Il y a d’abord eu la scène. À trois ans, Ozanne Princen enfile ses premiers chaussons de danse avec ses deux sœurs, dans une famille de femmes où le ballet se transmet entre récitals de Noël et répétitions du dimanche. La danse s’impose tôt, profondément. Elle intègre brièvement le Ballet d’Anvers, avant qu’une blessure mette un terme à cet élan. « La danse a été mon premier langage. Elle m’a appris le corps, le mouvement et la discipline », confie-t-elle.
Ses parents, tous deux dentistes, la voient alors prendre le chemin de l’université avec un certain soulagement. Ozanne choisit l’histoire moderne à la KU Leuven, s’en passionne, enseigne ensuite l’histoire et la philosophie au lycée. La vie semble tracée. Puis tout bascule. Elle perd sa mère de manière soudaine. Ozanne a vingt-neuf ans et sa petite fille dans les bras. Ce deuil fracture le quotidien, mais ouvre aussi un espace. Avec une amie, elle se lance dans l’organisation de mariages haut de gamme. En Belgique, le concept est encore neuf. Le succès suit.


Mais le Covid fige tout. Les événements s’annulent, l’associée prend une autre direction. Ozanne, elle, ressent le besoin de revenir à quelque chose d’essentiel. Elle s’inscrit en cours de sculpture. Le geste, la matière, la lenteur du travail : tout la ramène à ce qu’elle connaît depuis l’enfance. Le corps, ses lignes, ses tensions.
« Perdre ma mère, devenir mère moi-même, tout cela m’a donné l’envie de célébrer la féminité », confie-t-elle.
Le bronze s’impose pour sa dualité : la force et la finesse. Sa capacité à figer un geste tout en préservant l’impression de mouvement. Le marbre, aussi, commence à l’attirer, pour son aspect organique et cette façon presque silencieuse de faire vivre une forme. Le motif central se dessine naturellement : la jambe. Mollet, genou, cuisse. En ballet, les jambes portent l’histoire, l’équilibre, la tension, l’élévation et le relâchement. En sculpture, elles la conservent. Chaque pièce s’inscrit dans une recherche d’équilibre entre esthétique, matière et émotion.


En 2024 naît Silhouettes Éternelles, sa première collection : des jambes élancées, verticales, coulées en bronze poli, en laque noire satinée ou en rouge profond. Des formes épurées, sensuelles, presque architecturales. Des pièces pensées comme des présences, à la croisée de l’objet et de la sculpture. Puis vient Counterpoise, sa deuxième série, où les jambes se croisent, se posent, troquent l’élan pour une immobilité habitée. Le genou devient pivot, le tibia poutre, le pied contrepoids. Le mouvement a cédé la place à la présence.
Aujourd’hui Ozanne Princen développe un projet à la frontière entre art et design : une table sculpturale en collaboration avec un atelier de marbre italien, où le bronze dialogue avec la pierre. Ses pièces attirent déjà une clientèle internationale sensible à l’art et au design. Le Moyen-Orient manifeste un intérêt croissant pour son travail, qu’elle accompagne avec un bureau de relations publiques dédié à la région. Une troisième pièce est en cours. Toujours des jambes, mais cette fois en mouvement, à la manière d’un jeté de ballet. Elle viendra relier les deux premières collections et le mouvement ne disparaît pas, il se transforme.
OZANNE PRINCEN
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