Marseille, corps à corps avec l’encre

Marseille, corps à corps avec l’encre

Du 17 mai au 28 septembre 2025, le Centre de la Vieille Charité à Marseille accueille l’exposition Tatouage. Histoires de la Méditerranée. Un parcours inédit qui plonge dans plus de deux millénaires d’histoire, entre traditions oubliées, rites de passage et gestes de résistance. Bien au-delà de la tendance, cette exposition replace le tatouage dans un patrimoine culturel dense, subtil, et profondément humain.

Aujourd’hui considéré comme un marqueur identitaire ou une esthétique de soi, le tatouage s’affiche partout. Mais que sait-on vraiment de ses racines ? À Marseille, cité de métissages et de récits pluriels, l’exposition Tatouage. Histoires de la Méditerranée en dévoile une autre histoire, celle d’un langage millénaire qui est inscrit dans la chair. Entre rituels antiques, traditions populaires et créations artistiques contemporaines, le tatouage s’y révèle comme un acte social, spirituel, et politique. Loin du folklore ou de la mode, il apparaît ici comme une archive vivante des corps et des peuples, qui traversent les époques et les frontières. En quoi l’encre, de stigmate à ornement, est-elle devenue un patrimoine culturel à part entière ? L’exposition marseillaise invite à en lire chaque trait comme une page d’histoire.

Tizerzert ©EL MEYA Marseille, corps à corps avec l’encre
Tizerzert ©EL-MEYA

Le tatouage, mémoire vivante du monde méditerranéen

Organisée par les Musées de Marseille et installée dans l’écrin historique du Centre de la Vieille Charité, l’exposition explore l’évolution des pratiques du tatouage en Méditerranée, de l’Antiquité à nos jours. Rassemblant plus de 150 œuvres, objets archéologiques, photographies, vidéos et installations contemporaines, elle apporte une lecture transversale et incarnée de l’encre sur peau.

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Du tatouage kabyle aux symboles de pèlerinage, des pratiques des marins aux signes mystiques d’Afrique du Nord, l’exposition révèle la diversité des usages et des significations, entre rite de passage, de résistance et témoin d’un héritage. Loin d’être une pratique marginale ou subversive, le tatouage fut longtemps un langage intime et sacré, transmis de génération en génération, souvent par les femmes. En miroir, des œuvres contemporaines (Yohanne Lamoulère, Lalla Essaydi, Denis Martinez…) prolongent cette mémoire corporelle et interrogent ses prolongements sociaux.

À travers les âges : l’archéologie d’un geste

Le tatouage est sans doute l’un des plus anciens gestes artistiques de l’humanité. Présent chez les Égyptiens, les Thraces, les Amazighs, les Polynésiens, il fut tout à la fois médical, magique, identitaire ou punitif. Sur les rives de la Méditerranée, il signait l’appartenance à un clan, protégeait des forces invisibles, ou marquait une révolte. Dans les Balkans, il scellait le passage à l’âge adulte. Enfin, dans l’Algérie coloniale, il devenait outil de résistance.

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Le tatouage du Matelot

Effacé dans les récits dominants occidentaux, marginalisé par les institutions, le tatouage refait surface depuis plusieurs décennies dans les champs de l’art, de l’anthropologie et de la mémoire. L’exposition marseillaise replace ainsi le corps tatoué au cœur des dynamiques culturelles et historiques, loin de la seule revendication esthétique.

Marseille, territoire d’encre et d’hybridité

Si cette exposition prend tout son sens à Marseille, ce n’est pas un hasard. Ville de passage, de brassages et de récits pluriels, Marseille incarne à date un terrain de jeu idéal pour toutes les formes d’expression incarnée. Capitale du tatouage contemporain, la cité phocéenne est aussi une mémoire vive de ses formes les plus anciennes. Entre les encres rituelles du passé et les studios de tattoo les plus créatifs d’aujourd’hui, une même logique s’y incarne, celle d’une identité qui s’écrit sur la peau.

La Vieille Charité, avec son architecture baroque et sa profondeur historique souligne un contraste en exposant ces œuvres gravées dans l’épiderme. L’exposition affirme sa continuité entre l’intime et le sacré, l’invisible et l’ostensible, dans une mise en scène sobre et évocatrice. Avec cette initiative, les Musées de Marseille signent une exposition à la fois érudite et sensible avec un message clé, celui de lire les corps pour comprendre les cultures.

Informations pratiques

Exposition Tatouage. Histoires de la Méditerranée.
Du 17 mai au 28 septembre 2025
Le centre de la Vieille Charité 

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