Château Léognan, une nuit d’exception au cœur des paysages de François Mauriac

Château Léognan Gironde Hôtel
Château Léognan Gironde Hôtel

Château Léognan, une nuit d’exception au cœur des paysages de François Mauriac

Aux portes de Bordeaux, un domaine viticole de 70 hectares s’est réinventé en hôtel sans perdre la mémoire des lieux. Entre forêt, vignes et lac, Château Léognan cultive une certaine douceur de vivre dans un paysage que François Mauriac connaissait bien.

« Les derniers pins s’écartent devant les vignes sacrées de Sauternes. » En une phrase de Genitrix, François Mauriac dessinait cette Gironde où la forêt landaise finit par céder aux vignobles. Un peu plus au nord, à Léognan, le paysage semble poursuivre la phrase : derrière les grilles du Château Léognan, six hectares de vignes apparaissent entre les bois d’un domaine de 70 hectares, sous la garde de deux cèdres de l’Atlas et d’un spectaculaire séquoia.

Château Léognan Gironde Hôtel
Château Léognan Gironde Hôtel

Mauriac connaissait d’ailleurs le château. Il le cite dans Les Chemins de la mer, publié en 1939 et, selon l’actuel propriétaire Philippe Miecaze, la demeure appartenait alors à des connaissances de sa famille. Celui-ci imagine aujourd’hui de renouer avec cette mémoire par des promenades littéraires dans le parc, ponctuées de textes de l’écrivain.

Dormir dans ce paysage, un privilège

À vingt minutes de Bordeaux, la ville s’efface vite. Passé les grilles, le château apparaît au milieu d’un parc suffisamment vaste pour que les vignes n’en soient qu’une composante. Elles occupent six hectares ; autour, la forêt, des prairies, des chemins et un lac dessinent une géographie que l’on découvre à pied ou à vélo. Malgré le restaurant, le spa et les activités, on garde la sensation d’être dans une grande propriété de campagne plutôt que dans un resort.

Chambre Château Léognan Hôtel
Chambre Château Léognan Hôtel

Ses 17 chambres et suites, toutes installées dans le château, évitent le pastiche malgré les moulures, lustres, tentures, papiers peints panoramiques et quelques fauteuils en velours Napoléon III. Dans les tours, la Suite Antoinette dissimule même une seconde chambre, presque dérobée ; d’autres chambres ouvrent sur un jardin ou une terrasse dominant le parc.

Ici, on se réveille avec les arbres aux fenêtres. On peut marcher des vignes au lac, s’enfoncer sous les arbres puis retrouver le château au détour d’un chemin. Pour pousser l’isolement plus loin, on peut quitter la demeure et dormir dans l’une des cabanes perchées, à trois mètres du sol, au milieu des bois.

« Je me réveillais tous les matins devant mon séquoia et c’était un grand bonheur », se souvient Philippe Miecaze, qui a longtemps habité le château avant de laisser ses fenêtres aux voyageurs.

Cette impression d’une maison plutôt que d’un hôtel tient beaucoup au projet initial. Lorsque Philippe et Chantal Miecaze changent de vie, après une première carrière dans l’imagerie médicale, ils ne rêvent pas seulement d’un vignoble. « Notre volonté, c’était de parler du vin, de faire partager notre passion, partager même, pourquoi pas, notre vie », raconte Philippe.

Il fallait d’abord sauver la maison. En 2007, lorsqu’ils la découvrent, « il pleuvait dans la bâtisse ». Quatre années de travaux suivent. De son passé subsistent quelques traces : l’ancienne bergerie des moines abrite aujourd’hui la réception, tandis que le XIXe siècle a laissé au domaine son empreinte équestre. Même les vitraux de la chapelle, presque détruits par la tempête de 2009, ont été reconstitués grâce aux dessins originaux.

Pessac-Léognan : le vin et l’œnotourismeœnotourisme autrement

Le vin reste le cœur du projet. Les six hectares de Pessac-Léognan paraissent presque minuscules au milieu des 70 hectares du domaine. Cabernet Sauvignon, Merlot et Petit Verdot poussent entre sables, graves et forêt, qui protège les parcelles et favorise la biodiversité. La production tourne autour de 30 000 bouteilles, soit une centaine de barriques selon les millésimes.

La vigne ne dévore donc pas le paysage : elle s’y glisse. Les rangs apparaissent entre les arbres avant de retrouver la forêt. C’est là que la phrase de Mauriac reprend tout son sens : pins et vignoble ne relèvent pas seulement de la littérature, ils racontent la géographie même de Léognan.

L’expérience du vin cherche elle aussi à éviter une certaine solennité bordelaise. « Bordeaux, ça peut faire peur », reconnaît la Brand Ambassador du domaine. Son approche consiste moins à réciter appellations et techniques qu’à apprendre aux visiteurs à identifier ce qu’ils aiment -ou n’aiment pas- pour dessiner leur propre « profil œnologique ».

Les chais, plus récents, ne sont d’ailleurs pas systématiquement au centre des visites. « Nous, on parle plutôt de l’histoire de la propriété, du XVIIe jusqu’à nos jours, et c’est plutôt sur les dégustations qu’on innove. » Parmi la dizaine d’expériences proposées, l’une conduit dans les vignes puis fait goûter les cépages séparément avant de les assembler : une manière très concrète de comprendre comment se construit un Bordeaux.

Spa Château Léognan Hôtel
Spa Château Léognan Hôtel

Le reste de la journée n’impose pas vraiment de programme : lac, vélo, padel, yoga ou spa, avec sauna, hammam et bain nordique. Dans les cabines ouvertes sur le parc, les soins utilisent notamment les produits bio français Alaena. Le spa est ouvert d’avril à octobre.

Puis vient Le Manège, installé dans l’ancien univers équestre de la propriété. Le chef Marouane El Ghouasli y travaille le terroir bordelais et le Sud-Ouest, à l’intérieur ou sur la terrasse ouverte sur le parc. La table accueille aussi les visiteurs extérieurs, midi et soir.

C’est ce qui rend aussi l’adresse intéressante pour les Bordelais. Nul besoin de réserver une chambre : on peut venir déjeuner, ajouter une dégustation ou un soin, marcher autour du lac et retrouver la ville le soir. Ou décider que vingt minutes de distance méritent finalement une nuit.

Les voyageurs étrangers, eux, représentent 60 à 70 % de la clientèle, selon Philippe Miecaze. Ils trouvent ici une France qui n’a guère besoin d’accessoires pour se raconter : une demeure, six hectares de vignes, un lac, des chevaux, de vieux arbres, une table et Bordeaux suffisamment proche pour être accessible, suffisamment loin pour être oublié.

Reste l’accueil. On se sent choyé sans être soumis au cérémonial parfois pesant des hôtels de luxe. Près de vingt ans après le pari de 2007, Philippe Miecaze résume simplement ce qui l’anime encore : « Recevoir du monde aujourd’hui, c’est un vrai bonheur. »

Les moines, les grandes familles bordelaises et les chevaux ont laissé leurs traces. Philippe et Chantal Miecaze y ont ajouté une vie contemporaine. Mauriac, lui, offre une autre lecture du décor. Le Centre François Mauriac de Malagar parle de « géographies mauriaciennes » pour désigner ces paysages de maisons, de vignes et de forêts qui passent du réel à la littérature. Une géographie devenue littérature, où l’on peut désormais passer la nuit.

Château Léognan, Léognan (Gironde), à environ 30 minutes de Bordeaux

17 chambres et suites, cabanes. Restaurant Le Manège.
Spa, dégustations et expériences œnotouristiques

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