Il y a dans l’air un frisson de mue… La mode se déleste peu à peu de ses certitudes anciennes pour explorer d’autres textures. Le cuir, désormais rejoint par le cuir vegan, n’est plus seulement une peau : il devient un terrain d’expérimentation esthétique et éthique, un espace où innovation et sensibilité dialoguent. Alors pourquoi ne pas pencher pour la version la plus responsable des deux ?
Quand la peau devient conscience
La génération qui monte ne veut plus choisir entre beauté et responsabilité. Le cuir animal, chargé d’histoire, porte aussi la trace de ses dérives : élevages intensifs, tannages chimiques, empreinte carbone et ainsi de suite. Par définition, ce matériau reste « une matière issue de la transformation de la peau d’un animal, rendue imputrescible ». Soit une peau travaillée, stabilisée, devenue symbole de prestige et de durabilité au fil des décennies de défilés.
En France, selon le blog ISIGE Mines Paris-PSL, il représente 6,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, principalement porté par la maroquinerie (84 %), suivie de la chaussure (9 %) et de la tannerie (7 %). Une industrie dynamique, qui s’appuie à la fois sur la demande internationale du luxe et sur la valorisation d’un artisanat d’excellence.
Face à ces tensions, la mode cherche d’autres textures, d’autres récits. À mesure qu’elle s’interroge sur son impact, une nouvelle peau se dessine : cultivée et non prélevée. Nombreuses sont, d’ailleurs, ces déclinaisons : Mycélium, ce réseau racinaire du champignon, peau de pomme, de raisin, de betterave … autant de matières hybrides qui imitent le toucher du cuir sans trahir ses valeurs.
Trois visions d’un cuir vegan, sans animal
Hermès, l’héritage qui dialogue avec la nature
Chez Hermès, le geste artisanal reste sacré. Mais la maison a surpris en collaborant avec la start-up californienne MycoWorks pour créer Sylvania, un cuir de mycélium issu des fibres de champignons. Présenté avec le sac Victoria de la collection automne-hiver 2021-2022, ce matériau allie un savoir-faire traditionnel et une innovation biotechnologique rare. Une manière pour la maison française de préserver l’esprit du cuir, tout en réinventant sa matière.

Stella McCartney, pionnière du luxe sans cuir
La maison Stella McCartney place la matière au cœur de sa démarche écoresponsable, et c’est d’ailleurs pour cela que l’on aime tant sa créatrice. Fidèle à sa vision cruelty–free, ses collections se déclinent sans cuir animal ni fourrure. Parmi ses innovations phares : Piñayarn®, une fibre 100 % végétale, recyclable et biodégradable, Hydefy, une alternative vegan au cuir issue du mycélium, ou encore YATAY, un matériau bio-basé et sans souffrance animale. À ces nouveautés s’ajoutent des textiles plus classiques, mais repensés : coton biologique, laine certifiée, nylon et polyester recyclés, ou viscose « forest-friendly ». Chez Stella McCartney, l’élégance s’envisage désormais comme un équilibre entre innovation, éthique et durabilité.
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Nanushka, l’élégance urbaine et consciente
Nanushka, marque hongroise devenue phénomène global, a bâti son succès sur son cuir vegan signature : doux, souple, presque sensuel. Ici, la conscience est quotidienne, pas militante. Sa peau responsable, imitant le cuir, se porte dans la rue, au bureau et même tout au long de la nuit : il épouse les gestes simples de la vie moderne.

De plus en plus de marques ne se limitent plus à utiliser des alternatives au cuir : elles développent et vendent leurs propres matériaux innovants. Certaines, comme la plateforme Veganes Leder, proposent désormais du cuir de raisin en rouleaux, un textile 100 % végétal fabriqué à partir de résidus de vinification. D’autres expérimentent avec des peaux d’ananas, de pomme ou encore de champignon, revendiquant une transparence totale sur leurs procédés. La matière devient alors un produit à part entière, une ressource partagée plus qu’un simple support pour la création.
Le luxe conscient, ou la beauté du choix
Certains cuirs vegan restent issus de polymères synthétiques : la transition écologique n’est alors pas encore totale. D’autres interrogent leur durabilité : peut-on les réparer, les recycler, les voir vieillir avec élégance ? Le cuir, lui, a longtemps été aimé pour ça : sa capacité à traverser le temps, sans prendre une ride.
Mais les choses évoluent. Les matériaux biofabriqués se perfectionnent, la traçabilité progresse et l’idée de circularité s’impose peu à peu. Le luxe, lui aussi, change de ton : il ne parle plus seulement d’exclusivité, mais de responsabilité. Le chic ne se mesure plus à la rareté d’une peau, mais à la justesse d’un choix.
Sur Instagram, cette évolution prend parfois la forme d’une esthétique. L’influenceuse Eva Poret, alias @studioevaporer, en incarne une version douce et réfléchie. Dans ses vidéos, la jeune femme porte parfois ses propres créations : des pièces conçues avec une grande attention, dont certaines sont réalisées en cuir de betterave.
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La sélection de la rédaction
Le chic responsable s’affirme jusque dans les détails. Dans la sélection de cuir vegan d’OniriQ, la rédaction craque pour le sac The Sandy Symbol de Nanushka, une silhouette souple et minimaliste 100% responsable. À ses côtés, on relève les sneakers URCA CWL de Veja revisitant le noir et blanc avec une touche éthique. Plus urbain, cette fois, le porte-documents City Full Uppeal d’Ashoka se distingue par sa ligne nette et son côté pratique. Enfin, le cabas Ryder en daim signé Stella McCartney apporte un style marqué tout en restant fidèle à une démarche écoresponsable.

De gauche à droite :
Sac The Sandy Symbol Nanushka – 995€
Sneakers URCA CWL black and white Veja – 125€
Porte documents city full Uppeal Ashoka – 150€
Caba Ryder en daim Stella McCartney – 1795€
Le cuir vegan n’est donc pas seulement une alternative : c’est une métaphore. Celle d’un monde en train de muer, d’une mode qui se dénude pour retrouver du sens. Entre innovation technologique et poésie du geste, il redessine la frontière entre nature et culture, entre luxe et lucidité.
Et dans cette nouvelle peau, c’est tout un futur qui s’invente : plus doux, plus clair, plus humain.



