L’interview parfumée : nez à nez avec Jean-Claude Ellena (Le Couvent)

jean-claude ellena

L’interview parfumée : nez à nez avec Jean-Claude Ellena (Le Couvent)

Après 14 ans chez Hermès, Jean-Claude Ellena  est devenu directeur de la création oflactive de la maison Le Couvent en 2019. À l'occasion du lancement de sa dernière création, "Peonia", celui que l'on considère comme l'un des plus grands parfumeurs au monde se prête au jeu des questions et nous plonge au cœur de son univers olfactif en partageant les odeurs qui le font vibrer.

Né à Grasse en 1947, Jean-Claude Ellena s’est imposé comme une figure emblématique dans le domaine de la parfumerie. Pendant 14 ans, il a prêté son talent inégalé en tant que nez exclusif chez Hermès, contribuant à forger l’identité olfactive de la prestigieuse maison de couture. En 2019, il entreprend un nouveau chapitre de sa carrière et devient « Directeur de création olfactive » au sein de la maison Le Couvent afin de continuer à explorer de nouvelles frontières sensorielles. Rencontre.

Quelle est l’odeur qui vous ramène instantanément à votre enfance ?

L’odeur de vanille des biscuits un peu rassis, l’odeur de la convoitise, j’avais 7 ans. Un trésor gourmand qui se trouvait dans le placard de la cuisine familiale.

Le premier parfum que vous avez porté ?

Un parfum que mon père avait composé pour la marque Helena Rubinstein, son nom était Men’s club. J’appartenais ainsi au club des hommes !

L’odeur dont vous ne pouvez pas vous passer ?

Celle de la peau humaine. Le parfum est un artifice, une parure de séduction, comme l’est le Parfum Peonia que j’ai créé pour Le Couvent. Le parfum n’est pas vraiment une odeur. Pour moi, L’odeur c’est avant tout celle de l’autre, et dans un second lieu celles qu’offre la nature.

PEONIA 100ML 1 L'interview parfumée : nez à nez avec Jean-Claude Ellena (Le Couvent)
Le Couvent

L’odeur qui vous inspire le calme et la sérénité ?

Cette même odeur de peau. L’odeur de l’autre me permet de me retrouver. Le parfum agit juste comme un calmant, un pansement de l’âme merveilleux, mais il est temporaire.

L’odeur qui vous fait voyager ?

Les épices venues de pays lointains : cardamome, girofle, cannelle, cumin, anis étoilé…

L’odeur de l’amour ?

Le musc de la sueur. Ce ne sont pas les phéromones, elles ne sont plus perceptibles par les humains depuis que l’homme et femme se sont dressés sur leurs jambes, leurs récepteurs sont atrophiés. C’est donc l’odeur de nos sécrétions et déjections corporelles en partie liées à notre régime alimentaire. Je t’aime parce que je me reconnais dans ta peau. Serions nous tous un peu des narcisses ?

L’odeur improbable que vous aimeriez mettre en flacon ?

L’odeur du vent, une métaphore olfactive dont je n’ai pas encore trouvé la formule.

Une odeur pour définir la personne que vous êtes aujourd’hui ?

Comme le dit si bien l’un de mes auteurs préférés, Jean Giono : ‘Ne sois jamais une mauvaise odeur pour tout un royaume, mon enfant. Promène-toi comme un jasmin au milieu de tous.”

Le parfum qui ne vous quitte jamais ?

Je ne porte pas de parfum afin d’être le plus neutre possible lorsque je crée.

Vos matières préférées en parfumerie ?

Toutes, elles sont mes mots, mon vocabulaire, et j’ai besoin de chacune, sans exception, pour exprimer ma créativité.

Votre secret d’expert pour un parfum qui tient toute la journée ?

Le secret d’un parfum qui tient longtemps réside dans l’équilibre subtil des ingrédients. Cependant, la tenue d’un parfum n’est pas toujours une qualité et peut parfois même devenir un défaut. La tenue repose sur une vingtaine de molécules, souvent les mêmes, et à force de les utiliser en excès, le message devient répétitif, voire lancinant. La tenue devient alors un message qui peut conduire à l’ennui.

L’odeur que vous détestez le plus ?

Celle de la mort, suave et sucrée. Elle est, je crois, inscrite génétiquement. Même si vous ne l’avez pas côtoyée, vous la reconnaîtrez.

 

<<< À lire également : L’interview parfumée : nez à nez avec Aurélien Guichard (Matiere Premiere) >>>

Partagez cet article :

Vous aimerez sûrement :