avec le rythme du soleil, nous mesurons le temps autrement. Cette harmonie avec le vivant se reflète dans nos créations, comme les œuvres en bambou exposées ici. Elles incarnent la souplesse, la patience, la beauté de l’éphémère. 

Le temps, la matière et la mémoire

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Vaisselle artisanale Wako

Dans un monde où tout s’accélère, que signifie encore le “ fait main “ au Japon ?
K. N :  Le fait main, c’est notre manière d’habiter le temps. Au Japon, nous distinguons 24 saisons, chacune durant à peine quelques jours. Cela nous rend attentifs aux plus petites transitions : la neige qui fond, le vent qui change, la lumière qui tourne. Cette sensibilité influence nos arts, notre cuisine, notre manière d’être. Même un poisson a sa saison ! Cette précision du moment juste, c’est une forme de sagesse. 

Comment traduisez-vous la sensibilité japonaise du ichigo ichie — “un moment, une rencontre” ?
K.N :  Peut-être par l’art du détail ? C’est l’idée que chaque instant est unique et ne se reproduira jamais. Lors de notre dernier pop-up au Ritz, nous avions choisi la pleine lune comme fil conducteur, car elle incarne cette temporalité délicate. Tout, du choix des fleurs à la disposition des objets, était pensé pour célébrer cet instant précis. C’est une attention au détail, une gratitude silencieuse pour le présent. 

Peut-on dire que cette exposition est une méditation sur le rythme de nos vies modernes ?
KN : Oui, sans doute. Chacune des pièces présentées est unique, alors peut-être que certaines personnes ne les verront qu’une fois dans leur vie. Mais cette rareté n’est pas un luxe, c’est une émotion. L’art du quotidien consiste à entourer nos gestes de sens, à vivre avec ce qui nous inspire. 

Paris, miroir du Japon

En confrontant votre culture à la sensibilité européenne, qu’avez-vous découvert ?
K. N :  Beaucoup de similitudes, étonnamment. Les Français et les Japonais partagent cette délicatesse du regard, ce goût pour le détail et la beauté discrète. La différence, peut-être, c’est que la France offre une plus grande ouverture au mélange des influences. C’est ce dialogue qui nous enrichit. 

Que souhaiteriez-vous que les visiteurs emportent en quittant l’exposition ?
K. N : Une émotion simple, c’est avant tout le sentiment d’avoir vécu quelque chose de sincère. Chez WAKO, l’art et l’hospitalité sont indissociables. Le mot japonais omotenashi traduit cette attention portée à l’autre : écouter, comprendre, anticiper. Même dans un service client, il y a de la poésie. (sourire) Et peut-être aussi une forme de ponctualité : au Japon, le train s’excuse pour trois minutes de retard ! 

Si Paris devait incarner un concept esthétique japonais, lequel serait-ce : wabi-sabi, ma ou iki ?
K. N : Je dirais iki. Les Parisiens osent. Ils ont cette élégance nonchalante, ce courage d’affirmer leur style sans ostentation. C’est une forme d’audace raffinée, une manière d’être soi avec grâce. Très japonais, au fond. 

Infos pratiques

WAKO  –Direction artistique : Kengo Kuma
Une immersion dans l’artisanat japonais, entre tradition et design contemporain

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